‹ Captivité du roi François IerChapitre 137 sur 241 · DE PAR LE ROY · texte numérisé non relu

DE PAR LE ROY

Noz amez et féaux, nous envoyons présentement par delà nostre aillé et féal conseiller et trésorier de France M' Philibert Babou, porteur de cestes, pour faire entendre, tant à notre très-chere et trèsaniéc dame et mere, regente en France, que à vous, comme à nos principatdx subjects et meilleurs serviteurs, le discours des choses qui ont esté par deçà menées, tant par notre très-chere et très-amée sipur la duchesse d’Allençon, que par les ambassadeurs ordonnés avec elle pour le fait de nostre délivrance , avec ceux qui ont esté pour ce députés de la part de l’empereur. Et pour ce que ledict Babou, qui a tousjours esté a.ssisté et esté présent à ce qui s’y est jusqu'icy fait, vous en pourra bien au long et à la vérité vous en advertir ; à ceste cause, nous vous prions l’cn vouloir croire, et, au deniourant, ajouter foy aux choses que nous lui avons donné charge vous dire, comme vous fériés à notre propre personne.

Donné à Madrid, le xxviii' jour de novembre.

FRANÇOYS

Et plus bas : Rodzrtet.

N* CCXI. — RAPPORT FAIT Aü PARLE.MENT DE PARIS PAR PH. BADOU Sl'R iJt SANTÉ DU ROI PRISONNIER ET SUR TOUTES LES NÉGOCIATIONS SUIVIES POUR SA DÉLIVRANCE.

|Fim, ISiU>~b. IS».)

Le trésorier Babou, envoyé par Madame en la cour, dict, pour sa creance, que le Boy, detenu prisonnier à Madril, l’a depesché pour venir par deçà pour asseurer madicte dameetaussy la cour de céans, comme ceulx que ledict scigneiu" estime ses principaulx et loyaux subjeetz et serviteurs, de sa santé et bonne convalescence. Pour ce que, apres une si grande maladye que celle qu’il a eu, on doubte qu’il en ayt quelque relicqua, que lui, qui parle, ose asseurer la-

SECTION III —CAPTIVITÉ EN ESPAGNE. 433 dicte cour, sur sa vie, qu’il a laissé ledict seigneur aussy sain, aussy gaillard, aussy entier, allègre, Iveau, fort, et aussy bien disposé de sa personne en touctes choses, qu’il le veist oneques; aussy luy a ledict seigneur donné charge de dire A la cour le grand gré, aysc et contentement qu'il a de l'amour, subjelion et obéissance que la cour a porté et porte à Madame, et dont il les remereye et les prie continuer; que, en ce faisant, ils ne luy sçauroient faire plus grand service et plaisir. Luy a aussy ledict seigneur donné charge dire A la cour le discours des cho.ses qui ont esté mues par dclA pour sa délivrance , parce qu’il a toujours esté ez menées qui ont esté faictes en la compagnie de farcheves<[ne d'Anibmn. de l’evesque de Terbes et de M** Jean de Selve , premier president en ladicte cour.

Sont les cho.scs telles que, après la perte de Pavie, le Koy se voyant prisonnier de l'empei-eur, espérant que l’empereur luy feroit quelque grâce et useroit d’humanité envers luy, procura envers le vis-rov de Naples (festre mené en Espagne, et ju.s(pies A bailler .ses propres gallercs pour l’y conduire : et, quand il y a esté, le conseil de l'empereur, par moyens, a cherché de faire aller la duchesse d’Alençon, .sceur du Rov, par delA, pour faire et dre.sser la paix universelle et la délivrance dudit seigneur, non pas que expressément l’ayent demandée, mais par moyens approchans; et le faisoient pour lucetre en doubtc le pape , les Vénitiens et autres potentatz et communaidtez d’Italyc, pen.sant que aisément on romproit ce qui ,se traictoit avec les dessusdictes de la part dudict seigneur. Que les négociations qui ont esté faictes on Espagne ont esté diverses, tellement que luy qui |>arle a faict dix-huict fois le chemin de Madril A Tollede, où est l’empereur, et que, par la derniere négociation, ont trouvé ledict empereur résolu de ne délivrer le Roy. et furent envoyés ledict Rabou et ledict archevesque d’.Ambnin par devers le Roy audict lieu de Madrid. Mais, pour ce que les matières estoient un petit d’importance grosse, ledict premier president et ledict evesque de Terbes furent devers le Roy et lai comptèrent ta grande rigueur que ledit empereur Iuy portait; et, sur cela, le Hoy se résolut

