S' XXXIX, — BAT.MLT.E PF. PAME (RELATION FRANÇAISE
LA PflINSE DU BOY À PAVYE.
Kxtr»it <ie^ rt« Morvâu (de Viiicfnuiiciie] , r<^ftVend«ir« générât du duebé de
Milan *.
... Le Roy estoit en l'abbaye, et -son camp et année, belle et grande ol de gros nombre de gens, voire jusques à cent mil bouebes, faisoit laire le semblable au camp dudit Bourbon et n'estoit jour qu'il ne se fci.st e.scarmoucbe. Voyant le laps du tenqjs et la grand fascherie et pouvreté où estoient les soudars, tant de gens «le pié coinine de cliRval, lesquels avoient déjà demeuré à tenir la campagne par l'espace de troys ou quatre moys au cueur d’yver et estre lougiés à l’ostelleric de l’esloillc, leurs clievaulx attachez à la baye, quelques fois manger des oublies, et lesdits souldars quant ils n’avoient point de
On trouve , à la suite de ce fragment OM ver», la « coppici des IcUres du roy estant |iii«(mnier envoyées à sa mere, • fol. 45 « la derlaration des mors en la journée,* fol 45 V*; — * les prisonniers quy furent prms à la joumee.i foL 46.
* Les registres de la chambre des rtàinptes du Dauphiné nous ont conservé une bonne relation latine de la bataille de P.ivie. sous ce titre: CladeigaUicm, et regis npud Paptam capttvttas. (Hog. 5.)
' La [>art que Sébastien Moreau a prise
aux événements qu'il raconte, et la dédi' câce faite de ses mémoires au maréchal de Montmorency, donnent une grande authenticité au récit des événements qu'il nous retrace. Ces mémoires ont déjà été publiés dans la collection Cimber (t. U). Mais le fragment que nous réimprimons a été soigneusement collationné par nous sur le manuscrit original de 1a Bibliothèque royale, n* 9901, et le texte rétabli, en quelques endroits , dans son vériiablc sens.
pin à la bouche encliorcs moins d'argent, ne qu'un en avait, se fasclioient beaucoup. A dire le vray, il y avoil quelque raison.
Milan, y avoit certain nombre de gens de guen-e, gens de cheval et de pyé, mesraement six cens Grisons desquelz csloit chef et cappitaine general un nomme Tlje.sgnes, et condjien qu’ils fussent bien pyez de leur souldes et gaiges, à raison de 7 livres 10 solz des prenans simple paye, et des prenans double paye i5 livres, de la grant aise qu'ilz avaient ès-bons traicteraens d'estre lougcz à la soulle , bien chauRez et bien traictez en ladicte ville de Milan , se commencèrent à mutiner; et de fait des mutins d'icellc bande, bons impérialistes, qu’ils auroient esté gaignez par force d'argent de la part dudit Bourbon , secrètement prindrent les ensaignes après avoir eu la soulde du Roy pendant l’espace de cinq moys, se misrent aux champs et s’en retirèrent en leur pays, au très grand préjudice et dommage du Roy, et à son très grand besoin et all’aire, ainsy que sera dit cyaprez. Aprez lesquels le Roy envoya plusieurs des siens et principaulx, mesmement monseigneur de la Trimoille, qui estoit son lieutenani general audit Milan, pour leiu- prier de la part dudit seigneur qu'ils voidsissent demourer enebores ung moys, dedans lequel la guerre seroit finie. Reçues par le des.susdit seigneur de la Trimoille les lectres du Roy, qui avoit esté adverty de [wr luy comme lesdits Gri sons s’en vouloient aller nonobstant plusieurs prières qui leur avoieni esté faictes et promesses de présent aux priiicipaidx cappitaines, ce neanmoins il ne les sceut garder, comme dit est, qu’ils ne s’en allassent à belle enseigne desployée. Veu les lectres par lesquelles ledit de la Trimoille, il luy prioit affectueusement d’aller en toucte dilligence et mesmes des cappitaines principaulx audit Milan avec luy , pour prier le cappitaine general et paiticuliers de faire tourner leurs dits gens et enseignes en leur faisant j)romcsscs sécrétés de quelques sommes de deniers. A quoy faire ledit de la Trimoille ne fut pare.ssant, mays incontinent monté à cheval , et les principaulx cappitaines là estans, presque en posta allèrent trouver sur le cbeniyn de Galleras Sitost qu'ils furent arrivez au beu où ib estoienl, mandèrent querii
secrètement ledit cappitaine general qu'il vint incontinent à son mandement, auquel il declaira et dist pourquoy il estoit là venu ; et apres plusieurs belles promesses à luy faiz, conclud qu’il assembleroit ses cappitaincs particuliers, et qu’il leiu" feroit entendre le vouloir du Roy. Lequel incontinent estre arrivé, alla à la troppe de ses gens, manda quérir deux ou troys principaulx de ses cappitaines pour les gaigner, s’il lui estoit possible, alTm de gaigner les autres, ausquels il leur dist secrètement que ledit scignciu' de la Trimoille estoit là venu pour les faire retourner à Milan, de là où ils estoient venuz, et servir le Roy comme ilz avoient fait, lesquelz il avoit bien traictez et jwyez, en sorte qu’il ne leur devoit rien de leiu- soulde, et davantage que le Roy avoit plus affaire pour lors d'eulx que durant le temps qu’ils avoient demouré en son service et qu'ilz ne le dévoient laisser, veu que c’ estoit le principal de son affaire.
