POURQUOI JE N^AIME PAS LES CHIENS
A l'époque où j^étak encor petite fille,
Au temps où nous dansions en rond sous la charmille.
Notre grand chansonnier, Béranger, bien souvçnt
M'apportait des bonbons au parloir du couvent.
Moi, turbulente enfant, remuante et joueuse,
Dès que je le voyais, devenant sérieuse.
J'allais timidement m^asseoir sur ses genoux;
J'aimais sa douce voix et son regard si doux.
Que j^ai vu maintes fois humide, quand la cloche
M'appelait à la classe... Or, un jour, dans sa poche
J'aperçus, en entrant, quoiqu'il le cachât bien.
Le museau rose et frais d'un joli petit chien.
Je tendis les deux mains vers la charmante bête.
Qui d'un air amical vers moi tournait la tête.
(( C'est pour moi, n'est-ce pas ? » dis-je en poussant un cri
Sans me répondre rien, le poëte sourit
Et mit entre mes bras une boule de soie.
Je ne vous peindrai pas mon bonheur et ma joie ;
J embrassai Béranger vingt fois bien tendrement.
Puis avec son cadeau je partis fièrement.
C'était un petit chien, de race merveilleuse,
A l'œil intelligent, à la robe soyeuse.
Un vrai king-charles blanc, tout tacheté de feu.
Aussi que je Taimai! que je l'aimai, mon Dieu!
De ce cher animal je devins si jalouse
Qu'il ne me quitta plus : sur la verte pelouse.
POURQUOI JE N AIME PAS LES eHïE^fS, 249
Lorsque l'heure arrivait des récréations,
Seuls, tous deux, à Técârt, ensemble nous jouions ;
Puis, quand il me fallait retourner à la classe.
Il avait sur le banc, auprès de moi, sa place,
Et je le recouvrais avec mon tablier.
La maîtresse sévère avait beau m'épier.
Je l'emportais le soir, et sous ma couverture
Il se pelotonnait chaudement... Je vous jure
Que je n'aurais pas pu fermer les yeux sans lui. ^
Il aurait eu si froid, dans sa niche, la nuit !
Que de punitions et que de pénitences
Me valurent alors mes désobéissances !
Eh bien ! ce compagnon fidèle et caressant
Un jour (le croirez- vous ?) me mordit jusqu'au sang!
C'est ainsi qu'il paya mes soins et ma tendresse.
Ah ! je fus indignée, — et, sans plus de faiblesse,
Je le fis remporter sur l'heure à la maison.
L'irrévocable exil punit sa trahison !
Je grandis, — et longtemps je gardai la mémoire De mon chien et de son ingratitude noire.
Six ans après, rentrée au foyer maternel.
Près du feu je revis, un soir, le criminel.
Il était devenu gras, poussif et maussade.
Affaissé, somnolent, frileux, comme un malade! * J'accordai mon pardon au chien laid et perclus. Et je compris alors que je ne l'aimais plus !
25d pourquoi je n'aime pas les chiens.
Or, void maintenant ce que je veux vous dire : Si, plus tard, dans un jour de fièvre ou de délire. Vous songiez méchamment â me faire du mal.
N'enviez pas le sort du pedt animal.
Et ne vous fiez pas à ce que je suis bonne. .. C'est quand je n'aime plus, ami, que je pardonne !