ÇA N'SE PEUT PAS
Air : — Des femmes bavardes
On peut rendre un auteur modeste, Rendre un carabin studieux, Faire écouter un propos leste Par un laideron scrupuleux, Etre de sa belle amoureuse Bien compris même en parlant bas ; Mais remplir une tête creuse, Ça n'se peut pas. [bis)
Il est possible qu'un notaire Refuse d'agir " Par devant, " Et fasse un acte par derrière, Ce qui serait bien aggravant, On a vu sur la mer perfide Des marins voguer sans, compas, Mais r'fuser d'hoir' certain liquide, Ça n'se peut pas. [dis)
On peut braver un chien qui grogne, Et, sans être bien turbulent, On peut passer pour un ivrogne, Pourvu que l'on ait du talent.
Si votre savoir en impose, Les nigauds se diront : Ah ! bah !
Qu'un tel homm' ne prenn' pas queuqu' chose, Ça n'se peut pas. (Us)
Qu'un ministre tienne parole, C'est possible quand il le veut ; Qu'un enfant n'aime pas l'école, Cela s'est vu, cela se peut Mais qu'un petit crevé travaille Àrdûment entre les repas ; Qu'on ^connaisse toujours la canaille, Ça n'se peut pas. [bis)
D'un' femme on peut serrer la taille, La preuve : ce sont les corsets Qu'elle serre au point qu'elle en baille Et qu'elle rompt tous ses lacets.
Mais poliment lui faire entendre Que l'âge a flétri ses appas.
Sans qu'elT vous m'nace de vous faire prendre Ça n'se peut pas. (bis)
Dans son pays nul n'est prophète, L'av'nir est à l'aventurier ; On peut passer pour très honnête Pourvu qu'on n'vol' que l'ouvrier.
Le succès est toujours facile Lorsqu'on sait se traîner bien bas.
Mais qu'tous les fous soient à l'asile, Ça n'se peut pas. (bis)
Montréal, 37 juillet 1881
L'ABSENCE f)
Te souvient-il quand ta chère présence Troublait mes sens, exaltait mon amour ?
Seul, aujourd'hui, je pleure ton absence, Jetant ma plainte aux échos d'alentour.
O toi que j'aime
Plus que moi-même, Puisse ton cœur garder le souvenir
Des jours d'ivresse,
Où ta tendresse Me promettait un heureux avenir !
Te souvient-il de l'aveu de ma flamme ?
Nous étions seuls, c'était par un beau soir.
D'un long regard incendiant mon -âme, Tes yeux sr beaux me versèrent l'espoir.
Rayon céleste?
Regard mod&te, Trouble de i'&me et pudique candeur,
Tendre délire, v
Je croyais lire Dans ton œil noir l'arrêt de mon bonheur !
(*) Cette romane* a été publiée dan* la numéro prospectus de " 1* Album Musical " avec musique par M. Calixa Lavallée.
Te souvient-il avec quelle constance Je recherchais ce regard de tes yeux ?
Pour le revoir, vers toi mon cœur s'élance, Et je me sens brûler des mêmes feux.
Joie éphémère !
Pensée amère 1 Ah ! si du moins je pouvais te franchir,
Longue distance !
Mon existence Je donnerais, Destin, pour te fléchir !
Souvent, la nuit, je crois revoir tes charmes, Tu m'apparais, pressant encor ma main.
Puis, dans mon cœur renaissent les alarmes, Et je me dis : La verrai-je demain ?
Le jour m'enlève
Un si doux rêve ; Tu disparais : mon regard éperdu
Te cherche encore
Après l'aurore.
Je reste seul, navré, triste, abattu.
Montréal, 30 juillft tffc,