LE FOU VOLÉ
Et nous nous sentions périr sans secours Et perdions l’espoir de la retrouver,
Lorsqu'hier soudain... en plein boulevard Elle... ou bien sa sœur... ou sa silhouette (Oh! Monsieur vraiment quelle horrible fête)
Sitôt entrevue, sitôt empoignée,
Sitôt étranglée avec mon foulard.
Et morte ma Peine et mort mon Amour Froid le petit corps à la Pompadour Qu’avait façonné l’Amour amoureux
N‘est-ce pas malheureux? N’est-ce pas malheureux?
Tenez : il est là mon Amour, Monsieur,
Vous ne voyez rien? Mais moi, je le vois Au moins flairez-vous un peu son odeur?
Comme il sent déjà le petit cadavre...
(Les Amours défunts puent le rat crevé)
Oh! regardez là... je l’ai dévêtue Comme elle est jolie... ainsi toute nue Voyez... elle dort... ne l’éveillez pas...
L'assassin ? C’est moi... ne le dites pas!
Là... toquait son cœur absurde et frivole,
Et voici ses seins..., jumeaux framboisés,
Ses poignets mignons et sa frêle épaule,
Ses pieds puérils, ses talons rosés,
Son doux petit ventre et son chut... chut... chut Orné de poils blonds comme tabac turc
(Oh ! tant de trésors à d'épais goujats)
Parce qu’ils ont l’Or qui pourrit l’Amour N'est-ce pas malheureux, malheureux, malheureux?
Voyez, en mourant, comme elle a pleuré :
Remords ou Chagrin : hé ! quelle autre cause ?
Ces colimaçons bavent s*jr la Rose Car tous les gorets s’y étaient vautrés
A présent, Monsieur, c’en est fait de nous Valait-elle autant de pleurs? Qui le sait,
Mais la corsetière et la bijoutière,
Et la couturière et la papetière,
Gouines de malheur qui l’ont conseillée N’affirmeront point que l’on n’en meurt pas.
Et Nous n’irons plus avec notre Amour Sous les bosquets verts ou sur l’herbe tendre Au temps où la Fleur va se marier,
Où le Rossignol est doux à entendre.
En Mai... dans les bois... quand pointe le jour.
Imprimé par Deslis Frères
a Tours
ur Sévis et Uey, Libraires a Paris