‹ CancionesChapitre 1 sur 19 · LA NUIT OBSCURE DE L'AME · texte numérisé non relu

LA NUIT OBSCURE DE L'AME

Par une nuit obscure, brûlée d'un amour anxieux, — O l'heureuse fortune! — je suis sortie sans être vue; ma demeure était apaisée.

Sans crainte, déguisée, je m'évadai par Fescalier secret, — O l'heureuse fortune ! — enveloppée dans la ténèbre ; ma demeure étaût apaisée.

Par cette nuit fortunée, je suis allée mystérieusement

là où nul ne me voyait, sans guide et sans lumière autre que celle ardant en ma poitrine.

Mais, elle me conduisait, ma lumière, plus sûrement qu'un soleil de midi, là où m'espérait celui que je savais m'attendre, au lieu où nul autre ne paraît.

O nuit qui m'as guidée, nuit plus aimable encore que la robe blanche du jour, ô nuit qui as uni l'amante au bien-aimé, qui as fondu l'aimé en son amante !

Dans mon sein fleuri gardé tout entier pour lui seul, il dort, le bien-aimé ; je le nourris de mon amour et le balancement d'une palme de cèdre le rafraîchit.

A rheure où le souffle de Taube a fait frissonner ses cheveux, sa main souveraine a glissé sur ma nuque et la vie de mes sens a été suspendue.

j*ai délaissé ma vie et je m'oublie moi-même ; mon visage penché sur T amant, libre de soucis et de peine, je me suis abandonnée entre les lys blancs

Page 1