‹ Captivité du roi François 1erChapitre 98 sur 268 · N* XCIIL — LETTRE DU CONNÉTABLE DE BOURBON A L’EMPEREUR · texte numérisé non relu

N* XCIIL — LETTRE DU CONNÉTABLE DE BOURBON A L’EMPEREUR

Il .SC plaint de ce que le vice-roi a conduit le roi de France en Espagne, lorsqu'il était convenu qu’on le transpi rterait à Naples *, — Le vice-roi ne Ta pas informé de ce changement de résolution , ce qui nuit A la réputation du connétable. — Ce changement fera tourner te pape et le roi d'.tnglcterre contre Temperour. — Plaintes contre le vice-roi.

(UiliD, 10 juin 1M5.)

Monseigneur, estant icy le vice-roy de Naples, monsieur le marquis de Pesquiaire, monsieur de Rup, le manmis d’AJgonasse, Antoine de

Lesve et Allarcon , lut conclu que

* Voir à ce sujet tleux lettres du viceroi de Naples à Charles-Quint, datées l'une du port de Villafranca, le lo juin, et l'autre de Palamos, le 17 du même mois, par lesquelles il informe l'empereur, qui l’ignorait alors, de l’arrivée du Roi en Es-

ledict vice-roy devoit mener le roy

pagne , et lui demande ses ordres. Le viceroi ne peut conduire F rançois I" à Madrid faute de chevaux. Ces lettres ont été publiées par Lanz, Correspondenz des Kaisers Karl V, p. 1 64 et suiv.

SECTION II.— CAPTIVITÉ EN ITALIE. 217 de France à Naples , pour les raisons que vous a dictes monsieur de Reux. Depuiz ledict vice-roy a fait tout le contraire, et mené le roy de France devers vostre majesté : ce que ay trouvé bien estrange que ledict vice-roy ne m’en a adverty, et aussy vos bons serviteurs de par deçà. Il m’a fafct grand honte, tellement qu’en ce pays il s’en parle en beaucoup de sortes qui n’est en mon honneur: que suis asseuré, monseigneur, que ne rentendés;carma deliberation est de continuer à vous faire service, comme ay faict, sans y espargner ma vye jusques icy. Monseigneur, j’ay grand peur que ceste soudaine allée vous pourra faire perdre le pape et Vénitiens, et aultres potentats d’Italie; du roy d’Angleterre, il y est en danger.

Ledict vice-roy m’a laissé ycy sans argent et sans moyen de recouvrer des Allemans pour faire l’entreprise de France. Je crois qu’il en est bien aise, affin d’essayer aucuns appoinctemens par grand nécessité : et quand il vous plaira m’en ouïr, je vous diray des choses devant luy que cognoistrez qu’il a fallu que bien aultre que luy ait mis les mains à voz aiîaircs. Oulüe tout cet affaire, la pluspart du monde pensera que vostre majesté me aura mis en oubly, que n’ay jamais creu, ne croiray, veu vostre bonté et mon loyal service que à jamais sera tel. Monseigneur, je croy fermement que vostre majesté en fera telle démonstration, qui sera au bien et au repos de vos affaires, au contentement de voz bons et loyaulx serviteurs, dont je me meetz au rang. De celuy de qui je vous parle, je ne m’en suis jamais plaint, pour ce que je voyois que vostre affaire le requeroit. Je ne vous en parleray plus pour ceste heure, car j’aurois peur, monseigneur, qu’en parlasse en passion; mais je vous en diz vérité. Nous sommes à présent à envoyer à Rome, à Venise, en Allemagne, en Angleterre, pour rompre les grandes suspicions. J’ay fort commencé choses qui ne sont de petits mouvemens; et si je pouvois, je irois devers vous; mais je tiens bien mal , pour la grande nécessité de vostre sendee. Qui sera la fin de ma lettre, en vous suppliant très humblement la prendre de bonne part et m’avoir tousjours en vostre bonne grâce et souvenance, à laquelle vostre majesté m’y tiendra, s’il vous plaist, pour tousjours.

218 CAPTIVITF' Dl) ROI FRANÇOIS I«.

Monseigneur, je supplye le Créateur vous donner très bonne vye et

De Millan, le dixiesme jour de juin.

De la main de

Vosü'e très humble et obéissant sen’iteur,

CHARLES L

Je n’auray pas les galleres du roy de France; carie vice-roy les a avec luy. Monseigneiu*, je vous asseure que le vice-roy qui a mené le roy de France, n’est cause de quoy il est pris.

‘ Celle lettre fut iiilerceptce sur le courrier qui la portait en Espagne, saisie et envoyée à la régente, qui était alors à Lyon, comme le prouve le document suivant :

VIDIMÜS DF..S I.ETTnESQUi ONT ESTE PRINSE.S, QUE MONSIEUR DE ROURBON ERCRIVOIT À l.-EMPEREUR.

