Captivité du roi François Ier
L'époque de nos annales qui est le sujet de cet ouvrage a été considérée par nos historiens comme l’une des plus déplorables pour la France : le Koi, vaincu en bataille rangée, était prisonnier de l’ennemi. Des jugements contradictoires et passionnés ont été portés sur les graves événements de cette époque et sur les personnages qui y prirent la principale part. Dans cette variété de sentiments, a-t-on assez ^tenu compte de l’esprit général du temps, de l’état du gouvernement; et toutes les circonstances de ce grand malheur ont-elles été sulTisamment connues et étudiées? Il est permis d’en douter en rapprochant, des opinions publiquement exprimées jusqu’à nos jours, les documents inédits, épars dans diverses bibliothèques ou collections particulières, et qui sont réunis ici pour la première fois.
L’auteur de ce volume se propose donc, avec quelque espoir d'être utile, d’examiner ces opinions, et d’en apprécier la justesse ou l'inexactitude en les comparant avec ces nouveaux documents : résultat de quelque Importance, ce nous semble, et à l’usage des écrivains à venir qui se feront un devoir d’étudier les faits de l’histoire avant de les juger, et qui ne s’en remettront pas, avec trop de confiance, aux études incomplètes de leurs prédécesseurs.
Les pièces qui composent ce volume ont été choisies dans un bien plus grand nombre d’autres. Nous nous sommes
UII INTRODUCTION.
attaché à celles qui réunissent à un intérêt véritablement historique les caractères de l’authenticité, négligeant tous les documents dépourvus de ce mérite, bornant notre ambition au rôle de rapporteur, notre devoir à l’éclaircissement des relations douteuses, à l’accroissement du nombre des faits vraiment dignes de l’histoire, et laissant à d’autres le soin et la charge des jugements. Nous nous sommes donc efforcé de mettre dans un ordre convenable, sous les yeux du public, toutes les circonstances de la campagne de François I" en Italie, de la bataille de Pavie, de la captivité du Roi en Italie et en Espagne, et de sa délivrance après le traité de Madrid, en i5a6.
Au mois de février de l’année i5a5 (n. s.), la France luttait seule, et sans avoir des alliés sur lesquels elle pût compter, contre f Allemagne, l’Espagne et l’Angleterre, désireuses de s’agrandir en la dépouillant. En ce même temps, un désastre inouï la frappa au cœur : le Roi de France fut battu à Pavie, et fait prisonnier de guerre par les généraux de l’empereur Charles-Quint ; ce fut le jour de saint Mathias, le 24 février' i5a5.
C’est François I", disent les historiens, qui avait lui-même préparé son infortune en entreprenant, contre les sages avis de la régente sa mère, la campagne d’Italie'*, et en livrant la bataille de Pavie malgré l’opinion contraire de ses généraux les plus expérimentés.
Les documents contredisent ces deux assertions ; la régente n’ignorait pas les projets du Roi, et ses inquiétudes du moment
' Anquetil,dam »on HialoiredeFrance, ëdilion Fayot, t. III, p. i64l 1 AC (rompe en donnant pour date à cet évcncmcnl le aG février, et aussi i’édilcur des Lettres de Marpnentc d'Angouléme, en indiquant le î5 du même mois ( i* recueil . p. 1 76).
• Gaillard, Histoire de François t. Il . p. 34a ; — le père Daniel, Histoire de France, U IX, p. — Si^mondi, Histoire des Français, t. XVI; — Anquetil, Hisfoirt de France, l. III, p. i6a.
INTRODUCTION, ix
sont exprimées dans une lettre au maréchal de Montmorency; elle redoute, dit-elle, que le Roi ne se hâte par trop d’entrer en campagne, avant d’avoir des troupes assemblées en assez grand nombre pour y recevoir sa personne, et surtout sa gendarmerie, qui était le corps où il devait avoir le plus de sûreté Mais nous n’avons trouvé nulle part les prétendues supplications de la duchesse d’Angoulème à son fils pour lui faire ahandoniier ce projet, ni l’indication îles moyens détournés quelle employa dans cette circonstance pour amener le Roi à son sentiment’.