Ledit cappitaine general, aprtes avoir bien entendu le narré cydessus, voyant la promesse que on luy faisoit, se obtem[>era de tout son pouvoir à faire condescendre lesdits cappitaincs et soiüdars à retourner audit Milan au service dudit seigneur, en luy faisant les remontrances cy-dessus et plusieurs autres : après en avoir gaigné d'aulcuns particulièrement qui tenoient .son parti, et de fait, vouloient retourner, mais il y en avoit d’autres, et la plus grant part, qui estoient d’oppinion contraire, parce que leurs bourses estoient bien gamys des deniers de France, davantaige qu’ils estoient gaignez et suscitez de la part dudit Bourbon, par force d'argent, de s’en aller et ne retoiu-ner point. Ce voyant par ledit cappitaine general , qui ne voyoit point de ordre de faire retourner sesdits gens, alla faire responce audit seigneur de la Trimoille, auquel il rapporta et deist ce qu’il avoit fait, ce qu’il n’estoit selon le vouloir de luy et dont il estoit bien marry cl qu’il n’y auroit ordre de faire retourner sesdites gens. A tant s’en retourna ledit cappitaine aprez avoir prins congié des dessusdits et luy dire qu’il lui voulsist pardonner s’il n’avoit peu obtempérer au vouloir du Roy et de luy, et qu’il luy pardonnas!, le priant le vouloir mectre en la bonne grâce du Roy, et estoit son très
ubcissant serviteur. Ledit seigneur de la Trimoille, après avoir fait ledit voiaige sur le chemin de Galleras, avoir presché ledit cappitaine general et avoir fait plusieiu-s belles promesses, selon et ensuyvant le voidoir du Roy cpii luy escripvoit par .ses lectres; voyant tpi’il avoit fait ce qui estoit en luy, actendu que lesdils Grisons mectoient leur enseigne aux champs pour leur en retoiuner en leur pays et faire grand chère, avec leurs femmes et enfans, des escuz au soleil de France, desquelz ils avoient hien gamy leurs hourscs, comme dit est, et aussy d’aucuns des ducatz de l’Empereur, qu’ils prenoient des deux coustez, et à ceste cause n’avoient cnvye de retourner audit Milan. Lequel dit seigneur de la Trimoille, incontinent estre de retour audit Milan, despescha la poste au Roy, luy faisant entendre cominant il avoit esté aprez Icsdits Grisons, suyvant son commandement, et des principaulx cappitaines estans audit Milan avec luy, qu’il avoit fait ce qu’il estoit possible de faire [pour faire] retoiu’ner lesdits Grisons, et que pour ce faire il avoit fait de belles et grosses promesses au cappitaine general, comme dessus est dit, lesquelles neantmoins ne sceurent faire retourner; et luy déclara les choses plus amplement, ainsy comme il les avoit faictes. Le Roy ayant receu les lectres dudit seigneur de la Trimoille, entendu tout ce qu’il avoit faict, ne fut gueres joyeidx, mais bien marry; et à dire le vray, il avoit bien raison de l’estre, actendu mesmement qu’il avoit bien souldoyc et entretenu lesdits Grisons, et que sur son principal affaire le laissoient; aussy qu'ils avoient désemparé ladite ville de Millon de forteresse, parce qu’il n’y estoit plus demouré que des souldars ytaliens, auxquels ne gisoit trop grand fiance; pour ce que, si par advanturc venoit quelque révolté, seroient cu.x-mcsmcs qui demeureroient à dos, et plusicius autres raisons bonnes et légitimés, qui n’est jà besoing reciter; et commanda, ledit .seigneur, d’escripro audit seigneur de la Trimoille, audit Millan, qu’il feist faire tousjours bon guet et garde aux portes et tenir le peuple le plus amyablement qu’il pourroit; ce qu’il fist, en sorte qu’il estoit bien aimé audit Milan. Ledit Bourbon, après estre adverty au vray du partement desdits Grisons, qui estoient presque déjà en leur pays, fust bien joyeulx
Vi CAPTIVITÉ DU ROI FRANÇOIS I".
