N* CXXIX. T- LETTRE DU ROJ A MONSIEUR D’EMBRUN
Il doit ronclure ta trive. — Quant au fait de Bourgogne, il faut attendre la venue de madame Marguerite. — It a été très-bien traité pour un prisonnier.
(5 «oit IS2S.)
J’ay veu ce que vous m’avés mandé ; el pour ce que je n’ay loisir vous faire plus longue lettre, je vous manderay la resolution, en abrégé, des principaux points, selon mon intention. Et présentement, je suis d'oppinion que vous acceptiés la trésve et que vous la concluiez. Quant au faict d’entrer aux affaires de Bourgogne, je suis d’oppinion que vous actendiés ma sœur : car le moins que vous sauriés offrir de cela est trop pour mon vouloir; vous disant adieu, et me venir voir le plus losl que vous pourrés. Je vous advise que j’ay trop bien esté traicté pour un prisonnier.
Faict à la ce mardy après midy.
FRANÇOYS '
N* exXX.— TREVE ENTRE L’EMPEREUR CHARLES-QUINT, LE ROI FRANÇOIS 1" ET HENRI VIII D’ANGLETERRE *.
' Le Roi devait être alors, 5 août, à Santorias ou à Jean de Lotera (sic), comme on le voit par une lettre du vice-roi de Naples, datée du premier de ces lieux et publiée par Lanz (p. 167). Cette lettre se rapporte aussi à la trêve qui devait être conclue, aux a£hires de Bourgogne et à la prochaine arrivée en Espagne de la duchesse d’Alençon, sœur du Roi.
* Cette trêve fut conclue à Tolède, le 1 1 août t5a5, pour trois mois, pendant lequel temps il était permis k la duchesse d’Alençonde venir en F.spagne négocier la
délivrance du roi François I". Le texte en est imprimé dans le Recueil des traités de paix de Léonard, t. U, p. 196.
Par ses lettres patentes du 6 août 1 5a5, madame la régente commit messire Jean- Joaquin de Passan, pour faire le payement des sommes d’argent promises par la France en vertu du traité conduavec l’Anglcteire. Le compte original des sommes remises, à diverses époques, au roi d’Angleterre et à des personnages de sa cour, existe à la Bibliothèque royale, suppl.
franç. n* 1277.
SECTION III. — CAPTIVITÉ EN ESPA.CNE.
N* CXXXI. — LETTRE DU PRÉSIDENT DE SELVE A MONSIEUR LE CHANCELIER DU PRAT.
Nouvelles de la conféreDcc de Madrid.
|I3 mAi 152b.]
Monseigneur, par ce que le Roy a envoyé à Madame , c’est assavoir le plaidoyé ou disputation faict par M' le chancellier avec monseigneur d’Ambrun et moy, que j’é rédigé lors par escript, et fut envoyé au Roy, qui depuis l’a envoyé à Madame et à vous, comme j’entends . avez peu cognoistre les fondements dudict seigneur chancellier et les responses que luy avons faictes. Et pour ce que depuis ledict seigneur chancellier avoit faict une resolucion qu’il vint lire au conseil , en noz présences , et n’a jamais voulu la nous monstrer : à ceste cause, monseigneur d’Amhrun, l’esleu Bayard et moy mismes, par mémoire, touz les points de la resolucion dudict chancellier ; et sur le tout j’ay faict ung autre mémoire pour respondre, s’ilz le veullent oyr; et vous trouvez bon qu’il se doyve dire. A la vérité, il y a quelque chose qui picque; mais ils nous ont donné grant occasion de dire davantaige. Vous les cognoiscez : après, monseigneur, que vous l’aurez veu, il vous plaira m’en escripre vostre advis, lequel je trouverai toujours meilleur que le mien.
Monseigneur, hors le conseil , M' le chancellier, en sa chambre , monseigneur d’Ambrun et moy, avons disputé de noz droiz touchant la duché de Milan. Et pour ce que , à la vérité , je n’en suis pas bien résolu, et ne me suis trouvé si fort que je suis en la duché de Bourgongne, en laquelle je n’ay aucune dilBculté, je vous reciterai sommairement les responces que ledict seigneur chancelier me fist, en impugnant noz ti lires de Milan.