de porter la prison plustosi que faire chose qui vint à dommage à son royaume, ne à son peuple. Et incontinant envoya le premier president et ledit archevesqnc d’Ambrun par devers l’empereur, et luy escripvit de sa main qu’il voyoit bien que l’on l’avoit amusé de paroUes, et que l’empereur ne voulloit venir à bonneste composition; et que de luy il avoil mieux aimé eslire prison que d’accorder ce que l’empereur luy demandoil ; et qu’il voudroit bien sçavoir la resolution du tout, afin qu’on ne l’abusat. Puis ledict seigneiu- manda ledict Babou et le depescba pour venir par dcç.4 ; aussi le depescba ladicte duchesse sa sœur et tous les personnages qui estoient en Espaignc, qu’il pense que pourront faire service en ce royaume pour le faict de la gueiTe, et les fit partir premier que luy. Et jiar le deniier coiurier qui advint, ladicte duchesse esloità Galatas (Igualada), en Arragon, et pense qu’elle soit depuis arrivée en Narbonne. Et l’a le Roy envoyé pour dire sa santé et bonne convalescence, l’aise et contentement qu’il a de l’honneur et obéissance qu’on porte h madicte dame sa mere, et qu’il a esleu la prison pour la conservation de son royaume et de ses subjccU ; pour prier la cour que tout ainsy que ledict seigneur faict et qui est contant de demeurer toute sa vie captif pouila conservation de son peuple, que ladicte cour garde de sa part et face garder funion en ce royaume, et chascun prenne paync à la delTense d’icelluy; car l’eniiemy est de tous costex pour chercher partout où il pourra entrer pour invader le royaume; et se fault tenir sur ses gardes. Et ce qui a meu le conseil de l’empereur de ne voulloir accorder le traicté de paix et délivrance oudict seigneur, a esté qu’ils ont pensé qu’il y eust aucune division en ce royaume , et le luy a dict Lalemant, secrétaire de l’empereur, et répété par plusieurs fois, disant qu'ils sçavoient la division qui estoit entre les princes , et que la cour souveraine de la justice dudict royaume ne se accordoit avec l’auctorité de Madame. A quoy ledict Babou luy a respondu qu’on avoit veu la calamité adveneue en la prise du Roy, qu’il n’y avoit aucun prince estrangier qui fust amy et allié du Roy, qui ne vouliist porter la defl'ense du royaume; et neanl-

SECTION III.— CAPTIVITÉ EN ESPACNE. 435 inoiiu que la conjonction et amitié estoit telle au rovauliiie, qu'il n'y avoit aucune mutation, ne aucun prince, communauté ou ville (|ui se fussent eslevez , ains tous les subjectz sont demeurez en l'aniouj' et l’obeissance du Roy et de Madame. Toutesfoys, le conseil de rempereur est demeuré en ceste fantaisie, et ne la luy sçauroit-on oster.

Quant à madicte dame, quelle lui a commandé dire à ladicte cour le contentement qu'elle a de ladicte cour, de l'honneur, amour et obéissance qu'elle luy porte , et de ce que ilz se sont monslrez bons, vrays, loyaidx subjectz et serviteurs du Roy, et employez pour la conservation du royaume et le bien de la chose publique ; et aussv la deliberation qu'elle a de s'en venir en ceste ville et amener M. le dauphin et M. le duc d'Orléans pour les consoler, et aussy le peuple de ladicte ville, délibérée d'entretenir la cour en son ancienne in.stitution et aucturité, en tant que touche le faict de la justice, et de se conduyre es affaire de ce royaume parle conseil et advis de ladicte cour; et la prie, s'd y a quelque chose à faire que l'on sursoyez jiisques & sa venue, qui sera de brief, car elle n'attend que la venue de la duchesse d'Alençon, qui doibt estre à Montpellier, trois ou quatre jours après Noël, pour s'en venir par deçà. Et elle venue, elle espere avec l'ayde de Dieu et le bon conseil de ladicte cour, conduire les affaires du royaume sy bien, que les ennemys n'y feront aucun dommages, et que bientost ledict seigneur .sera mis hors de captivité. Que le Roy luv dict qu'il avoit esté averti des difficultez <|ue ceux de ceste ville faisoient à la ratiffication des traictez de paix faict avec le i-oy d’Angleterre, et luy a commandé dire à la cour qu’on voye l’occasion pour laquelle Icsdicts traictez ont esté faietz , qui n’est que pour niectre division entre les princes ; et que le traicté d' .Arras qui fut faict entre le roy Louis .XI et le duc Charles de Bourgongne , ne fut fait que pour rompre l'alliance d'entre ledict duc de Bourgongne et les Anglois. Et maintenant il est question mcctre division entre le roy d’Angleterre et l'empereur. Que ceulx de ladicte ville allèguent quelque inconvénient qui en peult venir, qui n’est pas grand; et y a 3a ou 33 ans qui a commencé à payer la pension d'Angleterre, de