Dans le récit en vers que François I" nous a laissé de sa campagne d’Italie il dit :
Quant J'entemlitz que la nécessité Que je marchasse estoit pour vérité ,
Je m’advançaj , delTendant mon pays Des ennemis à bon droit trop hays’.
La présence du connétable de Bourbon à l'armée impériale lut, il est vrai, l’un des motifs qui portèrent le Roi à entreprendre cette campagne*; mais il y fut encore plus vivement poussé par la crainte de voir le Milanais lui échapper, et, quand l’ennemi en serait le maître, d’avoir à redouter une nouvelle invasion de la France. Il résolut donc de poursuivre les impériaux , et il réunit tous ses efl'orts pour les détruire pendant leur retraite. Enfin, il espérait aussi qu’un bon traité de paix
' Lettre de Louise de Savoie, duchesse d'Angoulême. k Montmorency, dans ce volume, p. Il, i la note. — ' (En l'ab* seoce de toute indication d*un auteur ou d’un ourrage , c’est le présent yoliime que nous désignons.)
' Henri Martin , Histoire do France, t. X, p. a8; Muratori , Annali (tltalia.
t. X.p. 180; -^Garnier, Hittoiro de France, t. XXIV, p. 106.
• Epistre du Roy traictant do ioa pariement de France en Italie et de ta prise devant Pacte , p. 1 i5>i 16.
* Lettres patentes du Roi, qui renouvellent les pouvoirs de régente a sa mère . p. 3o.
X INTRODUCTION
serait plus lacUcment obtenu lorsque son armée occuperait Milan De tels motifs nous semblent plus dignes de la confiance de l’histoire que d'oiseuses traditions qui attribuent à d’illustres personnages des vues insensées ou des passions plus que vulgaires. Un publiciste moderne * n’a-t-il pas cru que François I" courut en Italie avec l’armée et la fortune de la France, pour y voir une signora Clarice, que l’amiral Bonnivet lui avait dépeinte comme la plus belle femme du monde.
Si l’on étudie dans les dépêches du Roi ses actions et l’esprit qui le dirigea jusqu’aux premiers jours du siège de Pavie, on voit qu’il s’éclaire constamment de l’avis de ses généraux*. Les agents dévoués que la régente avait placés auprès de son fils, pour lui rendre un compte exact de ce qui se passait dans les camps, ne cessaient de lui écrire que les affaires du Roi n’étaient point au hasard*. De ces personnages, l’un était Brion, qui fut plus tard l'amiral Chabot, et l’autre le trésorier Babou*. Lautrec, il est vrai, dans une dépêche des plus curieuses à lire , fil entendre au Roi des remontrances sérieuses au sujet du retard de l'expédition de Naples, qui pouvait faire perdre l’alliance du pape et celle des Florentins*, et ce retard a été reproché au Roi comme une grande négligence. Cependant, si on lit attentivement les documents qui suivent cette dépêche, on voit tout d’abord que le pape, qui demandait
' Toutes ces circoosUnces soot rapportées par la régente dans l’exposé des molifs des lettres patentes pour lever un impôt . p. 3ia de ce volume.
* M. Roderer, Loais XIJ et François l*', I. U, p. 78. U répète ici Topinion de Brantôme.
’ Lettre du Roi à ramir^ Bonnivet, p. ad. — Garnier, Hietoire de France, t. XXIV, p. io4. convient cependant que
le Roi tint un conseil de guerre à Briançon au .sujet de la campagne d’Italie.
* Lettre de Brion à oiadame la régente,
* M. Rcederer a adopté dans son ouvrage sur Louis XII et François I" les propos de Brantôme, qui prétend que Babou avait des relations intimes avec la régente.
