SUR UN ARBRE FLEURI
L’Arbre qui toujours fleurit, Suspend pour un teins la hache ; Mais si son fruit ne mûrit,
Le Maitre à bon droit l’arrache ;
Pécheur ton ame périt;
Depuis longtems Dieu s’en fâche; Il voudroit des fruits murs Et tu le payes de fleurs,
Sur LA Mer.
La Mer par sa profondeur D'un Dieu t’exprime T Essence, Et dans sa vaste largeur,
Tu vois sa sainte présence :
Perds-toi d’esprit et de cœur, Dans cet Océan immense ;
Y vivant ainsi qu’un Poisson De l'esprit de l’Oraison.
Sur un MancHann.
Le Marchand fait mille efforts, Aprés un bien périssable, Quoique souvent ses ressorts,
Le rendent plus misérable ,
Et toi Chrétien tu t’endors, Laissant le bien ineffable Malheureux, il faut soupirer Après ce qui doit durer.
SUR UNE A1GLe.
L’Aigle élève son Aiglon, Le portant sur son épaule ; Elle lui fait la leçon,
A mesure qu’elle vole :
Prends ta fille et ton garçon, Sers leur de Maitre d’Ecole, T’appliquant à leur bien prêcher, Plutôt mourir que pécher.
Sur LE PHŒN1x.
Le Phœnix pour se nourrir, Prend le Beiume et la Canelle ; Son ardeur le fait mourir,
Et sa mort se renouvelle :
Aime Dieu, erains de l’aigrir, Joins la douceur et le zèle,
Si tu veux, en mourant d'amour, Revivre en Fheureux séjour.
À L'HONNEUR DE SAINT François D’Assisr,
FONDATEUR DE L’ORDRE DES Freres Mineurs.
SUR : Air: Je suis un Prince Bicnheureur, &t
CHRETIEN, joins ton cœur et ta voix Au chant mélodieux des Anges, Exalte l’humble Saint François, Digne d’immortelles louanges ; Mais en publiant ses vertus, Suis les sentiers qu'il à battus.
et ta voix
François brulant de charité, Quitte tout jusqu’à sa chemise; - Pour épouser la pauvreté,
Aux pieds du Saint Prélat d'Assise ; Renonce à tout, au moins d'esprit, Pour trouver tout en Jésus-Christ.
I sert l'Hôpital des Lépreux, Avec des bontés sans pareilles, Et se cachant parmi les gueux, Dieu fait par lui mille merveilles :
Le ont sisnnme nous tend la main, Quand nous la tendons au prochain.
Ne possédant tout-à-fait rien, Tout plein d’une humble confiance, Il fonde un ordre, et pour soutien, Il n’y veut que la Providence :
Travaill: en modérant tes soins ; Dieu pourvoit à tous tes besoins.
L'Esprit divin, unique Auteur De sa règle toute divine, Fait que le souverain Pasteur L’admet, l’admire et l'entérine ; L'Esprit Saint règleroit nos pas, Si nous ne lui résistions pas.
Il appelle la pauvreté, De son saint Ordre la nourrice, Assurant avec fermeté, Qu'elle en fera toujours l'Office ; T'âchons de vivre en gens debien,
Et nous né manquerons de rien.
Il renonce au Généralat, Pour‘bratiquer la dépendance, Aimant à vivre sans éclat,
Dans la bassesse et l'indigence ; Apprends, si tu veux te sauver, À ne te jamais éléver.
I] ressent un plaisir secret, Lorsqu'il vaque au plus bas office, Disant que son cœur seroit prêt, D'obéir au moindre novice :
Faisons la guërre à notre orgueil, Qui nous la fait jusqu’au cercueil.
Le chaud, le froid, la nudité, Font de sa vie un long martyre ; Ii cherche en tout l’austérité ; Par tout c’est la Croix qu’il désire, Lorsqu’en tout je flatte mon corps Insensible à mille remords.
Tous les ans, ensuite des Rois, Il jeûne pendant un Carême, Pour imiter au fonds d’un.bois, Le Rédempteur que son cœur aime ; Gardonsau moins, vraiment contrits, Les jeûnes qui nous sont prescrits.
Il se croit par humilité, L'un des plus grands pécheurs du monde, Voulant qu’en cette qualité, On le méprise et le confonde; Et moi chétif ver orgueilleuz, J’aime à passer pour vertueux.
Il pleure un jour amèrement Pensant à ses fautes passées, Quand Dieu lui dit intimement Qu'’elles sont toutes effacées :
Craignons toujours ; Dieu tient caché Le pardon de notre péché, j
Il roule, une autre fois, son corps Sur de la neige qui le glace, Pour rendre vains tous les efforts D'un sal esprit qui le tracasse ; Crois-tu bien un Ciel, un Enfer ; Lorsque tu vis selon la chair ?