et n^'oiiy. Davanlaige, considérant en soy mesme que le Roy estoit fort aflTovldi en son armée d’avoir envoyé le dessus dit duc d’jAlbanve avec l'exercite cy-«lessus au royaume de Naples, aussy desdits Grisons, laquelle armée estoit déjà au delà de Florence, tenant le chemyn le long de la marine pour aller audit Naples exécuter le vouloir du Roy, selon son povoir; davantaige, qu’il estoit bien adverty et le sçavoit bien que, quant les François ont demeuré deux ou troys moys à camper ils se tannent fort et onl quasi perdu la moitié de leur force et couraige; aussy que les municions de l’artillerye estoient bien petites, parce q\i’il avoit sceii de vray que le duc de Ferrare en avoit secouru le Roy, et fait mener bonnes quantité, tant de pouldres, boulecis que autres eboses, desquels pensoit n’y en avoir plus gueres, estant bien equippc des lansquenetz, Napolitains, Espaignols, Flamens, Bourguignons, Italiens et quelques Françoys, qui estoient re- |)ousés et tout fraiz pour batailler et chocquer quant le temps adviendroit, commença à mander tous les cappitaines de son ost, auxquelz il leur feist entendre le parlement du duc d’Albanye de son camp et armée , aussy l’allée des Grisons; et comme il avoit esté adverty par les es])ies que le camp du Roy commençoit fort à se fascher, et que il seroit temps d’adviser qu’il seroit de faire , ou de donner la bataille ou d’aller assiéger Milan, veu qu’il n’y avoit pas grant peuple dedans de gens de guerre, et pour ce faire tindrent conseil.
Sur ce conseil, furent beaucoup débattus par ledit Charles de Bourbon et cappitaines qu’ils dévoient faire. Toutes foys ne fut point donné de conclusion, parce qti’il fut donné une alarme bien cbauldo à leur camp par les .soiddars du Roy, qui furent contraincts de se mectre tous en armes, qui ne se retirèrent et desannerent qui ne fusl environ la myniiyct, dont, à cause de ce, lesdits cappitaines et .souldars, tant cappitaines que gens de guerre de pyé et cheval, furent bien lassez et ennuyez; et à ceste cause furent quelques jours de séjour pour se reagaillardir, sinon les escarmoucheurs, qui donnèrent toujours quelque coup de lance les ungs contre les autres , dont aucuns d’iceulx demoroit à l’autre et faisoient comme guen'e gueiroiable , c’est-à-dire.
SECTION I. — GUERRE DU MILANAIS, quant ung homme d'armes cstoit prisonnier, en payant rançon d’ung (partier de sa souldc, il estoit quicte et s'en retoumoil bagues sauJves quant est de la personne, et semblablement d’arcbier et d'bomme de pyé.
Le conseil tenu par ledit Bourbon de sçavoir qu’il devoit faire , actendu que ses gens estoient de repos, -qui ne demandoicnt sinon à frapper et combattre, s’ils dévoient assiéger Milan ou bailler la bataille au Roy, auquel conseil, comme cy-dessus est dist, ne fut point donné de resolntion , obstant l’alarme dessus escripte. Le Roy estoit adverty dudit conseil, par ses bonnes et vrayes espyes, du nan-é dudit conseil , qui luy feirent entendre le tout ainsi qu’il avoit esté demené audit conseil, et comme il est cy-dessus escript, feist mander les princes de son sang et cappitaines pour seur ce advyser qu’il estoit besoin de faire; et tindrent un conseil sur le contenu cy-de.ssus, qui estoit de grande importance, aucpiel fut donne plusieurs oppinions contraires l’une à l’autre. Di.soit l’un qu’il seroit bon que le Roy se delogeast par une nuyet devant lcdict Pavye et sondit camp et armée , pour aller gaigner Milan , pour illec tenir fort, en aclendant que icelluy seigneur eust rafreisebi son camp et armée de quelques nombres de Suysses, lansquenetz ou Françoys et de municions d’artillerye, et que , pour ce faire , y devoit donner ordre en toucte diligence ; et quant est devivTes, qu’ib ne luy pouvoient faillir dedans ladite ville de Milan, qui en estoit founiie en habondancc, et les environs, lieux et pays ; davantaige, que la première vert estoit venue et que les soiildars se rafresebiroient ung petit là dedans , et que le camp et aimée dudit Bourbon ne sçaui-oit garder qu’ils ne eussent des vivres pour le moins de troys parts , c’est assavoir de l’Astesanne , du cousté de Verseil et des montaignes du mont de Briancé, par le chemYn de Cosme , et enebores du cousté des Venissiens, p.tr le chemyn de Cassan.