* Lettre du maréchal de Lautrec au Roi , p. a3.
INTRODUCTION. si
avec tant d'instance cette expédition de Naples, la craignait beaucoup ’ ; qu'il ne seconda point le duc d'Albani, qui en était le commandant en chef; enün, au dire même des agents anglais, • c’était une menée de trahison que le pape et les Italiens avaient faite >
L'armée de mer, comme une partie des troupes de terre , se composait alors de gens de tous pays et de mercenaires’ h la solde du plus offrant. Ils passaient facilement d'un camp dans un autre p>endant la même campagne*. Les privilèges des généraux étaient souvent dilficiles à concilier avec le hien du service; leur bravoure créait même parfois des embarras. Le comte de Saint-Pol, le maréchal de Foix, la Trémoille en donnèrent de fâcheux exemples pendant cette campagne : sur la nouvelle qu'une action devait avoir lieu, les deux premiers de ces seigneurs abandonnèrent leur poste près de Milan, pour avoir le plaisir de courir au milieu de la mêlée. La Trémoille en eût fait autant sans la défense expresse et réitérée de François I". Fort mécontent de son inaction, laTrémoille, dès le lendemain, adressa au Roi des plaintes très-vives, alléguant les droits et privilèges de son office*. L’action du chef suprême de l’armée, fût- il le roi en personne, était donc toujours incertaine®: à f armée, comme dans fintérieur du royaume, les privilèges in-
' Le père Barre. Histoin ttAllemagaêt I. VUI, p. 1
’ Lettre au cardinal d’York »ur lea affaires de France , p. 49 : Muralori , Art'
lutli d'Italia, L X, p. iB3.
' Lettre du maréchal de Cbabanoea, p. 4i.
* Aris donné en Anÿeterre de ce qui se patMÎt en France, p. 37 t. • Lea troupes meoacenl de passer à l'enoemi. • On vit plus tard Doria. dégoûté du service de
la France , passer à celui de l’empereur.
* Lettre de Babou è madame d’Angoulème, p. 5 1 .—Que devicntalors T assertion d’Anquelü [Ilist. de France. 1 111, p. i63] qui prétend que la Trémoille et autres généraux, même le pape, conjuraient le Roi de ne point confier au hasard d’une bataille une victoire qu'il tenait en ses mains.
* A l’occasion du peo d'obéissance des cbe£i, le Roi dit dans ses poésies (p. 119):
XII INTRODUCTION
(Hvifiuels étaient parfois plus puissants que les ordres de la couronne et les conseils du salut commun : il s’en vit plus d’un exemple pendant cette campagne d'Italie.
Malgré le découragement qui s’empara des soldats du Roi à la vue des montagnes couvertes de neige, où ils devaient se frayer une route, François 1" n’employa que onze jours pour arriver dans la Lombardie*, et ce fut, pour ce leinps-Ià, une marche merveilleuse. « Il n’est eu la puissance de raison de pouvoir entendre telle armée et artillerie en si peu de temps passer tel chemin,» écrivait la duchesse d'.\lençon’. La ville de Milan fut prise bientôt après, et le Roi la sauva du pillage*-
Ce premier succès fut traversé par les ell'ets de la peste et des maladies de tout genre qui décimèrent l’armée française pendant l’hiver de l’année 1 5a5'‘. A cette calamité, il s’enjoignit une seconde plus grave encore : les Suisses et les Grisons, travaillés par les émissaires du connétable de Bourbon, abandonnèrent tout à coup l’armée française, après avoir reçu leur solde entière, et au mépris de leurs engagements écrits, des larges promesses et des instances les plus vives de la part du Roi *. Ceci arrivait quelques jours avant la bataille de Pavie.