/i3f» CAPTIVITK ni! ROI FRANÇOIS I".

laquelle^ les payements ont esté quelque temps continuez, et autres fois divertis et enipeschez, selon les occasions et occurrences; et neantinoins , les Anglois n’en ont jamais fait ([uerelle : car les princes ne se prennent particulièrement aux subjeetz, et ne demandent que l’obligation particulière, en general, pour s'adresser aux princes. Que les princes de ce royaume n’ont faict aucunes dilGcultcz d’eulx obliger et leurs biens, cl monsieur le duc de Vandosmois, qui a (piasi toutes ses terres prochaines aux Anglois, et ceux de la ville d’Amiens, qui sont aussy prochains, n’en ont faict dilTtcullé. Et prient le Roy et Madame, ladite cour, qu’ilz prennent peyne de faire passer et accorder la ratilTicalion desdietz traictez et obligation desdictes villes, car d’iceulx despent entièrement la conservation et delTense du royaume : et est tout ce que ledict seigneur et Madame luy ont donné charge dire en ladicle cour.

A quoy le president Guillard luy a dict : que la cour a tousjours eu telle révérence au Roy, et porté tel honneur, subjection et obéissance à Madame, en son absence, qu’elle estoit tenue faire audict .seigneur. El veu le cas de sa malladye, lacom- n’a eu chose si agréable ne qu’elle ayt tant désiré, que les nouvelles qu’il a apportées de la santé diidict seigneur, dont ladicte cour loue et remereye le Dieu créateur. Que la cour a longuement espéré que ladicte duchesse d'Alençon cl les andiassadeurs qui ont esté envoyez en Gspaigne deussent amener avec eiilx ledict seigneur, qui eust esté la consommation de la félicité du royaume, et mesmement de cesle compaignie. Toutesfois, l’empereur a tenu merveilleusement grand rigueur audict seigneur, veu les propoz premiers <ju’il luy avoil faict |>orter en Italye. El quand l’empereur cusl délivré le Roy par douceur, il eust faict un acte qui lui eust jxirté plus d’honneur, de gloire et de louange que le gain de la bataille qu’il a eue, et tel que oneques, puis Alcxandrele-Grand, prince n’eust usé de si grande magnanimité; et quand les cho.ses ne se feront par clemence et douceur, elles se feront de plaine main par la bonne, grand et estreme dilligence, cure et solicitude de ladicte dame, opéra el fidelilale Giillorum , qui ont este les plus

Si:CTI()N Ml — CAPTIVITÉ EN ESPAGNE.

obéissants siibjectz à leurs princes, et qui les ont le mieux aime de tous ceux du pays d’Europe.

Que la cour reinercye le Roy et madictc dame, trés-lmmblemenl , du contenteincnl «pi'ilz ont de la cour, et de ce qu’ils la veullcnt garder et observer en son auctorité, liberté, preeniinence ; et de ce (ju’ilz luy font communiquer de Icm's particulières affaires et de <juoy ils veuillent sur ce l’advis de ladicte cour, et venir en ceste ville et amener messieurs les enfants dudict seigneur; et que la cour, après la fortune arrivée, a mis toutte la dilligence qui fut possible d’entretenir les subjeetz en l’obeissance de madicle dame , et tellement qu’il a esté faict tout ainsy que sy le Roy eust esté en personne icy en ce royaume , et peuvent ledict seigneur et madicte dame e.stre asseurés que plustost faiddroit la lumière au soleil que la cour faillit à l’amour, subjcction, service et obéissance dudict seigneur et de madictc dame; et est délibérée, pour luy obéir et faire service, endurer toute extrémité.

