MM* EX ROUTE
mins sablonneux et roule comme but de la ouate. Ce n'est plus qu'un bruit d'insectes . . . J'ai juste le temps de penser: en efïet, ce pauvre petit Joseph au père Legault, et c'est de nouveau le fracas assourdissant des cailloux projetés en tous sens sous les roues.
Maintenant il un croisement de routes, bing. . bang. . . de gauche et de droite, bing... bang... bing....
C'est un tapage, un vacarme d'enclumes frappées, de ferrailles secouées, de bandages de roues ajustés a coups de marteaux.
Ils sont là, deux, trois, quatre A rire, à flâner, à regarder les batteurs de fer qui ébranlent ainsi — bing...
bang. . . les échos voisins endormis aux creux des rochers massifs et mousseux.
Nous nous saluons amicalement, paiement, avec l'envie de nous dire un mot: eux — Y a-t-il quelque chose de nouveau au village? moi — Ah! les paresseux ... à l'ombre comme ça paT ces jours de moisson.
Mais nous ne nous disons rien . . .
il fait si chaud.
Jo me replonge de nouveau inconsciemment dans des songeries sans suite: cette revue médicale n laquelle ji* désire ni 'abonner, ce compte a
E?sr hoi t tk Itttf
acquitter. . . du eulfonal qu'il me faut cni n mander pour le lendemain... cette vieille madame Létourneau . . . oui j'essaierai les ventouses....
En continuant mon ascension, je crois ouïr tout ;*l coup comme une mélopée bizarrement dolente d'écoliers se hA tant de bredouiller à voix haute, tous ensemble, avant leur sortie de classe, une prière finale... Je tends l'oreille: mais non, c'est la cacophonie d'un grand moulin qui roule, dans un grésillement, un fracas de cascade, ses aubes «1 travers l'écume bruissante et qui me renvoie de tout en haut, du bout du chemin, ses éclaboiwscmenls d'eau et de sons divers.
Woo... woo... Carillon.
C'est ici, chez la mère Létourneau
Mon Dernier Chemin de Croix
p'oyons, c'est le bon moment, va '■?JL£ faire ton chemin de croix... il y a assez longtemps que tu retardes.
— Ah! bien... j'ai ceci, j'ai cola a terminer... j'irai demain.
—Pourquoi pas aujourd'hui? tu auras une autre raison demain... d'ailleurs si tu as honte, à cette heure-ci il n'y a personne a l'église. . . Puis tu verras, il sera encore malade ton Gabriel, si tu n'y vas point.
"' Encore malade," ceci m'ébranla subitement.
— C'est bien, j'y vais, répondis-jc A ma femin;'. . . On commence A gauche, hein?
—Oui, A gauche. Dis simplement un " pater " et un " ave '' devant chaque station en y ajoutant une génuflexion avant et après.
Ces renseignements ne m'étaient pas inutiles, car depuis mon temps de
Itffî CHEMIN DE CHOIX
collège j'avais un peu trop négligé peut-être les chemins de croix, que je considérais comme une manifestation religieuse trop éclatante, trop publique aussi pour mon degré de piété.
Si j'étais du nombre des pharisiens qui courent les rues aujourd'hui et nous ennuient de leurs capucinades, je cacherais ces aveux qui leur conviennent après tout aussi bien qu'A moi-même: mais à quoi bon afficher leur fausse et hypocrite dévotion.
Je pris donc la route de mon égli**»
. . j'allais remplir ma promesse.
Le croup sévissait.
Le croup — cet épervier des ténèbre»
comme l'appelle Victor Hugo, — qui.
traîtreusement, parfois sans un cri d'alarme, étrangle les petits, en avait tué plus d'un.
Oh! l'horrible, l'infâme maladie.
Quand Dieu répandit toute la longue série des misères et des affections humaines, il ne créa pourtant point celle-là, car elle est sauvage, elle est monstrueuse, elle est lâche surtout et il v a du Judas dedans.
Il y a de pénibles et douloureuses maladies qui torturent et martyrisent, contre lesquelles cependant le
CliKMIN DE CROIX 13'
patient combat, se raidit et collette jusqu'au dernier souffle. Mais cellelà. . . ah ! celle-là, elle vient surtout la nuit, hypocritement, fouiller le»
chambres, dont elle évite les grands lits oïl dorment les robustes et les forts, pour atteindre les berceaux ; elle s'attaque aux petits anges qui y rêvent à bras repliés, et les saisit sauvagement ... a la gorge.
Ils sont faibles ceux-là, ils sont petits se dit le croup, ils ne se plaindront point, peut-être joueront-ils même le lendemain pour que la mère si vite alarmée ne soupçonne qu'un malaise inofïensif, puis, quand le virus aura bien enfiévré tous les tismis. l'asphyxie fera le reste.
Non. Dieu, qui est père aussi, ne l'a pas créé cette maladie-la, n'a pas pu la créer.
Or le croup sévissait.
Le médecin, père de famille, connaît seul ces angoisses qui compriment l'estomac ccmme un pan de montagne, à l'époque des épidémies dont il suit la marche et qu'il craint toujours tfe voir éclater a son foyer.
Le moindre symptôme l'alarme alors, une rougeur d'épidémie, une crise de toux suffit pour lui rappeler toute sa pathologie à l'esprit et c'est sans cesse avec un œil inquiet