Fn mentionnant ce fait, si grave en un pareil moment, l’un des historiens modernes les plus accrédités, M. de Sismondi®, qui trouve taut à blâmer dans les actions de François I", ne
O t MBKa linr««li m |te«U dir* l«
^ futrr* «lUat, faa<«maiit pr»ti»<«,
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' ÉpUrc du Boi sur la campagne d'ita lie, p. 1 18 :
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L*« <kaap« ImbWixÜ pr«««t «|»p«rc«T«ir.
* Léffres Je Maryaente J’An^oaféme , p. 174. et dans ce tolumc, p. 3i, noie a.
* Jouma/ du règne de François p. 33.
* Voir l'exposé des motifs des loUres patentes de la régente, p. 3ia. et Mura* ton, Annali d'Jlaha, t. X, p. 180.
^ Lettre du maréchal de Chabaones au Boi, p. 6t» (Voir aussi la relation de Sébastien Moreau, posnm 4 et THisloire d'Allaroagno du père Barre, I. VIH, p. 1 15.)
* Uistoiredes Français, t. XVi.
INTUODÜCTION. xim
parait pas s’être aperçu de cette Iraliison des Suisses et des Grisons; toutefois, il n’est pas certain <|u’il réussisse à les excuser en aiTirniant qu’ils étaient allés protéger leur pays agité par des querelles religieuses.
Oserons-nous ajouter que ce célèbre et sévère écrivain a peut-être cédé, dans ses jugements sur François I'-% à des préventions irréllécliies? M. de Sismondi a adopté et amplifié toutes les traditions défavorables à la mémoire de ce prince. Il ne trouve pas d’expressions assez fortes pour caractériser ce qu’il appelle le manque de foi de François I"; mais il pas.se fort légèrement sur les tivmperies du pape Léon X à l’égaixl de ce même roi, lorsqu’il traitait avec lui‘. Si, dans certaines circonstances, François 1" doit tirer quelque avantage d’une alliance politique avec le saint-père, M. de Sismondi n’y voit qu’un marché scandaleux au profit de la France et au préjudice de l’Eglise*; mais si le pape signe en même temps deux traités en sens contraire, avec François I"ct avecCbarles-Ouint, l’bistorien trouve à peine que ce soit une petite légèreté de la part du chef de l’Église catholique*. Enfin, le connétable de Bourbon, dont la trahison et les malheurs quelle occasionna ne peuvent être assez déplorés, le connétable, qui écrivait au roi d’Angleterre pour l’exciter à faire une descente en France, parce que, tous les généraux français étant morts ou prisonniers, le moment était très-favorable le connétable, disonsnous, obtient dans cette Histoire des Français une place plus honorable que le Roi lui-même! Un historien aussi distingué et aussi savant a-t-il pu se laisser entraîner jusque-là par l’esprit de système? Ou bien faut-il voir, dans l’acrimonie parfois
' ^smoodif Hist. de$ Frayais, {.XW, ’ Stsinondi, /*V. I. XVI . p. i aO.
p. 39. * Lellrc du connélabic de Bourbon au
’ Ihtd. p. 43. cardinal d'York, p. 44.
XIV INTRODUCTION
trop peu déguisée de ses jugements, l'influence d’idées religieuses auxquelles François I" s’était montré si contraire? C’est ce que l’on est tenté de croire en confrontant les opinions émises par M. de Sismondi avec les faits réels, tels qu’ils résultent des documents authentiques.
Si l’on étudie, en effet, la conduite du Iloi pendant la guerre d’Italie, soit dans les ordres écrits qu’il donnait à ses généraux et dans les avis qu’il exprimait en assistant à tous les conseils de guerre *, soit aussi d’après la curieuse lettre écrite par Babou sous la dictée de ce prince*, et les relations des personnages qui l’entourèrent pendant cette campagne , on sera inévitablement porté à penser que M. de Sismondi s’est exposé au reproche d’accréditer, de toute l’autorité de son nom , les critiques injustes débitées contre le Roi. On est allé jusqu’à dire que François I" ne s’occupait jamais de son armée, n’assistait point aux conseils de guerre, remettait les avis à Bonnivet, qui décidait de tout, parce que Montmorency n’entendait rien à la guerre, Brion pas davantage, et que le Roi ne tenait aucun compte de l’avis des vieux généraux*.
