PARTANT POUR LA SCIERIE
Partant pour la scierie,
Le jeune et beau François
Disait à sa Julie :
" Je m'en vas scier du bois.
" J'tourn'rai la manivelle,
" J'ajusterai l'billot,
" Et je r'viendrai, ma belle, ) , •
" Avec un beau tuyau. )
La belle morve et braille,
EU' dit : •' C'est ben crapaud
" De t'éloigner qu'il faille
" Pour fair' bouillir le pot.
" Tu verras d'autres filles
" Qui te front les yeux doux.
" Fais-toi marchand d'guenilles, ) • .
" Et deviens mon époux." J
Or, François n'aimait guère
L'commerce des chiffons,
Il répondit : " Ma chère,
" Tu sais ben qu'j'ai pas d'fonds
" Ma culotte en guenille
'• Se trouv' dans le mêm' cas.
" C'que tu m'dis ça m'tortille, ) . .
" Mais je n'ia vendrai pas. )
" Si mon but j'puis atteindre, " Ayant rentré mes fonds, " Je reviendrai te peindre " Mes sentiments profonds.
" J'aurai, tu peux m'en croire, " Un beau tuyau d'castor " Et, sur ma veste noire, " ) , .
" Un' chaîne presque d'or." )
Mais la tendre Julie
Disait : " Mon gros chou blanc,
" Je t'aime à la folie,
" D'un amour écœurant ! "
Elle prie, elle insiste,
Protest' qu'elle en mourra ;
Mais lui toujours persiste, 1 , .
Advienne que pourra. 3
Puis, des bras de Julie S'tirant avec effort, Il part pour la scierie D'un nommé Jo' Dufort.
A fore' de patience, Sciant mieux qu'un avocat, Il acquiert la science ) , .
A c'travail délicat. )
Cette science vaine A François n'a servi
Qu'à connaît^ la déveine.
Du malheur poursuivi I' r'vient, faisant la lippe, Porteur d'un beau tuyau, (C'était un tuyau d'pipe), ) , .
' Et d'un' chaîne à billot, j W '
Il commença par dire :
" Tu vois mon attirail,
" Ma Julie, je soupire ! "
El 1 dit : " Pas d'soupirail !
" Je nVeux pas qu'on m'enchaîne,
" Je n'suis pas un billot ;
"Va raconter ta peine 1 , .
" Dans le faubourg tuyau." )
Montréal, 8 juin 1881.