SERENADE
Quand tu ronfles, glacée, Sur ton sale grabat, Mon oreille est froissée Par ton maudit sabbat ; Ce doux bruit me rappelle Un million de tambours.
Ah!
Ronflez, ronflez, ma belle, Ronflez, ronflez toujours.
Quand de tes mains graissées Tu veux rincer les plats, Que d'assiettes cassées Volent en mille éclats !
Tu flanques la vaisselle Par terre tous les jours.
Ah!
Rincez, rincez, ma belle, Rincez, rincez toujours.
Quand tu chantes, ta bouche Semble un gouffre profond.
Je plonge un œil farouche Dans cet antre profond.
Où trouver une pelle Pour de semblables fours ?
Ah!
Chantez, chantez, ma belle, Chantez, chantez toujours.
Quand tu boudes, fâchée, C'est là qu'il faut te voir ; Ta face mal léchée Ne saurait m'émouvoir.
Ton humeur se révèle Sans voiles, sans détours.
Ah!
Boudez, boudez, ma belle, Boudez, boudez toujours.
Mo»tréal, 20 septembre 1881.
LES TARTUFES Air : — Sur les rives prochaine.
Pour jouer dans la presse
Le rôle de bigot.
Plus d'un cafard s'empresse
De se faire cagot.
Vous tous qui lisez les journaux, Sifflez, sifflez ces dindonneaux.
L'un croit voir une mine
Dans un simple pétard,
L'autre braille et fulmine
Contre le docteur Giard.
O vous qu'endorment leurs journaux, Sifflez, sifflez ces étourneaux.
Quand ces censeurs austères,
Ecrivains rabougris,
Font voir leurs caractères,
Pair l'impuissance aigris, Vous qu'ils prennent pour des badauds, Sifflez, sifflez tous ces lourdauds.
Les hommes respectables,
Moins blessés que surpris
Des cris peu redoutables
De tous ces malappris, Diront, reprenant leurs travaux :
Laissons, laissons brailler les veaux.
Tel qui tourne casaque Est fougueux et vantard, Mais grattez le cosaque, Vous trouvez un Tartard.
Otez làplukie à ces oiseaux, Pour eux la colle et les ciseaux.
Tel qui prêche abstinence Du breuvage enivrant, Se grise d'importance Au fond d'un restauraut Vous, qui vous rincez le dallot, N'avalez donc pas le goulot.
Montréal, 23 septembre 1882.