AU ROV MON SOUVERAIN SEIGNEUR
Sire, j’ay receu la lettre qu’il vous a pieu m’escripre par Rabaclanges, et veu, par les Instructions que luy avez faicte bailler, la responce faicte pai' vous et vostre conseil à ce que le dict Habadanges a requis m’esti'e satisfaict. Et quant à ce, sire, qu’est contenu esdictes instructions touchant le faict de l’aident, tant de la partie des c“ escuz que celluy que le chevalier de Casai, anibassadeui' pour le roy d’Angleterre, a apporté, ensemble des autres pointz touchant les finances en icelles instructions mentionnez, j’ay dit à monsieiu' le general Hui’ault le faire bien entendre à monsieur le chancelier, pour advertir vous et vostre dict conseil comme le tout est passé, jusques icy, de ce qui touche le faict dudict argent. Qui me gardera, sire, vous en faire plus long discours, fors de vous supplier, poiu* le bien de vûz affaires, vouloir continuer d’ordonner qu’il soit donné telle provision au faict des paiemens des gens qui sont icy avec moy, qu’il n’en puisse advenir faulte; et le semblable, pour ceulx qui sont avec monsieur le marquis de Saluces, autrement son camp se rompera.
Au regard, sire, des pensions de messeigneurs le mareschal de Trevulz et conte Pedro Navarro, que m’escripvez avoir conunandé leur esti'e envoyé, pour une année, qui leur seront aportés dans le xij* ou XV* de ce moys, et que, ce pendant, ledit Rabadanges leur prye vouloir avoir pour si peu de temps pascience ; oultre ce , sire , que icellui Rabadanges y fera de par vous , je y feray ce que pourray
SECTION I. — GUERRE DU MILANAIS, pour les entretenir, comme j’ay faict jusques icy, combien que, veu la pascience qu’ilz ont eu jusques à présent, estant mcsmement au lieu où ilz sont, où il leur convient faire et supporter de la despense, il sera très-mal aisé de les pouvoir contenter, d'autant que depuis qu’ilz sont par deçà, leur a esté dit, suivant ce que m’en avez escript , de jour en jour, que leurs dictes penlions leiu” y dévoient estre envoyées; et maintenant qu’ilz tenoient pour certain les avoir, les faire encores actendie, ce sera les malcontenter, de sorte que je n’en pourray pas tirer le service que j’eusse faict les ayant contentez de leurs dictes pentions, pour ladicte année, qui me viendra très- mal à propos, sire , pour le bien de vos dictes affaires et de toute ceste emprinse , pour n’avoir, comme je vous ay cy-devant et plusieurs foys adverty, autres cappilaines pour conduire et me soullager des choses d’importance. A quoy je vous supplye, sire, vouloir adviser et n’oblier celle du seigneur Galeas Visconte.
Quant à la depesche que me mandez ferez dans deux jours du sieur Rencé , tant d’ai^enl que autres choses necessaires pour faire le voyage avec vostre armée de mer, en Naples ou en.Cecille, il etist esté bon, sire, que quarante joure a, ou plus, que je vous ay escript vouloir depescher quelque liomnje d’auctorité pour cest effet, et depuis l’anyvée dudit chevalier de Casai devei's moy vous ay nommé ledit sieur Rencé, l’eussiez depesché : car vostre dicte armée de mer eust déjà faict voille et eust merveilleusement troid^lé l’estât d’Ytallye de l’empereur, et contrainct son armée qui est en la Romaigne se retirer vers ledit Naples ou Cecille , pour deffence desdicts pays. Ce que, maintenant que l’yver est tant prochain et que le naviguer des galleres est quasy passé, ne se pourra bonnement faire, ne les affaires dudit empereur si fort travailler qu’on eust faict, ayant leur dicte armée, comme dict est, faict voille de bonne heure; vous advisant, sire, que toute l’esperance du pape et des Florentins estoit suile partement d’icelle armée , dont ilz m’ont plusieurs foys requis luy faire faire voille, comme je vous ay tant de foys escript. Et si n’avez donné ordre qu’elle puisse promptement partir, je me doubte q\»e
perdrez le pappc et que lesdicts Florentins s’appointeront avec les
enneinys.
