RONDEAU [de MADAME LA DUCHESSE MARGUERITE
Pensant passer passaige si piteux ,
A tout bon cueur si triste et despiteux,
Veoir emmener personne si très-chere,
Soubz la couleur de gloire ou bonne chere,
Mect en danger ung retour bien souteux.
Je m’csbahys comme gens convoiteulx Sont aveuglez, pour rendre souffreteulx Royaulme, enfans, seur et dolente mere:
Pensant passer.
Souhz umbre d’estre saige et marmiteux,
L’on a congneu leur esperit boiteux Sans aller droit, dont, en très-triste chere.
Tous les saiges en pleurent à l’enchere. Craignant par trop le voiaige doubteux.
Pensant passer.
1 9. RONDEAU
Le départir est sans departement A ung bon cueur, aymant parfaictement :
Car vraye amour ne congnoist nulle absence; Mais a tousjours, par mémoire en presence. Le bien où gist tout son contentement.
Si l’oreille, l’œil et le sentement Seuflrent peine, pensant l’esloignement ,
Prier les fault de prandre en pacience Le départir.
Veu que l’esprit, ayant vray jugement,
A imprimé inséparablement En soy la fin où est son esperance ,
Tousjours la voit et sans cesser y pense.
Sans estimer peine, mal et tourment Le départir.
' 2 0. RONDEAU
Le départir est faict sans départir;
Car nostre amour ne pourroit consentir Qu’un principal fut vaincu d’accessoire,
Ne que l’absence eust triumphe et victoire Du bien qui est moins au veoir qu’au sentir.
Si l'œil en est ou mallade ou martir,
Le cueur luy doibt ung cyrot départir De doulx penser, pour plus aisément boire Le départir.
Entière amour ne se pcult impartir.
Pour quelque ennuy dont le sache assortir La longue absence, ou la mort faulse et noyre. EUe est présente et vivante en mémoire.
Qui nous peult bien de tout dueil divertir,
Le départir.
2 1. RONDEAU [dE MADAME LA DUCHESSE MARGUERITE'].
[SapUmbn 1324).