LE BESERT DE LA FOI
rlArr ; Je suis ur Prince bienheureux, &c.
18 commis; -
ou d’ Holopherne.
Moxnpaix qui veux voiret sentir, Ame en raison toujours feconde,
Qui ne veux point t’anéantir,
Et qui te plais à l’air du monde,
Sache que: ce n’est pas à toi
D’entrer au désert de la Foi.
Mais vous Amans d’un Dieu de paix, Vous qui des Saints suivez la trace, Ne craignez point d'être trompés, Quand vous ne sentez plus la grace:
Entrez sans trouble et sans effroi,
Dans l’obscur désert de la Foi,
Tâchez de ne tenir à rien Dans voire aimable solitude; Que Dieu soit tout votre soutien En l’Oraison de quiétude ;
I] ne faut ni mais ni pourquoi Dans l’humble Ecole de la Foi.
Dieu Maitre absolu de ses dons Quand il trouve bon les retire, Et par des soudains abandons Il cause à l’ame un doux martyre; Lorsqu'il veut qu’elle meure à soi, Pour vivre à lui seul par la Foi,
Il met dans la tranquillité Chaque sens et chaque puissance ; Et l’aine en la simple unité Se perd dans ta divine essence ; Elle ne sent plus rien en soi Que le puramour de la foi.
. Ah! je ne dis pas assez bien, Disant qu’elle sent quelque chose ; L’ame ne voit et ne sent rien,
Elle jouit, elle repose ; Elle est tellement morte à soi, Qu'elle ne vit que de la foi. .
Dieu ferme dedans et dehors Jusques au x moindres avenues ; I! ne.laisse, au lieu des transports,
Que d’humbles et des simples vues ; Et l’ame dit alors en soi, Le Juste ne vit que de Foi,
Elle se trovve sans milieu Sans grace sensible et sans forme ; Elle est toute absorbée en Dieu Qui la dépouille et la transforme Et qui la fait mourir en soi Par le doux glaive de la Foi.
Dans cette obscure et claire nuit, L'’ame aime Dieu sans le connoitre ; Elle s’avance à petit bruit, ‘Obéissant à son doux Maitre,
Qui lui dit* sois calme, tais-toi, Et contemple-moi par la Foi.
Dieu fait son œuvre sans éclat, Lorsque l’ame contemplative Qui ne voit rien dans son état, De teims en tems craint d’être oisive ; Mais dans la suite en chaque emploi, Elle voit les fruits de la Foi,
L’entendement, la volonté, La phantaisie et la mémoire, Supportent une pauvreté Plus grande qu’on ne sçauroit croire ; Mais l'ame trouve assez de dequoi, Au riche trésor de la Foi.
Le grand tout de son Créateur, Et le pur rien des créatures, Disent beaucoup plus à son cœur, Que les discours et les lectures ; Ce tout et ce rien ont en soi Les vastes obiets de la Foi.
240 CANTIQUS
Voir ce pur rien en ce grand tout, Ne voir rien autre chose au monde, C’est du Paradis l’avant goût,
C’est là l'état où tout abonde :
C'est là ce désert de la Foi, Où l’ame ne vit plus à soi,
Dans ce dépouillement parfait, L’ame est en paix sans se distraire, Et sans gâter ce que Dieu fait, Elle adhère à Dieu sans rien faire, Si ce n'est de mourir en soi Dans les ténèbres de la Foi.
Tout lui devient indifférent, Le Ciel, l'Enfer, la Terre et l'Onde, Plaisir, honneur, ami, parent, Ettout cequ’on voit en ce monde ; Elle ne tient pas même à soi, Par le sensible de la Foi.
Sans jamais perdre son repos, Dans quelque étät que Dieu la mette, Elle ne dit plus que ces mots,
La volonté de Dieu soit faite :
11 faut qu’au désert de la Foi Je meure, et que Dieu vive en moi.
C’est ici quele pur amour Par sa secrète et douce flamme, Fait son ouvrage nuit et jour, En dépouillant l’ame de l’ame ; C’est ici que la pure Foi,
Fait vivre l’ame morte à soi.
L’ame pour ne penser qu’à Dieu, Met en oubli tout autre affaire, Et Dieu prend soin, en tems et lieu,
tont, nde,
De lui marquer ce qu'il fant faire; 11 lui dit en esprit de Foi :
Voici ce que je veux de toi,
De quelques facheux accidens Que cette ame soit accueillie, Elle se tient ferme au dedans, Humble, paisible et recueillie, Et toûjours uniforme à soi,
Elle adore Dieu par la Foi.
: Ayant commis quelque défuut, Elle s’abaisse et se relève Disant d'une œillade au Très-Haut, Seigneur, je suis la fille d’Eve, Mais j'ai cette constante Foi, Que vous aurez pitié de moi.
Quand parmi les traces du jour Cette ame se trouve disrraite, Elle fait un petit retour,
Son cœur lui servant de retraite ; Et par un simple acte de Foi, Soudain Dieu la concentre en soi.
Elle s’écrie au fonds du cœur, Voyant le soin que Dieu prend d'#lle :
Je ne veux que mon Créateur;
Je lui serai toûjours fidelle ; Moi seule à Dieu, Dieu seul à moi, Voilà le trésor de ma Foi.
… Chère ame vous avez raison, Ne reveillez plus le sensible; Tenez-vous vuide en l'Oraison Autant qu’il vous sera possible; Rendez-vous pauvre par la Foi, Et Dieu vous Dé à riche en soi,
C’est en esprit, en vérité :
Que Dieu désire qu’on l'adore ; Réduisez-vous à l'unité; Soyez simple et plus simple encore ; Adorez par tout ce grand Roi Dans l’obscurité de la Foi,
C’est ainsi que dès le reveil Dieu fixe l’ame en sa présence ; C’est ainsi que par le sommeil I J’assoupit dans son Essence ; C’est ainsi qu’il l’unit à soi Et par l’ameur et par la Foi.
Mon adorable Jésus-Christ !
Immolé dans l’Eucharistie.
Immolez-moi par votre Esprit, Pour n'être avec vous qu’une Hostie, Et pour ne vivre plus à moi Dans l’heureux désert de la Foi.