Premièrement , il dit que l’investiture faicte par l’empereur Maximilian au feu roy (à qui Dieu pardoint !), à mesdames scs fdles et au Roy qui est aujourd’huy, estoit condicionnelle. Et pour ce que je luy
monstray, parla teneur d’icelle, qu’elle est pure et necte, moyennant la somme de cent mil escuz , il m’a dict que , par le traicté de Caml)iay, estoit dict que le feu roy Loys, dedens certain temps, devoit faire son armée contre les Veniciens, et aussy faire déclarer le pape et exconmmnier les Veniciens : ce qu’il ne fist dedens le temps convenu. Or dict que, par ledict traicté est accordé que l’empereur doit bailler ladictc investiture, moyennant les choses dessusdictes , lesquelles, où ne seroient acomplies dedens le temps, rendent ladite investiture qui estoit à faire nulle par pacte exprès : toutesfoys, il ne in’a inonstré ledict pacte. A quoy j’ay respondu que, posé qu’il fust tel qu’il dict , ce que je ne croy, que toutesfoys ladicte investiture faicte depuis ledict traicté de Cambray demouroit bonne, pour ce que le roy Loys douziesme, par sa force et son armée, conquist les ferres que les Veniciens tenoient tant de la duché de Milan que de remj)ire, le tout à ses propres coustz et despens, et rendit à l’empereur les terres de l’empire, lequel empereur eust le tout agréable, et que , posé que lies non fuerit deducla ad efectum in tempore , tamen potuit purgari mora , prout fuit purgata. Kt (pie ledit empereur eut agréable ladicte conquesle et fist ladicte investiture; et aussi le pape depuis excommunia les Veniciens.
Ledit chancelier oultre dict que le Roy n’a offert son houmaige dedens l’an du décès du feu roy, et par ainsi demeure privé de l’investifure. Je luy ay respondu que cela n’estolt requis : carie chappitre Quo tempore miles, etc. est limitté par les docteurs en une investiture (pii contient : Tibi N. imperatori, .sans dire ; et saccessoribus suis : car, ou l’oumaige fut fait par le feu roy pour luy et ses boire, ou monseigneur le légat son procureur audit Maximilian et à .ses successeurs, cela garde qu’il n’y peult avoir commis, et luy ay allégué les docteurs tenans ceste opinion : « S’il n’y a Interpellation du seigneur et relluz du vas.sal, » Ad ce m’a-11 respondu que aliter observatur in terris imperii. Il m’a dict davantaige, que l’empereur Maximilian avoit premièrement baillé investiture .à Ludovic Sforce, pour luy et ses hoirs masles, et que, au préjudice de ladicte première investiture.
SECTION III. — CAPTIVITÉ EN ESPAGNE. 297 il n’avoit peu icelle revocquer, ne faire la seconde. Je luy ay dict que ladicte première investiture fut expressément revocquée, comme il appert par la nostre , et que le crime pour lequel ledict Ludovic povoit estrc privé estoit notoire : davanlaige, que nous avions le droit de Maximilian Sforce, son filsaisné; et, pour le tiers, que l’investiture faicte audit Ludovic ne valloit rien , comme faicte au préjudice des hoirs de madame Valcntine, ausquels avoit esté accordé de povoir succéder defficientibus masculis. Lequel pacte et convention avoit e.sté auctorisée par le pape, sede imperiali vacante; lequel pape de droit succède en ce cas-là à l’empereur, et que Galeas-Marie et Philippe- Marie, enCfans de Jean Galcas, premier duc, et frères de ladicte Valentine, estoient trespassez sans hoir masle, et que, consequemmenl le droit estoit venu à Charles, duc d’Orléans, et à Loys, roy douzicsme, son fils, et à ceulx de la maison d’Angoulesme, dont le Roy est descendu.
M. le chancellier m’a respondu à ces deux points : que Maximilian Sforce, alienando jus suam régi, ceciderat a feudo, et que l’empereur, par sentence, l’avoit déclaré privé, et aussi que ledict Maximilian ne povoit aliéner au préjudice de son frère. Et au regard de l’autorisacion faicte par le pape, quelle ne valloit rien, comme faicte par non ayant puissance : car, combien que Papa in hiis que sunt jurisdicionis ordinarie, ubi nécessitas urget, vel est aliquod grande periculam, possit exercere potestatem imperatoris , vacante imperio, tamen non potest facere alienationes Jurium imperii, et ea que requirunt plenitadinem potestatis. Or dict que la duché de Milan, par la première investiture faicte par l’empereur Vinceslaùs au conte de Vertuz, Jehan Galeas, estoit proie et liberis masculis; et le pape n’a peu altérer la nature du fief au préjudice de l’empire , ne venir contre la nature de l’investiture : supposé ores qu’il peust renouveler le fief, il le doit faire selon la première qualité.
Monseigneur, au regard de l’alienation faicte par Maximilian Sforce et privation , j’ay dict que je voullois veoir ladicte privation pour en parier. Mais en tant que touche la derreniere raison, qui est contre
l’approbation faicte par le pape saper feudo imperiali, je y treuve de la difficulté beaucoup, et vouldroye bien avoir vostre advis, combien que la difficulté de la paix ne consistera pas en cela.
Monseigneur, il ne vous desplaira de lire ceste fâcheuse lettre , car vous estes au lieu que devez tout savoir et entendre.
Monseigneur, en me recommandant très-humblement à vostre bonne grâce, je prie le benoist Créateur vous donner sa grâce et trèslongue vie.
De Toledo, ce xii* jour d’aoust i5a5.
Vostre humble serviteur,