Touchant la depesche que Icdict Rabadanges a veu faire du sieur de Langey, pour aller à Gennes, bien instniict du droit et des pactes faictz entre vous et les cappitaines des galleres, sur le faict des priuses qui ont esté faictes à Portefin , et pour prier lesdicts cappitaines qu’ilz vucillent faire l’advance dudict voyage qu’il leur convient présentement faire , il eust pareillement esté bon, sire, que plus tost le dict Langey ou autre feust allé audict Gennes, en dilligence, comme je vous avoye escript; car, par ce moyen, vostre dicte armée eust esté dilligentée et feust à ceste heure preste à partir; mais à cause de n’avoir à temps envoyé lesdicts sieurs Rencé et Langey, ne ce peult pas estre sitost, combien que, comme je vous ay- faict sçavoir, eusse tant faict avec lesdicts cappitaines, qu’ilz estoient contens que les prinses qui ont esté faites audict Portefin feussent vendues, et l’argent qui en viendroit feust employé au paiement de troys mil hommes que j’auroys ordonné estre mys sur lesdictes galleres pour faire ledict voyage. Mais lesdictes prinses n’ont esté encore du tout vendues, et me doubte, quand elles le seront, l’aident qui en viendra ne suffira pas au payement desdicts troys mil hommes ; par quoy je vous sujiplye y voiüoir pourveoir. Et quant à ce que me mandez avoir advisé pour le myeulx, que ladicte armée de mer, en actendant la venue dudit sieur Rencé , pourra partir et aller sur ledict royaulme de Naples ou Cecille, je me liens pour certain, sire, que avez envoyé lcdict Langey avec les provisions necessaires pour faire ce qu’il donnera ordre , ainsi qu’il est très requis , que à l’arrivée dudit sieur Rancé il trouvera son equipaige prest pour partir et aller trouver ladicte armée là où elle sera. Et ne fault point qu’il passe par moy, mais, pour ne perdre plus de temps, s’en aille en toute dilligence à Savonne, où est ladicte armée, aultrement elle vous demeurera sur les bras, et la grant despence courra tousjours sans vous faire nid service. Je ne puis autre chose faire, sire, que vous adverlir souvent et à heure de ce que je veoy estre besoing et necessaire pour voz affaires.
comme j’ay faict, affin que y pourvoissiez selon vostre bon plaisir.
Sire, ledit Rabadanges m’a apporté le colber de vostre ordre pour le conte Guido Rangon, auquel je le bailleray suivant ce que me mandez ; et à ce que m’escripvez du faict de sa pencion , pour le premier quartier, que si je luy veulx advancer sui' l’aigent que ledict Rabodange a apporté, il me sera remboursé sur les premiers et plus clercs deniers qui viendront, je vous advise, sire, que l’argent pour le payement des gens qui sont icy avec moi est si court et juste , et vient si à tard, que je ne puis rien avancer audict conte, ni à nul autre. Et quant à ce que remectez pour satisfaire en partye au payement de la compagnie de lx hommes d’armes dudict Rangon, à la compaignie de Françoys monsieur de Saluces, si tant est qu’il soit allé à Dieu, vous sçavez, sire, que, quant ainsi seroit, il fauldroit payer la compaignie dudict de Saluces de son service, veu qu’elle est en lieu de service, qui seroit de ceste’ partie trop faict (faire) actendre à celle du conte Guido : pour quoy vous plaira , en ensuivant ce que me mandez , faire mectre icelle compaignie de soixante hommes d’armes en l’estât des trésoriers des guerres , et en faire envoyer par deçà le payement , comme des autres compagnies, sans y comprendre celle du dict Françoys monsieur de Saluces, lequel. Dieu mercy, est guery et faict bonne chere.
Sire, suivant ce que je vous ai escript de Corps, je suis venu davant ceste ville, où Rabodanges m’est venu trouver, et avons commencé, ce jour d’uy, à faire nostre basterye : et se fera tout ce qui sera possible pour la prendre , et si de bonne heure , sire , vous eust peu me faire sçavoir vostre vouUoir, j’eusse tenu et suivi le chemyn que par ledict Rabodanges m’avez mandé, et l’alfaire de ceste ville vuydé, le feray le plus diUigeinment que faire se pourra. Bien vous supplye, par cy-après, pour le bien de voz affaires, ne mectre les choses en si grant longueur, et me vouUoir souvent advertir de ce qu’il vous plaira que je fasse, et faire dilligenter les lansquenetz, car il ne seroit pas raisonnable que sans eulx je m’approchasse des ennemys, et pourveoir que l’aigent pour le paiement de ceste armée ne faille.
Et quant à ce que l’ambassadeur du duc de Milian vous dit par delà, sy ne mande lcdict duc d’un seid escu, quelque chose que je saiche dire, et veoy bien que l’aide que les Fleurentins feront ne sera pas grande, encores qu’ils promectent et dient assez. Pourquoi, sire, il faidt que la provision viengne entièrement de vous; aultrement, comme entendez trop myeulx, ceste emprinse iroit en rompture : toutcsfois, il ne tiendra pas à sellerité l’un et l’autre et de faire tout ce que sera en moy pour le bien de voz dictes affaires; et demeure en mon oppinion, sire, que si vous pouvez trouver quelque bonne et seure paix, par delà, vous y devez entendre.
Sire, je prie Dieu que vous doint très bonne vie et longue.
Du camp devant Pavye , le x' jour d’octobre.
V'oslre très-humble et très-obeyssant subgect et ser>'iteur,
ODET DE FOYX.