L’autre disoit que le Roy se mectroit en grant deshonneur d’avoir tant demouré devant ladicte ville de Pavye, y ayant si gros nombre de gens de guerre , tant de gens de pié que de cheval en troys belles
Rendes d’ariillerye, munye d'or, d’ai-gent à plante, ses souldars bien payer, vivres à foison, qu’il n’y failloit rien, qui devoil aclendre q\i’ii eusf prins ladicte ville ou plustost ne bouger.
Toutes choses alléguées d’un cousté et d’autre, qui estoienl de grande importance, les plus grandes et saines oppinions furent d’avis que le Roy ne devoil bouger de devant Pavye, parce que quiconque estoit niaistre de la campaigne , il estoit seigneur des villes , mays bien qu’il devoil mander venir ledit seigneur de la TrimoUle, monsieur le comte de Saincl-Pol et mareschal de Foiiei , qui estoienl audict Milan, pour liiy donner faveur et ayde, et les gens d’armes qui esloicnt avec eux pour venir audit Pavye, et eslre en la bataille, si d’adventure ledit Bourbon la luy vouloit donner, à quoy tout le conseil fui résolu. Et alors le Roy ordonna escripre au dessusdit s’en venir audit Pavie, après avoir donné ordre à la garde d’icelle ville de Milan, en laquelle estoit demouré le seigneur Théodore de Trivulcc , le cappitaine de la justice de ladite ville , Chandyon et plusieurs autres cappitaines tant Françoys que lansquenets. Et après que ledit seigneur de la Trimoille eusl recommandé par ledit seigneur tout le gouvernement audit seigneur Théodore de Trividcc, il et lesdicls seigneurs de Saincl-Pol et mareschal de Fouei, bien accompaignez, et ain.sy après avoir donné ordre en touctes choses, montèrent à cheval et s’en allèrent audit Pavye , où ils furent les bien venuz et receuz du Roy.
Pendant que ces choses se faisoient , ledit Bourbon feisl tenir ung antre grand conseil pour résoudre et avoir oppinion de tous ses cappilaines du narré et contenu en dernier conseil par luy tenu, auquel ne fut donné aucune conclusion , comme cy-dessus est dit. Ledit seigneur Bourbon et .sesdils cappitaines, estant enfermer en ime salle pour tenir ledit conseil, commencèrent à deviser bien amplement du divis fait et propos tenus par ledit Bourbon , et le tout bien debatu , fut conclud qu’ils devroient bailler la bataille au Roy, ce qu’ils feirent, comme sera dit cy-après.
I.c Roy, incontinent adverty de ladite conclusion, manda tous les
gens d'armes qui estoient lougés ioing de luy, et faire savoir à tous les cappitaines qu’ils et leurs gens se tinsent presLs, pour (jiiant les trompectes et taboiuins sonneroient, de se rendre incontinent à leurs enseignes. Avoir le tout adverty, le Roy donna ordre aux lieux où les gens de pyé dévoient se mectre de touctes nations, Suysses, lansquenetz , Napolitains, Italiens, Françoys, qui estoient ordonnez siu* les venuz par où pouvoit venir passer ledit Bourbon et non ailleiu^; les gens d’armes où ils se dévoient mectre de troppe en troppe , les embusches ordonnées des enfans perdus qui feroient la première poincte, establit le lieu de l’artillerye en plusieurs endroits, mandant venir monsieur le grand maistre.cpii estoitdelàl’eaiieau boui^ Sainct-Anthoyne, avec certain nombre de gens de pyé et de cheval, se retirer lesdits gens de pyé et de cheval au camp du Roy, et après