SUSANNE A SES SUIVANTES
Sortez d’ici, mes fidèles Servantes, Allez quérir de l’huile et du savon ; Fermez la porte et soyez diligentes ; Je vous attends dessous ce pavillon ; Je veux laver mon corps dans ce bain toute seule, Et modérer un peu ce chaud qui brûle,
LES DEUX VIEILLARDSs,
Nous voici seuls, Susanne bien-aimée, Nous voici seuls en toute liberté,
Point de Soumets Situ nec Nous all
0 just De toute de ne pui Ces deux Je n’ai q
mèd Je veux ;
Tous ti Ne te sau Retiens te
Point de témoins; chaque porte est fermée ;
Soumets ton cœur à notre volonté.
Situ ne condescends à tôt nous satisfaire, che ct Nous allons t’accuser comme adultère,
SUSANNE
O justes Cieux, à quoi suis-je réduite!
De toute part je ne vois que danger :
Je ne puis plus me sauver par la fuite ; Ces deux vautours'ont fermé le verger.
Je Né ue mes sanglots et mes pleurs pour remède ; Je veux pourtant crier à l’aide, à l’aide.
Les Vi£giLLAnrps.
Tous tes sanglots et toutes tes allarmes, Ne te sauroient délivrer de nos mains, Retiens tes cris ; ne verse plus de larmes,
Nous prétendons accomplir nas desseins :
À quoi bon t’opposer? pèse notre puissance :
; Et préfère à la murt l’obéissance.
deux l’at-
SUSANNE
prendre, Si je m’oppose à vos désirs infâmes;
Je le vois bien, vous tramerez ma mort,
Si j'y consens, je mérite les flammes
Qui des damnés font le funeste sort:
Mais, malgré vo: fureurs, je veux vivre sans crime Que chasteaux yeux de Dieu je sois victime,
Les ViretrLAanps.
Ah! serviteurs, venez tous, courez vite; Votre Maitresse a souillé ce Jardin, Garrotez bien cette femme hypocrite,
Elle a trompé son Epoux Joachim,
Nous tenions son galant en demandant main forte, Mais il s’est échappé par cette porte.
Les SERVITEURS.
Qui l’eût pensé, qu’elle eût commis ce crime ? Nous confessons à vos pieds qu’elle a tort.
Nous avions d’elle une si haute estime ;
Et cependant elle est digne de mort.
Mais, degrace, Messieurs, donnez une Sentence Qui signale aujourd’hui votre clémence.
Les ViELLARDs.
Que sans délai cette femme infidelle Soit lapidée à cinq cens pas d'ici.
Faites-la donc paroître en criminelle, Et que pas un ne la prenne à merci.
Montrez-la tous au doigt, l'adultère publique, Et ne l’appellez plus qu’une impudique.