< Saichenl tous qui ces présentés Icltrcs verront, que l'an i535, le iG' jour du nrois de juin, nosseigneurs tenans le conseil du Roy nostre sire en la cité de Lyon cl en la maison épiscopale dudict lieu, nous notaires soubzsigner. ont mandé quérir par riiuissicr dudict conseil pour vidimer certaines lettres , mesmes faicles et escrites soubr. le nom, seing et cachet dudict monsieur de Bourbon, adressantes à l’empereur -, et après que nous lesdictz notaires avons esté par devers lesdictz seigneurs tenans ledict conseil, avons faict exhibition desdicles lettres à messeigneurs

les duc de Vendosme, cardinal de Bourbon, comte de Sainl-Pol, trésorier Robertet et seneschal de Lyon, lesquelles lettres par eux veues et leucs, ont dict et attesté, disent et attestent que icelles ont esté escriptes , soubzscrites et signées de la propre main dudict monsieur de Bourbon, etcaebetées de son propre cachet, desquelles la teneur s'ensuit, etc.

t Lesquelles lettres mesmes nous avons leues, tenues et vidimées de mot à mot, sans aucune chose y adjouter ny diminuer, et avons rendu l'original ausdicts seigneurs du conseil , et tout ce fait par ordonnance cl commandement dudict conseil et de monsieur le chancelier, ez présences de messeigneurs les chancelier d’Alençon et .Michel de Charbeys, trésorier de Vendosmois, assistant audict conseil. En tesmoing de ce avons signé ces présentés, l’an et jour que dessus.

• BEAUL rdi, GARNY.»

N* XCIV. — LEITRE DE MADAME LA DUCHESSE D’ANGOULÉME A MONSIEUR DE MONTMORENCY.

Elle SC réjouit de la bonne santé du Roi et de son prochain départ pour rEsjNignc

[Lyon. H>}nÎD 1525.]

Mon cousin, le plaisir ne pourroit estre plus grantl (|ue celluy que m’a donné ce porteur, par lequel vous m’avez asseurée de la santé du Roy et de la conclusion de son voyaige en Espaigne, après tant de difficultez, qui est, comme savez, l’ordinaire en tous ses ailhires d’importance. Mais à la fin, celluy qui ne l’oblye jamays, conduict toutes choses à son intention, qui sera, comme j’espere , ung bien inestimable et de mesmes necessaire pour toute la crestienté : lequel je prye, mon cousin, vous avoir en sa saincte garde.

Escript à Lyon, le xvj' jour de julng.

Vostre bien voslre iiiai.stre.sse, I.OV.SE.

N* XCV. — PLEIN POUVOIR DONNÉ PAR LOUISE DE SAVOIE, REGENTE DU ROYAUME. POUR TRAITER DE TRÊVES A\ EC LA GOUVERNANTE DES PAYS-BAS'.

(Lyon, ISjniu 1525.)

Loyse, merc du Roy, etc. regente en France, à tou.s ceux qui ces présentés lettres verront, salut. Savoir faisons que Nous, à plaln conüans des sens, savoir, üdellté, diligence et experlence de nostre très cher et bien aîné Pierre Douarty, chevalier, seigneur dudit lieu, l’un des gentilzhommes de la chambre du Roy nostre très cher seigneur et fdz,

’ Un pouvoir semblable pour traiter fut aussi donné, le 7 septembre, à Jean

d'une trêve, de la délivrance du Roi et de de Selve. On en trouve une copie dans le

la paix avec l’Angleterre et l’empereur, ms. suppl. fr. n*^^, p. ôG."!, Ribl. roy.

et gouverneur de Clermont, icelluy, pour ces causes, avons ordonné, constitué et estably, ordonnons, constituons et establissons nostre ambassadeur, procureur et messager especial pour se transporter par devers très baulte et très puissante princesse nostre très chere et très amée sœur l’arcbeduchesse d’Autriche, regente ès pays de Flandres, Artoys et autres terres et seigneuries de l’empereur estant ès parties de deçà , auquel avons donné povoir , faculté et mandement general et spécial, en vertu de noz povoir et regence, de traicter, conclure et capituler avec ladicte dame ou autres ayans povoir et faculté d’elle, et ce pour faire une abstinence de guerre et de port d’armes entre très haull et très puissant prince l’empereur d’une part, et le Roy nostre dit seigneur et filz d’autre, leurs hoirs et successeurs, vassaulx, subjeetz, pays, terres et seigneuries, et pour tel temps qu’il sera advisé par nostredit ambassadeur et procureur; et autrement, lui avons donné faculté et puissance de faire, convenir et accorder toutes autres choses requises et necessaires à un tel acte , tout ainsi et par la forme et maniéré que ferions et faire pourrions se y estions en personne, encores qu’iiz fussent lelz qu'ilz requissent mandement plus spécial que le présent, promectant, en bonne foy et parolle de princesse, faire ratifier et avoir agréable par le Roy nostredit seigneur et fdz, ce que par nostredit ambassadeur aura esté faict, traicté et conclu sur ladite abstinence de guerre et de port d’armes: et de nostre part, en vertu de noz povoirs et regence, nous l’agrerons et ratifierons. Fn temoing de ce nous avons signé ces présentes de nostre main, et à icelles faict mettre nostre seel.