rompre le pont de bois, ce qu’il feist. Les deux parties advertyes l’une de l’autre, c’est assavoir ledit Boiu-bon vouloir donner la bataille, et le Roy, comment cy-dessus est dict, s’estoit mis et préparé pour icelle recejjvoir et se deffendre comme magnanime et très-puissant roy chrestien. Ledit Bourbon, ung vendredy a4'jourdo février 1 5a4. joiu’ de Sainct- Mathias, auquel jour le soleil se leva de bon matin , beau ù merveiles, qui donna réverbération au matutinal clerc et plus sain , les gens dudit Bourbon commencèrent à donner l’alarme au camp du Roy ; trompectes, clerons, tabourins commencèrent à sonner que chascun se rendist à son enseigne. Cappitaines des guasladeurs ou pyonniers menèrent certain nombre desdits guastadeurs ou pyonniers auprès de la muraille dudit Pavye , pour illec grater de leiu picz , pelles et autres instrumens à eux necessaires. Lesquels feirent si bien leur devoir que, à peu de pièce, ils en firent tomber un grand pant de ladicte muraille , par où passèrent partie de l’armée dudit Bourbon pour chocquer et combattre celle du Roy. Ainsy alarme estre venue au camp du Roy, lequel, voyant qu’il falloit combattre, pareillement incontinent feist sonner trompectes, tabourins de se rendre chascun i son enseigne et aux limites à eulx ordonnez sur les venues dudit Bourbon , ainsi que dessus est dit. Après que chascun fut en son en-
<lroit et place où ils dévoient estre , les trotnpcctes commencèrent à sonner d'un cousté et d’autre dedans. Lors eussiez-vous vu faire de main à main; mais avant de chocquer, l'artillcrjo du Roy feist si très grant abondance de couplz quelle ruoit et tiroit, que l’on veoit voler en l’air les liamoys des cnnemys, testes et bras des gens de cheval et de pyé, que on eust dist que c’esloil la foudre qui eust passé. .Après y on avoit une bende d’ung austre cousté , qui regardoit sur la venue des gens de pyé, laquelle exploita |>areillement, de sorte qu’elle faisoil des ruées parmy les gens de pyé, les faire roulant en l’air par testes, liras, gembes et corps, qui e.stoit bien merveilleuse chose et pitié à veoir. 11 ne fault pas oubUcr de dire que l’artilleryc dudit liourbon ne feist son devoir de tirer contre l’armée du Roy, si lit, mais par la grâce divine , parce qu’elle estoit en ung plus bault lieu assise que le camp du Roy, à ceste cause passeront les boullelz par dessus ledit camp, sans faire mal, bien peu.
Ladite artilletye cessée d’im cousté et d’autre , commencèrent à joindre les gens de pyé espaignols, qui faisoient la première poincte du camp dudit Bourbon, contre les gens de pyé du Roy; lesquels EspaignoU ne durèrent gucres contre culx , ains furent quasi tous occis et navrés. Après ceste dcsconlite, vindrent les lansquenetz dudit Bourbon contre iceulx Françoys jè las et travaillez de coinbatre , où ils eurent beaucoup d’affaires. Toutesfois, à leur secours vindrent monsieur le duc de Sidfort et ses six mille lansquenetz, qui combatirent l’un contre l’autre si très-vaillamment et asprement , que d’un cousté et d’autre ne fussent presque tous morts ou blessés : en laquelle bataille démolira et fust tué le duc de Suffort, quasi tous ses cappitaines et plusieurs gentilshommes françoys, qui s’estoient mis en avant avec luy à pyé.
