‹ Captivité du roi François 1erChapitre 83 sur 268 · N* LXX. — EXTRAIT DES REGISTRES DU PARLEMENT · texte numérisé non relu

N* LXX. — EXTRAIT DES REGISTRES DU PARLEMENT

Le parlement de Paris demande à faire des remontrances au sujet des aflaires de i'Étai.

[Da 10 avril 1025.]

Ce jour, toutes les chambres assemblées, les députez pour rédiger par escript les remonstrances qui avoient esté délibérées estre faites à Madame mere du Roy, régenté en France, le a 3 mars dernier passé , et estre mises par articles pour estre envoyées à madicte dame, ont raporté lesdits articles; et après qu’ils ont esté leus, et que les presidens, l’evesque de Paris, les maistres des requeste.s, et autres conseillers de ladite cour ont fait serment sur le tableau de ne reveler ni déclarer à autres qu’à ceux qui sont de présent en ceste compagnie le contenus susdits articles, la cour a ordonné au grellier d’icelle d’escrire lesdits articles de sa main et les envoyer signez de luy par Jehan Bachelier, huissier en ladlcte cour, à raesslre Jehan de Selve, premier president, pour les présenter à madicte dame, et que ladite cour escripra à madite dame qu’en suyvant ce qu’il luy a pieu luy mander, elle envoyé audit s' de Selve et autres ses députez lesdits articles, qu’elle estolt délibérée de faire pour le bien du Roy et de mess" .ses enfans, sabriefve délivrance, tuition du royaume et soulagement de ses subjects, pour les présenter à madicte dame et les luy lire, si c’est son bon plaisir de leur donner audience, la supplians très

17/i CAPTIVITÉ DU KOI FRANÇOIS I^

humblement vouloir prendre lesdicts articles de bonne part comme ceux qui ne désirent que le bien et honneur dudit seigneurs et de la chose publique du royaume. Aussi, que ladicte cour escrira audit de Selve, qu'il présenté lesdicts articles à madite damcenla compagnie de \P* André Verjus et Jehan Prévost, conseillers dudit seigneur en ladite cour, et les luy lysent, s’il plaistà madite dame, premier que les communiquer à autres; et quelle escripra pareillement ausdils Verjus et Prévost qu’ils assistent à la présentation desdits articles

N* LXXI, — PREMIÈRE INSTRUCflON A M. D'EMBRUN ’ POUR TRAITER DE LA DÉLIVRANCE DE FRANÇOIS I*.

[ Lyon , 2& arril I J

Pour parvenir à paix et amitié avecques l’empereur, et par le moyen d’icelle à la liberté et délivrance du Roy, semble que monsieur d’Ambrun doit tenir les termes cy après declairez, tant envers l’empereur que les gens de son conseil.

Premièrement, à son arrivée fera entendre audict seigneur empereur que la principalle cause de sa venue est pour le mereyer, de par Madame , des bons et honuestes traictemens qu’il luy a pieu commander et ordonner estre faietz au Roi au lieu où il est , lesquels ont jusques icy esté telz que madicte dame a bien cause de s’en

' Nous donnerons seulement les princi|>aux arrêts et les remontrances les plus importantes du parlement de Paris, qui se rapportent aux démêlés de cette compa* gnie avec madame la régente pendant la captivité du Roi. Si on voulait en rapporter toutes les circonstances, il faudrait imprimer eti entier le registre de cette époque.

’ L’éditeur des Lettres de Marguerite de Navarre a confondu, on ne sait comment, ce personnage, qui fut François de

Tournon, archevêque d'Embrun (jusqu'en l'année i5a6), avec George d' Armagnac (Lettres de Marguerittd'AngouUme, préface du I*' recueil, p. 19, et a* recueil, p. 44), qui n'a jamais été archevêque d'Embrun, et n'avait même pas encore obtenu de dignité épiscopale trois ans plus lard, en i5a8. Le nom de cet archevêque est écrit aussi souvent par un A que par un E. On trouve ces deux manières d’orthographier ce nom propre dans les actes du temps.

SECTION II. — CAPTIVITÉ EN ITALIE. 175 contenter. Et après pour le supplier et requerrir de voulloir continuer et perseverer en ceste bonne voulonté envers lcdict seigneur et elle, et permettre que souvent elle puisse avoir nouvelles de sa santé.

Et si ledlct empereur dit et respond sur ce audict sieur d’Ambrun, que si sa venue n’est fondée sur autre chose, qu’il le depeschera promptement pour s’en retourner, ledit sieur d’Ambrun luy pourra sur ce respondre qu’il scet certainement que madicte dame , avant la perte de la bataille et toujours, a désiré plus que nulle autre chose , et encores desire la paix , unyon et concorde de ladicte chrestlenté , et principallement entre ledict seigneur empereur et le Roy, et que s’il plaist audict empereur y. entendre avecques condicions honnestes, et telles que madicte dame les puisse, au contentement et satisfacion du royaume , duquel elle a de présent la regence et totalle administration, accorder, elle le fera de très bon cueur; maiz que les demandes contenues ès articles et instructions apportées parle sieur de Beaurayn se sont trouvées si grandes et si haultes, que bonnement elle n’y a peu respondre, pour les raisons qu’on ne fait doubte que ledict sieur de Beaurayn a fait entendre audict seigneur empereur; et que, à ceste cause, si c’est son plaisir de venir à ladicte paix et amytié et il veuille ordonner et depputer quelqu’ung pour avecques ledict seigneur d’Embrun en communiquer, il cognoistra que madicte dame se trouvera non seullement encline et désirant ladicte paix, maiz se condescendra à choses honnestes, bonnes, grandes et très advantageuscs pour ledict seigneur empereur et sa maison.