Quant à la bataille de Pavic, ce ne fut pas le Roi qui décida de la livrer'"; il attendit les attaques des impériaux*. Faut-il donc accuser François 1" d’avoir remis au hasard d’un combat une victoire qui était assurée par quelques jours de prolongation du siège de la ville? Les impériaux, à bout de toutes leurs ressources, engagèrent eux-mêmes une afl'aire générale.
' Mémoirtt de Séb<utien Moreau » p. 75 et 76.
’ Lettre dictée par le Roi et écrite par Babou k U régente, p. 58.
* Sismondi , Histoire des Françau , t.XVI.p.aSo.
* Il en fut de mémo du siège de cette
ville; il avait été décidé par délibération des cliefs de guerre. ( I.«ettrcs patentes de la régente, p. 5i3.)
* I Les ennemis donnèrent la bataille; » p. 3 1 a. — Lettre de Ch. de Lanoy , p. 4" On ne doit pas dire que le Roi attaqua les ennemis contre l'avis de ses géné*
INTRODliCTlON. xv
el c’était leur dernier espoir. Pendant la bataille, des fautes furent commises, cela n’est pas douteux; mais doivent-elles toutes peser sur la mémoire du Roi? Et furent-elles le résultat d'une erreur de ce prince, ou bien, comme le prétendent certains historiens, l’effet d’un calcul de sa vanité et de son désir de briller, qui le portèrent à ne pas laisser au canon du grand maître de l’artillerie l’honneur de la victoire*? Enfin, les généraux du Roi n’y contribuèrent - ils pas aussi? Les documents réunis dans ce volume ne manquent point d’utiles renseignements servant de réponse à ces diverses questions.
Le Roi et l^rmée étaient « logés depuis longtemps à l’ostellerie de l’Estoille’. » Cependant, les soldats, découragés après avoir, pendant deux ou trois mois, séjourné dans les camps\ occupaient une position facile à défendre :
Troys sepmaines nous fusmes si prés mys,
Que plus voisins estions que bons amys.
Lors je marebay avecques esperance De gain certain, sans nulle dcUyance*.
La victoire, en efl’et, parut d’abord se déflterer pour le Roi; mais il se laissa entraîner à poursuivre les ennemis, pendant que, d’un autre côté, ses troupes l’abandonnaient sans combattre :
Si feismes tant que tous furent remys,
Fuyans rompuz les nostres ennerays.
Dont de chasser tout joyeulx s’advanroil
raux, ni qu'il provoqua les ennemis à engager une affaire générale : cette erreur M trouve dans Garnier, t XXIV, p. iix.
* Rœdepcr, Louit XII et Fronçait F', I. II, p. 8o.
’ Sébastien Moreau, bataille dePavic, p. 70.
’ Ibid. p. 74-
' Kpitre du Roi sur la rampagne d'Italie, p. 170-171.
vv. INTRODl'CTION.
Nostrc gont seure, qui victoire pensoit.
Ainsi chassant, une trouppe trouvasmes De lansqucncU, qu'alors aussi chargeasmes;
Mais pour certain bien peu ilz conibatirent,
Et le cbemyn des fuyans droit ilz tirent
Tant que je peuz leur peur alors convoyé.. .
Mais
Trop tost je veii ceux-là qu’avoys laissez De tout honneur et vertu délaissez ;
Les trop meschans s'enfuyaient sans combat !
C’est en ceci que le Roi a pu se plaindre hautement de se.s généraux, et dire avec toute raison;
Par le vouloir de mes chefs, en elTect,
Fut cmpcschc le fruict de tout mon faict.