Cependant que ce combat se faisoyt, le Roy, estant à cheval, armé, en triomphant ordre, l’enseigne de ses gentilzhommes de sa maison auprès de luy, armez et accoustrez qu’il n’y failloit rien, avoit grant Joie de veoir ainsy combatre lesdits lansquenetz à reprises d’alaines. Sur ce point vindrent les gens de cbeval dudit Bourbon, d’un austre
SECTION 1. — GUERRE DU MILANAIS. 7g
cou-sté, pour assaillir certains escadrons de gens de pyé, qui leur lit grand mai, et passèrent outre, après lesquels trouvèrent luie bonne bende de gens d'armes, qui se mcslercnt ensemble, où il en eust beaucoup de tuez et navrez. De l’autre cousté esloil ledit Bourbon, bien accompaigné de gens d'armes qui allèrent cbocquer la coinpaignic du Roy, et la chocqua si asprcment , qu’il y eut beaucoup de couptz donnez. Le Roy, dès qu’il vit venir le premier qui le vouloir venir cbocquer, qui estoit le marquis de Civita-Sancto-.Angelo , ineist sa lance en arrest, et chocqua si bien ledit marquis qu'il le perça d’outre en outre et tomba mort. Après ce fait, print son espéc d'armes et combattit main à main, non contre ung seuUeinent, mais contre trois ou quatre qui le chocquerent à beaux coups de masse, sans avoir secours que bien peu. Ce faysant, fut cryé de main en main à monsieur d’Alençon, qui estoit chef ou lieutenant general de ung cens bommcs d’armes ordonnez à l’avant-garde , fut cryé au secours du Roy, lesquclz incontinent la bride abattue vindrent; maya le bagaige qui estoit sur le chemyn pour aller secourir ledit seigneur les en garderont : toutefois, il y en alla beaucoup qui feirent leur devoir, mais desji avoient saisy le Roy, au moins ainsy qu’il combatoit, qui fcist acte de vi-ay Rollant, à pyé et à cheval, qu'il n’est mémoire de plus grand vaillance de prince , ne plus grant résistance. Les Espaignolz et tout le camp de Bourbon commencèrent à faire ung cry; Victoria! Victoria ! Espaigne! Espaigne! Le roy est print. Cryant : c’est le Roy. Et espouventement prins par les gens du Roy, retournèrent bride les gens de cheval et de pyé pour se saulver, les ungs vers le Thesin pour le passer à gué, dont beaucoup se y noyèrent , les autres prindrent le chemin de Milan, et les autres devers Galleras, laissant leur bon prince. Mays les gens de bien qui en voulurent manger, et leur montrer tels qu’ils estoient, ils firent un si grant exploict que les ungs y demourerent mors et les autres blessés, dont la Guiebe eu porte bien les enseignes, gentil et vaillant cappitaine.
Ledit seigneur, regardant derrière luy après avoir receu beaucoup de coupz et s’estant deffendu jusques à l’extremité, et qu’il ne voyoit
après luy gueres de gens pour le secourir, ne peut faire moins que ,se rendre prisonnier, et Dieu luy feist telle grâce, veu les grandes fortunes qu’il avoit passées. Lors siurint le vice-roy de Naples, Minguebal, natif de Valenciennes en llaynaut, l'un des plus apparens de l’armée de l’empereur, et quelques Françoys qui y estoient avec luy, qui dirent au Roy en ceste maniéré :
■ Sire, nous vous congnoissons bien; rcndes-vous, aflin de ne vous faire tuer: vous voyez bien que vous n’avez poinct de suicte et que vos gens s’enfuyent et vostre armée delfaicte. »
Alors le bon prince et vaillant, apres s’estre deffendu et avoir fait tant d'armes dessusdit, leva la bande de son heaulme, quasi n’ayant plus de souffle ny d’haleine du fourcement où il s’estoit mis à combatte, tira son gantellet et le bailla audit vice-roy. Lors luy fut osté son armct et baillé un bonnet de vcloux, af&n qu’il se rccommcnsast à reprendre son allaine. Trompectes, clerons, tabourins, phiffres au camp dudit Bourbon feyrent devoir de cryer et faire sçavoir la victoire, et fut mené audit Pavye. Cependant que cela se passoit, les gens d'armes dudit Bourbon ne dormirent pas à chasser les Françoys de tous coustez et d’en prendre prisonniers en grand nombre et des gros seigneurs, cappitaines, marchans, souldars qui se mectoient à rançon telle quasi qu’ils voulurent, piller le bagaige, où il y avoit grans trésors, tant en vesselle d’or, d’argent, or monnoyé que monnoye : en .sorte qvi'ils firent le plus grand butin que oncques jamais .sera fait. Aussy il fut prins prisonnier le roy de Navarre et conte de Sainct- Pol, par aucuns Espaignobt qui les traictoient assez mauvaisemeiit; mais, par la grâce de Dieu et de leurs amys et par moyens, échappèrent de leurs mains, sans avoir cioyx ne pille, dont ils furent merveilleusement marrys, parce que pour le moins le roy de Navarre e.stimoiont à 100,000 escus, et monsieur de Sainct-Pol à ôo,0OO. 11 fault entendre que pour se saulver il y en eut beaucoup passant le Thesin à naige qui se nayerent, les autres furent tuez par les vilains et les autres quasi mors de fain, mesmement ceulx qui n'avoient argent pour vivre : car en tel desarroy n’y a point d'amitié; aussi la de-
solation lut grande audit camp et armée du Roy, et premier de sa personne. Mayz viendrons à parler de Milan poiu- dechilTrer la contenance des Millanoys et du traictement qu’ils feirent aux l'rançov.s y estans, après la nouvelle avoir entendue que le Roy estoit prisonnier et perdu la bataille, qui fut ledit vendredy vingt-quatriesme de février, jour de sainct Mathias, environ midy, et le Roy avoir esté prins entre neuf et dix heures du matin, par ainsi ne demeurer le poste que deux heiues ou deux heures et demye.
