‹ CancionesChapitre 5 sur 19 · L* AIMÉE CHANTE ALORS · texte numérisé non relu

L* AIMÉE CHANTE ALORS

Mon amant est semblable aux montagnes ombreuses ; Il est pareil aux vallons solitaires que cachent les bois, aux îles inconnues et lointaines,

aux fleuves sonores, au souffle des vents amoureux ;

Pareil aux nuits paisibles à rheure où l'aurore est prochaine ; pareil à une symphonie qui s'achève; il est comme une solitude musicale, comme la nourriture qui revigore et accroît l'amour.

Notre lit est jonché de fleurs, protégé comme les cavernes des lions ; la pourpre le décore et la paix l'a construit avec mille écussons dorés qui le protègent.

A la trace de vos pas sur le chemin, courent les jeunes filles, au contact de Fétincelle, au vin mêlé d'arômes, au souffle d'un baume divin!

Dans le cellier secret du bien-aimé, j'ai bu, et quand je suis sortie, je n'ai plus rien connu de toute cette plaine,

et ce troupeau que je suivais jadis, je l'ai perdu.

C'est là qu'il me donna son sein ; là, il m'enseigna la très savoureuse science, et je m'abandonnai à lui tout entière, sans réserve; et je lui ai promis de l'épouser.

Toute mon âme, ma substance toute, s'emploient à le semr; désormais je n'aurai souci ni de troupeaux, ni de travaux, et dans le seul amour s'agitera ma vie.

Si l'on me cherche en ces prairies sans me trouver dites, dites que je me suis perdue moi-même, qu'un amour violent m'a ravie mais que je me suis reconquise.

De fleurs et de gemmes choisies parmi les larmes du matin, nous tresserons des guirlandes étincelantes de votre amour ; je les lierai d'un seul de mes cheveux.

Un seul cheveu, vous l'avez vu, il flottait au vent sur mon cou ; il vous prit comme un lacet, un trait de mes yeux vous a blessé.

Quand vous me regardiez vos yeux passaient en moi votre grâce ; c'est pourquoi vous m'aimiez, et mes yeux, cherchant votre image, avaient droit d'adorer ce qu'ils trouvaient en vous.

Veuillez ne pas me mépriser car si vous m'avez connue noire, voyez-moi, maintenant, voyez :

depuis que vous m'avez regardée, que de grâce et quelle beauté vous m'avez laissées !

Attrapez les renards, déjà, notre vigne est fleurie ; pendant que nous amoncelons des javelles de roses que personne ne vienne aux flancs de ces coteaux.

Retiens ton souffle mortel, o vent du Nord ! et toi, vent du midi, qui réchauffes l'amour, accours ! Caresse mon jardin, exhale ses parfums afin que mon Aimé puisse se nourrir parmi les fleurs.

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