Un seul d'entr'euLr, conduict par passion,
Faire au rebours de nostre opinion t
Par quoy je puis à bon droit me douloir De ceulx de qui j’ay congneu le vouloir.
Une circonstance de cette mémorable bataille n’est mise en doute par aucun chroniqueur contemporain, c’est la bravoure j>ersonnclle que déploya F rançois I" pendant l’action générale’. Le Roi nous raconte ce fait d’armes, et la prise de sa personne, en termes que l’on ne peut suspecter d’exagération :
Autour de moy en regardant ne veys Que peu de gens des miens
Et là je fuz longuement combatu ,
Et mon cheval mort soubz moy abatu. . . .
' Epilrc du Roi sur la campagne d'Ila- Mémoires de Sébastien Moreau, p. 7g et lie. p. 131-133. 80 de ce volume.
’ Voyei i ce sujet les fragments des
INTRODUCTION. xvn
Axsez souvent si me fut demandée La myenne foy , qu'à toy seulle ay donnée ' ;
Mais nul ne peult se vanter de l'avoir.
En te gardant d'amytié le debvoir,
F.ncores que nul salut esperasse ,
Et de ma vie en tout désespérasse!
Je te promccti que j’euz bien la puissance D’esvertucr ma débile delTense .
Mais quoy ! j'estois soubz mon cheval en terre Entre ennemys alors porté par terre.
Dont ma deflensc à l'heure ne vallut.
Contre mon gré aussi Dieu le voulut !
Bien me trouva en ce piteux arroy Exerutant, leur chef le vice-roy *,
Que, quant me veit, il descendit sans faille,
Aflin qu'ayde à ce besoing ne faille.
Las I que diray? cela ne veulx nier.
Vaincu je fiu et rendu prisonnier ^
Le héraut d'armes de Charles-Quint , Nicaise Ladam, ajoute son témoignage, qui ne peut être taxé de complaisance, à celui des historiens qui ont relevé la vaillance du monarque français. Dans sa Chronique rimée*, Ladam représente ce prince combattant, seul et abandonné des siens, contre des soldats impériaux qui , voyant, à la richesse de son armure, une capture importante à faire, s’acharnèrent sur lui.
Ce ne sera donc pas sans un pénible sentiment qu’on lira aus.si, dans l’Hisloirc des Français, que le Roi fuyait du côté du
' \ sa maîtresse mademois^le de Pis* seieti. Voyes la note de la page ia5 de ce volume.
* Épitre du Roi sur 1a campagne d’Italie, p. ia5.
On pourrait croire, par ce passage et le précédent, que le Roi eut deux chevaux
tués sous lui, et qu'il se trouva engagé sous le second.
* D’après le récit du Roi, ce fut donc Lanoj, et non Pompeyrant , qui se présenta le premier et le fit prisonnier de guerre.
* Même épitre, p. ii4.
* Bataille de Pavic, p. 67.
\vm INTRODUCTION.
Tessin', mais que, embarrassé parles fuyards, il fut rencontré par quatre fusiliers espagnols, qui l’arrêtèrent en abattant son cbeval; que le Roi tomba dans un fossé sous sa monture, ayant deux petites blessures au visage et à la main.
Croira-t-on davantage aux paroles que d’autres écrivains prêtent au Roi lorsqu’il rendit son gantelet à Charles de Lanoy, vice-roi de Naples, et aux réponses de ce dernier personnage'’? Ces conseils de la raison nous portent à nous défier de l’exaclitude de telles narrations; il semble même que ce défaut de véracité fût comme passé insensiblement dans les habitudes des écrivains des derniers siècles. La lettre où François I" annonce sa captivité à la duchesse d’Angoulcme, sa mère’, a été résumée dans cette phrase fameuse :• Tout est perdu, fors l’honneur, « phrase traditionnelle seulement, toutefois analogue au texte même de la lettre originale.
' Sisniomlt , Histoire des Français ,