Ledit Chandion, cappitaine de la justice de Milan, cy-dessus nommé, le general et trésorier de Milan, aussi cappitaines, gens de guerre et autres, aussy le seigneur Theod. de Trevolce, furent advertis incontinent de la de.solation nouvelle et prinsc du Rby. Lesquels, sans sonner trompectes et tahourins, se amassèrent eux et leurs bagues, chevaulx et hamoys, le mieulx qu’ils purent, à une porte nommée la Porte-Romaine, en laquelle porte ils s’a.ssemblerent Irestous, et là chascun monta à cheval, et suyvirent ledit seigneur Theod. de Trevolce. qui print le chemin de Galleras, .sans avoir mal ny desplaisir desdit.s Milannoys , et allèrent coucher audit Galleras, auquel lieu ils arrivèrent environ minuyet; aussi feist monseigneur d’.Mençon, qui ce jour là avoit faict bien près de cinquante milles, qui estoit bien las et travaillé
Lors estoit madame la regente à Lyon avec MM. le duc de Vendosme. chancelier de France, le grand conseil dudit seigneur et plusieurs et grand nombre d’autres.
Il ne faiilt pas demander en quelle pitié, pleurs et lamentacions fust ladite bonne dame mère du Roy, après qu’elle .sceust la piteuse nouvelle que son très-cher, .seul et unique fdz, roy François, trèschrestien, premier de nom, estoit mis et subjugué en l’obeissance de son va.ssal et grand ennemy. O quantes regrets! ô qiiantes piteoyables lamontacions ! ô quantes grandes exclamations faictes par la dame ! Après parla rovne de Navarre, .sa fille unique, pareillement les dames, demoyselles, princes, ducs, barons et généralement de toucte la court, et semblablement du bon peuple Lyonnois. bon Françoys jusques au
bout! Les lanientacions estoient si grandes que à grant peine la pouvoil-on appaiscr, ne sa belle et noble compagnie. Touterois, voyant qu'il n’y avoit reinede pour l’heure, ledit seigneur de Vendosine, accompaigné des chancelier et conseil de ladite dame, vindrent vers icelle pour luy remonstrer que sesdits pleurs et lamentacions ne luy servoient de rien, et que pour cela le Roy ne seroit pas mys hors des mains de ses ennemys, mays qu'il falloit regarder à ce qu’il seroit besoing de Faire, et y ordonner et donner prompte provision; laquelle leur respondit :
• Monsieur de Vendosme, et vous, monsieur le chancelier, en qui le Roy a parfaite fiencc, comme ceux qui ont tousjours maintenu en toute raison et soustenu la couronne de France, maintenant il vous fault délibérer et regarder à voslre dire que me remonstrez, et que vous mesme meclez provision telle que vous sera necessaire, car de moy, je suys tant espardue de ces malheureuses nouvelles, que .t peine sçay-je qui je suys. Bien suys assurée qu’ilz viendront beaucoup de pouvres gentilshommes et gens de guerre à la fUe du camp, en gi-ande pouvrecté et misere, qui auront perdu harnois et chcvaiilx et seront sans denier ni maille. U me semble qu’il seroit bon, quant aux gens d’annes, de leur faire donner chascun uug quartier, aux gens de pyé quelque escu, et aux cappitaines et gens d’apparence quelque somme de denier poiu les ayder à remonter et aller en leurs maisons et payer leur hoste en y allant, alTin qu’ils • n’ayent occasion de piller le pouvre peuple. •
La bonne dame, les grosses larmes luy tomboient des yculx à grant habondancc, disoil ces pnroUes au dessusdit, comme dame de vertu tré.s-exceilcnte et pytoyable des pouvres souldars, les pryans bien alfectueusement que sans plus luy en dire une parolle, ils feissent si bien qu’elle n’eust point la voue des pouvres souldars ny requestes, et que en ce monde ne luy sçauroient faire plus gros plaisir. Lors monsieur de Vendosme , prince et chef poiu- l’heure en France, après avoir bien entendu le bon zele de iadicte dame, la pitié qu’elle avoit des bons serviteurs et souldars de son ILlz. qui semblablement ne se
peut tenir de pleurer, en gectant larmes des yeulx, commença à proférer et dire à ladite dame ces paroles :