Et (juaiit au traictc d’Angleten-e, la cour a bien cogneu le bien, proffict et utilité que venoit desdietz traictez, par quoy elle n’a faict difficulté de les passer et faire publier ; et sy a faict envers ceux de la ville toute la dilligence à eux possible pour leur faire passer, et fera encore tout ce que possible sera jiour les induire à ce faire ; et qu’il soit le très-bien venu, et voudruit la cour que madicte dame fust de retour icy, pour luy porter honneur et reverence, subjection et obéissance que la cour doibt au Roy.

Et sur ce a dict ledict Rabou, qu’il a dict ce qu’il fit par delà lorsqu’il y estoil, et dira ce qui s’est faict depuis son partement : qui est que l’empereur, pour se cuyder mectre en son debvoir, et donner à cogiioistrc au Roy et à un chascun qu’il ne tient à luy que la paix n’ayt esté faicte pour le bien de runiversclle chrestienté, depescha un homme pour aller devers ledict seigneur, afin qu’il contremandast la duchesse d’Alençon, sa sœur; qu’il envoyroit des gens de son conseil deveis leRoy pourdelibererdu faict de la paix et de sa délivrance audict lieu de Madril ; mais qu’il voulloit que la conclusion s'en fist à Tollede.

A quoy le Roy feisl réponse : que de luy il ne contremandcroit point ladicte duchesse , laquelle s'en vient tousjours ; mais que trèsvolontiers il oyroit les ambassadeurs de l’empereur, et qu’il estoit délibéré et résolu de ne faire rien au préjudice de son royaume , car touttes les disputations avoient esté faictes, et ne restoit plus que la conclusion ; et que ce qu’en faisoit lcdict empereur n’est sinon pour donner à cognoistre au pape et aux Vénitiens, potentatz et communautés d’italye , que traictera avec le Roy quand il luy plaira; et depuis lcdict empereur a envoyé vers ledict seigneur le vis-roy de Naples, domp Hugues de Moncade, et le secrétaire Lalieinant, qui n’estoient cncores arrivei Jeudy. Ne sçayt ce qu’ils auront faict; mais le Roy est assez adverty, et ne croira plus en leurs parollcs. Et a dict qtie, s’ils ne viennent à la conclusion de la paix et de sa dellivrance, il ne retiendra plus ses ambassadeurs par delà et les renvoyera ; et croit luy qiic par là ledict seigneui' sortira plustost de prison par la force qu’il ne fera par leur clemencc ; et l’erreur qui a esté faicte pour mesurer le cueur de l’empereur, lequel ledict seigneur pensoit estre plain de bonté, de bénignité et de clemcnce, et qu’il deust faire comme ledict seigneur eust faict en cas semblable; et a trouvé, luy qui parle, le conseil de l’empereur plus empcsché de leur gain et victoire , que nous ne sommes de nostre perte. Car la victoire qu’ils ont eue ne leur est advenue sans autre peyne que de la grâce de Dieu, et se sont trouvez estonnez de avenir une telle victoire en leurs mains, et ne sçavent bonnement comme ils .s’en doibvent desmesfer ; mesmement ledict empereur, qui est un jeune prince qui ne souffrit jamais riens, et ne sçayt que c’est que des armes : et a laissé le Roy en aussy bon vouloir pour le bien du royaume et de ses subjeetz que prince sçauroit estre; et que, dès lors que les partyes d’ilalye et les ligues d'Allemagne sçauront et entendront le traicté de paix estre rompu avec le Roy et l'empereur, ils se déclareront, ce qu’ils n’ont encores voulu faire; et a mandé à madicte dame qu’elle envoyé par devers eulx, ce qu’elle a faict.

Et quant à l’italye, madicte dame leur remonstre que le Roy ne

SECTION III — CAPTIVITÉ EN ESPAGNE. 'i39 viendra jamais à tenir terre en Italye, et qu'il ne se délibérera à faire aucun Iraicté sans ses alliez, et espere, par le moyen des menées qui se conduiront, que bientost la délivrance dudict seigneur se fera , lequel il a laisse en merveilleusement bon estât et volonté. Et a cogneu depuis qu’il est là des choses qu’il n’a jamais entendues , joinct la inaJIadye qu’il a eue qui luy a faict rccongnoistre ; et combien qu’il n’y ait celuy en ceste compagnye qui ne sache que ledict seigneiu" a faict aiissy grandes jeunesses que prince feist oneques, et qu’il est certain qu'il fault estre jeune, neantmoings, il est à ceste heure tout résolu de faire toutes choses bonnes, grandes, honnestes et magnifiques pour la conservation de son Estât, pays, terres et seigneuries, et des sujeetz d’icelles.

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