Donné à Lyon, le xviii* jour de juing, l’an mil cinq cens vingt et cinq.

Par Madame, regente en France :

RonBRTET.

N* XCVl. — LETTRE DE LA BARRE A MADAME LA RÉGE.NTE

EN FRANCE

Le Roi e$t en boDne santé. — Il est sur les galères en route pour Barcelone et Valence.

|Bar<«loo«, 23 jniD 1535.]

Madame, par ce présent porteur vous entendrez le cheinyn que le Roy continue tant en ses afifaires que à la veue de l’empereur, pour laquelle chascun estyme qu’il en sortira sy bon fruyet, avec vostre ayde et approchemant, que toute la chrestyenté en demoura en bonne voy. Je vous promez, Madame, partout où le Roy passe, il est tant aimé, et desyré l’aspex, que je ne le vous sauroys dire : aussy il est garny de sy bonne sancté que meylleure ne la sauroyt avoyr : il se remet aujourd’uy aux gallères pour s’aproclier de Vallence. Madame , je supplye nostre Seigneur vous donner 1res bonne vye et longue santé.

De Barselonne, le xxij*' jour de juing.

• Vostre très humble et très obeyssant

servyteur et subgect,

DE LA BARRE

N* XCVII. — POÉSIES DU ROI FRANÇOIS l* COMPOSÉES PENDANT SA CAPTIVrrÉ EN ITALIE.

(Ce fragment fait snite à la page ISS.)

Trop heureuse ' de donner congnoissance de chose de quoy tout le corps tien trop content, le service, l’esperit et la pensée; et si la paouvre parolle, condamnée par loingtain exil, pouvoit estre vifve, elle diroit :

11 est ici question de la main du Roi. (Voir p. 128.)

RONDEAti.

Triste penser! en quel lieu je t’adresse,

Prompt souvenir ennemy de paresse,

Cause cest œuvre, en te faisant sçavoir Que longue absence en riens n’a le pouvoir Sur mon esperit, de qui tu es maistresse.

Si faulte y a , pardonne la simplesse

Que longuement conduictz, par telle oppresse

Qu’en ma vie long ennuy me faict veoir :

Triste penser !

Si demandez, amy, et pourquoi est-ce?

As-tu doubte qu’en toy mon amour cesse?

Je te rcspondz qu’ayme mieulx recevoir Mort, que doubter de toy pour mon ' debvoir;

Mais c’est amoiu’ qui renforce sans cesse Triste penser !

Donnant peine au corps et contentement à fesperit; travail à la puissance el satisfaction au sçavoir, lequel, encores qu’il ait la congnoissance que ma triste prison vous soit trop prochaine; et que l’ennuy qu’en prenez double son infortime, luy semble se pouvoir, par raison, plaindre à tous ceuJx qui peuvent estimer la captivité de la pensée plus que celle de la personne. Car justement peult dire :

RONDEAU

En ma prison m’est nyé le povoir’*;

Le penser prompt travaille mon voulloir,

Qui me faict dire en mon adversité :

‘ Ton. Mi. de Cangé. — * M’est tnye le pouvoir. Mi. de Baluze.

SECTIO^ II.— CAPTIVITF' EN ITALIE.

0 fort désir ! o infelicité !

Tu rend/, mes yeulx fontaine pour tout veoir,

0 ! seul' pillier pour à tous mauix pourveoir !

Vie en toumient, doulce erreur à sçavoir.

Bride et esperon de ma félicité En ma prison !

Et vous, espritz qu’Ajnour veull recevoir, timbres .vives après mort pour devoir,

Veu le bon fruict de vostre fermeté.

Avec voz os (jui ont tant mérité,

Faictes silence, et mon mal venez veoir En ma prison !

Laquelle ne sera jamais si estrange, que l'heureuse mémoire pour le passé et l’alfectionnée amour pour présent ne vivent en moy prisonnier, en la liberté de leur puissance : car sans ceste vie ne pourroit vivre celluy qui vous supplie que si voulez que la sienne dure, faictcs contente la vostre, affin que longuement ne soit disant :

RONDEAU

J'ay la mort joincte avecques ma naissance.

Ferme vouloir en a faict l’accointance.

J’ay le travail plaisant, pour le vouloir.

J’ay le penser, quant le bien n’ay d’avoir Celle qui a causé ma pacience.

J’ay seureté loingtain, comme en presence;

Le recorder me sert en triste absence.

J’ay tourment prompt, quant ne te puis reveoir,

J’ay la mort joincte 1

J’ay trop d’amour pour me garder d’offence En ma prison, qui ne fut sans deflence.

J’aymay l’honneur, chascun le peult bien veoir ;

Tauray assez, si tu le peulx sçavoir :

Car tien je suis par grande obéissance.

Immortelle à toute la puissance du temps, vivant entre la mort et dueil, et de la parolle conservée par affectionné voulloir entre toutes les iegieretez de pensée, par l’obligation de vostre bonne grâce et de mon résolu service, qui sera etemel en la propre fin de vostre tant et tout et trop amy.

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