‹ Candinot, roi de Rouen, vaudeville en deux actesChapitre 2 sur 52 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

BERTHELINE, MARIE, AUBRIOT.

(Aubriot est occupé à écrire sous la dictée de Bertheline; celle-ci est assise près de la table, couverte de papiers et de paquets. Marie est occupée plus loin à dévider un échevau de soie. La trappe est ouverte.)

BERTHELINE, dictant.

«Et c'est pour cela, mon cher Simon.» (Parlant.) Avez-vous mis : Mon cher Simon ?

AUBRIOT

Oui , dame Bertheline.

BERTHELINE.

« C'est pour cela , mon cher Simon , pour «être utile à nos amis.»(Parlant.)Ecrivezeesrnotslà en grosses lettres. (Dictant.] « que je vous engage à donner votre voix à M. Candinot.»

eS*

AUBRIOT, répétant les derniers mots écrits. A M. Candinot.

BERTHELINE, dictant.

« Jamais plus honnête Rouennais n'aura été «échevin de notre ville, et jamais femme n'aura «été plus reconnaissante que votre toute dé- « vouée... etc., etc. »

AUBRIOT

Etc., etc. Comme les autres je signe pour vous : « Bertheline, femme Candinot. »

BERTHELINE.

C'est bien... L'adresse : « A monsieur Simon, « marchand bonnetier, rue Saint-Ouen... » Et maintenant, mon bon monsieur Aubi lot. . . mais je n'ose...

AUBRIOT

Parlez, darne Bertheline. fl

tg,

CAJÎDINOT.

BERTHELINE.

Cest que le suffrage de Jean Patin.... du voisin Simon... c'est très bien... mais je voudrais encore m'assurer de cinq ou six autres notables... et...

AUBRIOT

A votre service.... je suis trop aise de reconnaître la bonne hospitalité que vous m'avez accordée.

Oh ! accordée, au prix de trois livres parisis pour chaque mois.

BERTHELINE.

Sans compter les jolis cadeaux que vous faites à ma fille...

AUBRIOT

N'importe il est si difficile de s'héberger

convenablement dans votre bonne ville de Rouen; et je craignais que pour un étranger....

BERTHELINE.

Oh ! messire Aubriot , un parent du prévôt des marchands de Paris, ne peut être étranger chez aucun commerçant de France; et d'ailleurs, comme' dit mon mari : Maître Aubriot est un homme plein de sagesse et de bons enenseignements... ayant grande facilité au commerce.

AUBRIOT

Ah ! maître Candinot trouve...

BERTHELINE.

Le fait est qu'hier encore, à propos de ces denrées qu'il a achetées, vous avez si doctement

discouru sur les prix , la qualité Auriez-

vous donc commercé en épices et mercerie , messire ?

AUBRIOT

Moi... non; mais j'aime à savoir, à m'occu-

per de tout un peu et je m'estime heureux

d'avoir été utile hier à maître Candinot dans ses achats de géroflc et de miel.... comme je le suis en ce moment de vous rendre service.... Mais vous tenez donc terriblement à ce que maître Candinot soit échevin?

BERTHELINE.

Si j'y tiens si j'y... la vérité est, messire,

que je n'en bois ni ne mange.... ni ne dors.... j'en dessèche, j'en ai comme un mal de lan* gueur... je deviens à rien...

AUBRIOT

Oh! alors il faut que maître Candinot soit échevin.

MARIE

Mon pauvre père ! lui qui a le bruit et le tracas en horreur... qui n'est heureux que dans son comptoir.

BERTHELINE.

Où il prendra racine... si on le laisse faire.

MARIE

Il se fâchera.

BERTHELINE.

Oui, d'abord ; mais il finira par céder pour

r comme voir les , les lo-

avoir la paix et la tranquillité, qu'il aime tant. Et alors, mon mari échevin, je deviens tout naturellement échevine... oh! quelle joie! Air du vaudeville de l'Apothicaire.

Je serai dans le fond du cœur

La plus heureus' des échevines ;

Car , j'en suis sûre , un tel honneur

Ferait enrager mes voisines.

AUBRIOT

C'est peu charitable.

BERTHELINE.

D'accord ; Mais combien font les bons apôtre», Dont le bonheur s'augmente encor De tout l'ennui qu'en ont les autres.

Oui, le bonheur s'augniente^n De tout l'ennui qu'en onj'les

Songez donc, messire ! me la première bourgeoise de Rouen; seigneurs quand ils passent par la vi!

ger, m'asseoir à la même table qu'eux!

MARIE

Oui , et tout cela à vos frais.

BERTHELINE.

Qu'importe ! Oh! Dieu ! échevine !.... Voyezvous, messire... je ne renoncerais pas à l'espoir de le devenir pour dix années de moins en

purgatoire pas même pour le fameux trésor

de feu notre bon roi Charles V.... c'est-à-dire si, parceque l'ayant, je pourrais acheter l'échevinage, la prévôté et même toute la ville.

AUBRIOT

Oui, mais vous ne l'avez pas, et personne ne l'aura , ( avec intention en l'observant.) puisque nul ne sait ce qu'il est devenu.

BERTHELINE.

Oh ! on le trouvera.

AUBRIOT

Comment cela?... si, comme on l'assure... maître Saulnier, l'orfèvre de la couronne, et le roi Charles V, qui viennent tous deux de passer de vie à trépas, connaissaient seuls l'endroit où ces richesses ont été déposées.

BERTHELINE.

Il est vrai... mais laissez faire le duc d'Anjou, et vous verrez qu'il n'est ni or ni bijoux si bien cachés que Sa Seigueurie ne sache découvrir.

AUBRIOT

Oui-da !

BERTHELINE.

Croiriez-vous que pour nous forcer à lui livrer ce trésor, ce méchant duc vient d'enlever à la ville §esfranchises et privilèges , et de la frapper d'ijne nouvelle surtaxe !

AUBRIOT

Oui... oui... je sais... que voulez-vous ! le duc d'Anjou a besoin d'argent pour rejoindre son royaume de Naples qui vient de lui échoir.

Eh bien !... qu'il y aille, et qu'il nous laisse

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