» Madame , j'ay bien entendu la bonté qu’avez en vostre cueur de faire remonter lesdits pouvres gens. Monsieur le cliancellier qui sera vostre conseil , et cehiy du Roy , enscmblement ils v inectront si bon ordre, que à l’ayde de Dieu vous tiendrez contente. Il n’est possible en si grand dessarroy contenter ung tel peuple, par ce que il y fauldroit presque partir toucte.s les finances du royaume; mays ainsi que vous avez dit et ordonné cy -dessus, sera faict et davantaige: par quoy tenez-vous-en bien assurée. <
Après ce dit, monsieur le cliancellier se prosterna devant ladicte dame, à laquelle il changea de pro|^s, disant ainsi :
• Madame, vous savez que je suis et ay esté et seray, tant que je vivxay, bon et loyal serviteur du Roy vo.stre lilz, et de vous et de la couronne de France, et en mon office de chancellier n’ay jamai.s souffert qu’il a e.sté faict chose que de raison. Je vous diz que je suys tout prest et appareillé de accomplir tout ce que vous plaira me commander; par quoy je vous supplie de vous o.ster de ceste mellaiicollye, et regarder et faire tenir conseil de ce que il conviendra de faire pour mander à Paris et partout le royatime de faire assembler les Troys Estats, do faire faire bon guet aux frontières, donner ordre aux finances , envoyer devers le Roy quelque gentilhomme pour le reconforter, et faire touctes autres choses requises et necessaires. • Ladicte dame, ainsi bien escoutaiit ledit chancellier qui ne se poïoit tenir de pleurer et gémir, à peu de parollcs deist au chancellier qu’elle s’en rapportoit du tout à monsieur de Vendosme et luy, comme les deux principaulx chefs de France, et qu’ils y meissent ordre, et ce qu’ils feioient elle tenoit desji pour fait, les prians bien affectueusement en tout et partout faire faire extresme diligence. Le.sdits sieurs de Vendosme et chancellier, après avoir conseillé ladite dame au moins mal qu’ilz peurent, et avoir sceu d’elle sa volonté, prendrent congié et s’en allèrent de fheure tenir le conseil pour donner ordre et provision à ce qu’il estoit necessaire, mesmement
8i CAPTIVITÉ DU ROI FRANÇOIS I”.
d'escripre aiix gouverneurs des provinces qu'ils donnassent ordre à faire bon guet par touctcs les frontières, et s’il leur venoit quelque chose de nouveau , de en avertir incontinent ladite dame en extresme diligence; après, d’escripre è tous les arcevesques et evesques, ou leurs vicaires, que incontinent ils feissent faire processions generalles pendant troys jours , en la plus grande cerymonie et dévotion qu’il seroit j>ossil)le, et après les messes dictes et oraisons faictes, ordonner (|uclquc docteur en théologie pour faire un sermon, atfin de mectre en dévotion le peuple de prier Dieu et sa benoiste Dame , aussy tous les saincts et sainctes de paradis, qu’il luy pleust mectre bientost dehors de prison le Roy, et le ramener à jouir de santé, bonne et longue vie en son royaume; l’autre de donner ordre et prompte provision aux pouvTcs gens de guerre, tant de pyé que de cheval, qui venoient du camp presque tous en chemise, et leur faire donner chascun ce que dessus est dist, et commander aux trésoriers des guerres et extraordinaires commissaires et conterouleux et autres depputex, à ce que incontinent ils feissent bailler aident à qui estoit requis et necessaire, aflin qu’ils ne demourassent en ladite ville de Lyon aux hostcllcrycs à manger leur argent, et d’après culx, en retournant en leui's maisons, de ne fouUer le pouvxe peuple ; à toutes lesquelles choses le conseil pourvut incontinent et depeseba postes où estoit besoing, en sorte que, la Dieu grâce, tout ala bien. Aussi envoya ung gentilhomme et deux, l’im après l’autre, devers le Roy, au chasteau de Pisqueton, où le vice-roy de Naples l’avoit fait mener de Pavye. pour plus grande seurccté, lesquelz gentilshommes parlèrent à Sa Majesté, qui luy dirent la creance qu’ils avoient de Madame. Bientost après, le Roy les despcscha l’ung après l’autre, qui apjvorterent certaines nouvelles dudit seigneiu", et response de tout. Nous changerons ce propos, et irons chercher monsieur d’Albanye en .son armée.
Le bruict fut incontinent publyé par toucte l’Ylalie , et mesmement à nostre sainct père le pape, que le Roy estoit prins prisonnier, et qu'il avoit perdu la bataille.
S* XL. — LISTE DES FRANÇAIS MORTS OU FAITS PRISONNIERS A LA BATAILLE DE PAN'IE