Le monde et le pauvre François, Opposés en tout l’un à l’autre, S’attachent l’un l’autre à la Croix, Suivant l'avis du grand Apôtre :
J1 faut immoler en tout tenrs, L'Esprit, le cœur et tous les sens,
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I peut dire qu’il ne vit plus Que dans un esprit de victime, Puisque c’est en effet Jésus,
Qui le meut, le guide et l’anime :
O Jésus, ma vie et mon Roi!
Vivez et regnez seul en moi.
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Si quelqu’un ose le blâmer, Il le souffre d’un haut courage ; Mais sitôt qu’on veut l’estimer, {] fait en sorte qu’on l’outrage ; Et moi, loin d’aimer le mépris, Pour le moindre affront je m’aigris.
Il paroit quelquefois content, De ce qu’on l’honore et qu’on l’aime, “Mais par là tout son cœur prétend Rendre gloire à l’esprit suprême :
Défère humblement au Seigneur, Tout ce que l’on te rend d'honneur.
266 CANYIQUES
Il ordonne à ses chers enfans' Des se toutes divines; La charité, la mort des sens, Le silence, les disciplines,
La solitude, l’Oraison, Et le Jeûne en chaque saison.
Il est lui-même simple et doux, Silencieux, modeste, affable, Toûjours égal, 'benin à tous, Patient, humbleet charitable :
Y1 n'est enfin point de vertu, Dont François ne soit revêtu.
Tout doux qu'il est, il sçait s’aigrix, Dès qu’il entend la médisance ; Il ne veut du tout point soufirir Que l’on murmure en sa présence :
Dis du bien de ton frère absent, Sans écouter le médisant.
I dit son office divin, Toûjours debout et tête nuë, Enflammé comme un Séraphim, Sans perdre jamais Dieu de vuë :
Grand Dieu! qu’à votre aimable aspect, J'ajoute l'amour au respect.
Ce peu de mots, mon Dieu, mon tout.
Lui font passer des nuits entières, Sans lassitude et sans dégout, En de séraphiques prières :
Veux-tu prier avec profit ?
Aime Dieu seul ; cela suffit.
Lorsqu'il contemple un Dieu naissant, Petit par son amour extrême, JL le trouve si ravissant,
Qu'il en est tout hors de lui-même Fais voir ton amour et ta foi, Pour un Diew fait homme pour toi,
I se prosterne avec fer ur, Passant devant l’Eucha La foi lui montrant le S:
Et comme Prêtre et comm: ,1ostie:
Adore un Dieu sur nos Autels, Fait aliment pour les mortels,
Chaque tourment du Roi des Rois Lui cause une douleur bien dure ; Mais de le voir mort sur la Croix, C'est ce qui le tuë à toute heure ;:
Vivrons-nous sans être touchés, : Lorsqu'un Dieu meurt pour. nos péchés.
Tout ravi sur la Passion,
Et sur les-playes deson Mattre;.
Ji en reçoit l'impression,
Qu'il cache et que Dieu fait paroître ; Portons incessamment sur nous, Les marques d’un Dieu mort pour tous.
La portioncule fait voir, De ce grand Saint les vives flammes, Vû que son zèle et son pouvoir, Ne vient qu’au salut de nos ânes :
Demandons au Roi de nos cœurs, La conversion des pécheurs.
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Nous ne sçaurions bien expliquer, Son amour pour la Vierge sante ; È Il veut qu’on ait soin de l’aimer, naissant, Et qu’en l’aimant on soit sans craintes: Aime Marie et vis en paix ; Qui l’aime ne périt jamais.
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Le Pape, les Rois, les Prélats, Et tous les autres gens d’Eglise, T'rouvent en lui jusqu’au trépas, Une âme entièrement soumise :
Rendons tous les devoirs qu'il faut, À ces images du Très-Haut.
Il convertit par ses sermons Les âmes les plus endurcies ; 11 chasse des corps les Démons ; Y] dissipe les maladies ; Allons à lui dans tous nos maux ; I] peut tout ; soyons lui dévots,
Lorsqu'il prêche à divers oiseaux, Ses pieux discours les ravissent :
Quand il commande à des agneaux, * Îls sont soumis, ils obéissent ; Quelle honte pour un Chrétien,
Qu’un Dieu ne trouve souple en rien !
Un Ange avec un instrument Le conforte en sa maladie ; L'air qu’il lui joue est si charmant, Que sa sainte ame en est ravie ; Dieu nous console au fond du cœur, Au plus fort de notre douleur.
Il supplie avant de mourir, Son corps afin qu’il lui pardonne De ce qu’il l’a tant fait souffrir, Pour gagner du Ciel la Couronne :
Pécheurs, nous gémirons alors, PD’avoir trop caressé nos corps.
On ne viendroit jamais à bout De le suivre en toute sa vie ; C’est assez de dire qu'en tout
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