‹ Caprices poétiques et chansons satiriquesChapitre 20 sur 123 · PARTANT POUR LA SCIERIE · texte numérisé non relu

PARTANT POUR LA SCIERIE

Partant pour la scierie,

Le jeune et beau François

Disait à sa Julie :

" Je m'en vas scier du bois.

" J'tourn'rai la manivelle,

" J'ajusterai l'billot,

" Et je r'viendrai, ma belle, ) , •

" Avec un beau tuyau. )

La belle morve et braille,

EU' dit : •' C'est ben crapaud

" De t'éloigner qu'il faille

" Pour fair' bouillir le pot.

" Tu verras d'autres filles

" Qui te front les yeux doux.

" Fais-toi marchand d'guenilles, ) • .

" Et deviens mon époux." J

Or, François n'aimait guère

L'commerce des chiffons,

Il répondit : " Ma chère,

" Tu sais ben qu'j'ai pas d'fonds

" Ma culotte en guenille

'• Se trouv' dans le mêm' cas.

" C'que tu m'dis ça m'tortille, ) . .

" Mais je n'ia vendrai pas. )

" Si mon but j'puis atteindre, " Ayant rentré mes fonds, " Je reviendrai te peindre " Mes sentiments profonds.

" J'aurai, tu peux m'en croire, " Un beau tuyau d'castor " Et, sur ma veste noire, " ) , .

" Un' chaîne presque d'or." )

Mais la tendre Julie

Disait : " Mon gros chou blanc,

" Je t'aime à la folie,

" D'un amour écœurant ! "

Elle prie, elle insiste,

Protest' qu'elle en mourra ;

Mais lui toujours persiste, 1 , .

Advienne que pourra. 3

Puis, des bras de Julie S'tirant avec effort, Il part pour la scierie D'un nommé Jo' Dufort.

A fore' de patience, Sciant mieux qu'un avocat, Il acquiert la science ) , .

A c'travail délicat. )

Cette science vaine A François n'a servi

Qu'à connaît^ la déveine.

Du malheur poursuivi I' r'vient, faisant la lippe, Porteur d'un beau tuyau, (C'était un tuyau d'pipe), ) , .

' Et d'un' chaîne à billot, j W '

Il commença par dire :

" Tu vois mon attirail,

" Ma Julie, je soupire ! "

El 1 dit : " Pas d'soupirail !

" Je nVeux pas qu'on m'enchaîne,

" Je n'suis pas un billot ;

"Va raconter ta peine 1 , .

" Dans le faubourg tuyau." )

Montréal, 8 juin 1881.

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