Et si à tant vient que ledict seigneur empereur vueille en ce entendre et ordonner quelque bon personnage pour communiquer de ces matières avecques ledict sieur d’Ambrun, icelluy sieur d’Ambrun mettra peine, pour le premier, de le mettre hour d’esperance de obtenir par ladicte paix aucunes villes, terres et seigneuries du royaume, estant de présent en l’obeissance du Roy, quelles qu’elles soient; maiz si on se veult contenter de traicter d’autres choses.

176 CAPTIVITt' DU ROI FRANÇOIS I*.

comme de l’Itallye et autres querelles que ces deux grans et puissans princes ont l’ung contre l’autre , il y entendra : et de tout ce qu’il dira et mettra en avant, asseurera ledict seigneur empereur que madicte dame les accordera, ratifiera et approuvera en telle, si bonne et si sure forme, qu’il ne s’y trouvera jamais de difficulté, ne faultc. Et en ce faisant, remonstrera les biens qui peuent venir de ladicte paix, non seulement aux dicts princes, mais à toute la république ebrestienne, laquelle se voit de présent au péril et dangier de tomber en manifeste ruyne, si ceste paix, unyon et amytié ne l’en preserve et garde.

Et si ledit sieur d’Ambrun cognoist qu’il y ait moyen d’entrer à ladicte paix sans riens bailler des terres et seigneuries du royaume, il poura mectre en avant les choses qui s’ensuyvent.

Premièrement : s’il y a moyen en faisant et traictant ladicte paix, amytié et délivrance du Roy, de perpétuer, assurer et corroborer icelle paix par alliance de sang et mariage, que madicte dame y entendra très voulontiers, et non seullement de la personne du Roy, mais de l’ung des enfants dudict seigneur; et«n ce suivra ledict sieur d’Ambrun ce qui luy en a esté dict, et les propoz qui luy en ont esté tenuz.

En après, pourra pareillement parler de l’estât et duchié de Milan, seigneuries de Gennes et comté d’Ast , et en cela se trouvera moyen et expédient d’en satisfaire audict seigneur empereur, et mesmement, pour autant qu’il est requis, pour le contentement de toute l’Ytallie et y mettre repoz, y avoir ung duc, madicte dame se contentera que le mariage de monseigneur le duc d’Orléans, second filz du Roi, se face, traicte et conclue avec la fille de la royne du Portugal, madame Elienor, et que pour l’une et l’autre part, tous les droitz, noms, raisons et actions que le Roy pourroit avoir en ladicte duchié, seigneurie de Gennes et conté d’Ast, fussent reunis, donnez et délaissez par traité dudict mariage à mondict seigneur d’Orléans et à ladicte fille, et que d’icelle duchié et seigneurie de Gennes ledict seigneur empereur les investit comme il seroit requis et advisé.

SECTION IL — CAPTIVITÉ EN ITALIE. 177 Et pour ce que lesdicls duc d’Orléans et fille sont en minorité et bas aage, comme on voit, madicte dame sera contente que ledit duchié et seigneurie de Gennes soyent regis, gouvernez et possédez entièrement par iedict seigneur empereur el ceux qui luy plaira y commectre et depputer, et faire prendre et recevoir le revenu, proulTit et émolument qui en pourra venir, durant ladite minorité, sans ce que aucune chose lui en puisse estre cy après querellée, ne demandée , en faisant bailler audict seigneur d’Orléans quelque somme honneste pour l’entretenement de son estât, et telle qu'il plaira audict seigneur empereur ordonner.

Pareillement, se pourra traicter du fait du royaume de Naples, tant de la propriété et droit que le Roy y prétend que des cent mille ducatz qu’il a droit de prendre sur Iedict royaume, et aussy de ce qui en est deu du temps passé.

Semblablement, se pourra traicter de la ville de Hesdin et de Toimnay, et aussy des droits de souveraineté que le Roy a sur les contés de Flandres et Arthois, qui ne sont petits droits.

Et s’il plaist audict seigneur empereur entrer plus avant à traiter (lu fait de ladite Rallie, tant pour faccroissement dudict royaume de Napples et duchié de Millan, (jue aultrement pour le perpétuel établissement de ses Estatz, son -plaisir sera y adviser et en faire quelque ouverture; et madicte dame y entendra de sa part, ainsy qu’il plaira audict seigneur empereur adviser.

Et fmablement, ledit s^ d’Embrun fera toutes les ouveiiures dessus dictes, à temps, à propoz, et selon qu’il verra et congnoistra les matières estre disposées, principallement à la dellivrance du Roy; le tout sans riens rompre. Maiz de chose qui luy soit dictée et proposée, combien qu’elle fust desraisonnable et non faisable, prendre temps d’advertir madicte dame , pour en savoir et entendre son voulloir et intencion.

Fait à Lyon, le xxviii' jour d’avril xv* xxv, après Pasques.

N* LXXIl. — LETTRE DE CHARLES DE LANOY A MADAME D’ANGOULÉME.

M. de Monlmorcncy lui donnera des nouvelles du Roi. — L'empereur a ordonné de le irés-bicn traiter. — C'est le désir du vice-roi. — Il a ordre de bien veiller à la santé du Roi.

[D« riuigbiioat, 4 mai 1&25. ]

Madame, par monsieur le maresclial de Montmorensy, sorés la bonne santé du Roy et le dcslr qu ay de luy faire tout le bon traiclement qu’il me sera possible, comme l’empereur le me commande; et vous asseure, Madame, que Sa Majesté m’a escript de sa main que prene bien fort garde à sa santé et au bien de sa personne, ce à quoy mectré peine m’aquiter.

Madame, je prie Dieu de vous donner bonne vie et longue.

De Pesiqueton, le quatre de may.

Voslre très humble ser\'iteur, CHARLES DE LANOY '.

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