T'EN SOUVIENS-TU
T'en souviens-tu, disait un journaliste
Au parvenu qui vendait ses faveurs,
Te souviens-tu de la mine assez triste
Que tu faisais devant les électeurs ?
De braves gens, qu'aujourd'hui tu repousses,
Pour te choisir ont alors combattu.
On s'en souvient pour s'en mordre les pouces,
Mais toi, blagueur, dis-moi, t'en souviens-tu ?
Nous t'avons pris quand tu n'étais qu'un cuistre ; Grâce à nos soins, tu devins député ; L'intrigue aidant, l'on te créa ministre.
Jamais honneur ne fut moins mérité.
Te faufilant de la queue à la tête Foulant aux pieds, devoirs, honneur, vertu, Tu te traînas en rampant jusqu'au faîte.
Dis-moi, goujat, dis-moi, t'en souviens-tu ?
Te souviens-tu des fiascos déplorables
Que produisaient tes ennuyeux discours ?
Te souviens-tu des joutes mémorables
De tes amis venus à ton secours ?
Grâce à l'effet des phrases éloquentes
Que ces tribuns débitaient impromptu,
Tu remportas des victoires brillantes :
Dis-moi, poseur, dis-moi, t'en souviens-tu ?
On t'a vu faire assaut de politesse Auprès de ceux que tu voulais pincer ; Te souviens-tu de ces vaines promesses Que tu faisais sans jamais te lasser ?
Chacun disait : Quel garçon estimable !
Depuis on dit : C'est un gueux revêtu ; Au temps jadis l'on te trouvait aimable Dis-moi, trompeur, dis-moi, t'en souviens-tu.
Tu f en souviens : Tes nombreuses victimes N'oublieront pas de te remémorer Certains détails on ne peut plus intimes Que tu voulais nous laisser ignorer.
Du peuple hier on te croyait l'idole, Mais sur ton compte on en a rabattu.
Le roc fatal est près du Capitole ; De Tarpéïa, dis-moi, te souviens-tu ?