PRE NEO PERTE
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apporteras mon microscope et mon fluoroscope..... ‘“ En lui-même”, —- Le diagnostic doit être facile à faire.
...car je soupçonne fort ses poumons d’être la cause de tout le mal.
Félix.—Tout est prêt, monsieur.
“ [ls montent tous deux dans l’automobile. Teuf.... teuf.... teuf....
teuf... teuf... teuf... Déjà chez M.
Lanctôt.
Le docteur.—-Et vous voilà malade ...vraiment ?...
— Bien oui... un peu de fièvre, de toux...
—Veuiilez cracher sur cette plaque de verre.
—Cracher?
—Oui, c’est pour examiner.
“ Monsieur Lanetot crache.”
“Le docteur après examen au microscope: ” Hum... hum... grave.
.. des bacilles de Kock bien accusés,
je vais ausculter.
“Fouillant dans sa trousse.”—Diable! j'ai oublié mon stethoscope....
je vais télégraphier chez moi. “Ii tire de sa poche de veste une boîte minuscule qu’il dépose sur une table puis.: tac... tac-tac... tac... tactac.. tac.. tac-tac.. tac.. tac-tac...
Quelle merveilleuse affaire, hein! M.
Lanctot? cette télégraphie sans fil...
tac.... tac-tac... tac.... tac-tac...
tac... tac-tac-... tac... tac-tac…. tac.
“Tout de suite dans un coin de teur fait glisser la porte en écusson d'un placard, Son stéthoscope s’y trouve déjä, apporté par le tube pueumatique.”
—Un instant maintenant M. Lanctot.
“ H ausculte la poitrine, le dos, dans l’aisselle.”
—Je vais examiner le poumon.
“Se mettant à la fenêtre” Félix!
approche ici l’automobile et fais fonctionner la bobine. ‘“ A son malade.” Tenez-vous à votre aise.
“Il examine.” C’est le poumon gauche qui est pris... au sommet...
L'on y distingue parfaitement les petits tubercules... Il vous faudrait immédiatement vous soumettre à un traitement énergique.
M. Lanctot.—Mais j'y suis bien décidé... Et lequel me proposez-vous?
Le docteur.—Je ne sais pas, moi; ceci est en dehors de ma spécialité.
Il conviendrait de consulter un confrère.
M. Lanctot.—-Qui me conseillezvous?... Si j'appelais Robin?..
— Non, Robin ne traite que le pou-
— re
mon droit et c'est le gauche qui est malade chez vous.
* “ LAVENEr alors, peut-être?
- Pas plus; Lavigueur ne traite que les lobes inférieurs.... Non, je je vous conseillerais plutôt Dalland.
.Il est très capable, très moderne, et c'est sa spécialité les lésions du sommet du poumon gauche.
—Faites-le done venir..
“Tac... tac-tac... tac... tac-tac...
tac.... Dalland accourt en automobile.”
-Bonjour, sie
—Bonjour, Je vous mandais pour un cas de tuberculose commencante.
-Dans quel organe”
Sommet du poumon gauche,
C'est une opération alors.
n'y à pas À choisir.
mon Dieu!
Dalland.—Ca n'offre aucun danger.
mon cher monsieur.
Lanctot.—C'est bon, allez-y; inais je ne veux point souffrir, vous me donnerez du chloroforme.
Dalland, riant aux éclats.--Le chloroforme... ah! ah! c'est du siècle dernier... Il n’en existe plus d’ailleurs. Aujourd'hui, nous n’employons plus que l’hypnotisme
C'est bon pour Labadie, cette vieille ganache, qui s’en tient encore à la chloro-naphto-analgésine.. C’est bien, couchez-vous sur le canapé.
“Il fait quelques passes magnétiques: Lanctot dort... Crick... crack
sous la clavicule. (C'est ouvert; le poumon fait hernie; Dalland en emprisonne le sommet dans une chainette d'écraseur. Crac... c’est fait.
Il badigeonne À la picroleïne pour enlever tout danger d’hemorrhagie et de septicémie. Il suture la peau.
C'est tout. En deux passes rapides, il réveille M. Lanctot:”
--Bien. Maintenant ne sortez point avant deux ou trois jours; surtout évitez de chanter où de jouer du cornet à piston...
M. Lanctot.—-Et vous croyez qu'ensuite je pourrai...
—Daïlland.--Oui, je le crois. Cependant je ne veux point dépasser les bornes de ma spécialité qui est d'opérer le sommet du poumon gauche,—-en vous donnant une opinion sur vos chances de gusñrison... Il
vous faudrait sur ce point consuiter
un médecin pronostiqueur, Pinard.
par exemple, qui vous donnera son avis... Au revoir, monsieur.... ne vous dérangez point...
M. Lanctot—Au revoir.... je ne
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210 MÉDECINE AU XXe SIÈCLE
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m'attendais pas, voyez-vous... je vous paierai plus tard... envoyezmoi votre compte...
“ Les docteurs sortent. Sur la rue, en se saluant:”
Dalland.—La médecine a beau changer, les clients ne changent pas, eux. Ils ne vous paient pas plus qu’au dernier siècle... Qu'en ditesvous, confrère ?...
... Teuf... teuf. teuf... teuf. teuf ... teuf. teuf... teuf. teuf......
Le Mieux Docteuz
Ÿ: se souvenait d’avoir été jeune...
jeune comme les petits blondins, qui, sac au dos, sortant en hâte de l'école, le dépassaient toujours dans leurs courses folles, à présent qu'il allait lentement sur le trottoir, lentement en tirant la jambe.
Il] se souvenait cependant qu'il avait couru, sauté comme eux, qu’il avait ri et crié comme eux, qu'il avait aussi eu une mère. Oh! une si bonne mère, qui lui disait des histoires de fées en le berçant le soir dans ses bras, qui lui fourrait des biscuits dans ses poches, qui lui répétait toujours de ne pas tant se fatiguer à jouer.
Il se souvenait.—tout fier de son premier costume à nervures blanches.
de sa première malle—de son entrée au collège; c'était une immense bAtisse avec des clochetons, de larges
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corridors retentissants, des salles gi gantesques. Il avait pendant plu.
sieurs nuits longuement pleuré, les yeux cachés sous ses couvertures, une fois couché, dans le repos morne des grands dortoirs, C’est qu'il pensait toujours À sa mère, loin, là-bas.
dans l’humble demeure familiale c'est qu'il revoyait encore le long re gard triste dont elle l'avait envelop pé à leur séparation, puis l'explosion de larmes qu'elle avait cherché à ca cher, en se retournant la tête, mais qu'il avait bien devinée, va, car cela avait 6t6 la même chose pour lui. Il se souvenait des noms de ses confrè res fe classe, de ses professeurs, pres que tous disparus où morts À présent...
Il se souvenait de son temps de earabin, de ses cadavres de dissection...
ca lui avait fait si drôle la première fois qu'il en avait senti les chairs slacées sous son scalpel.
Oh! dans son temps de carabin!!!
11 était plein de sève alors, insouciant.
défiant l'avenir, Il s'était d’abord moqué des filles qui lui faisaient pstpst d’un côté de rue à l’autre, les soirs de promenade, puis ensuite il en avait suivi quelques-unes, pour rire, qui paraissaient plus jolies ou plus gentilles.
Il se souvenait des tours pendables joués au vieux directeur du pensionnat, des échelles de corde suspendues d'un étage à l'autre pour les sorties secrètes, Il se souvenait de ses malades d'hôpital, de cas intéressants retenus vivants dans sa mémoire, de ses cours quand même régulièrement suivis, de ses examens, des heures tranquilles À étudier la nuit pour compenser exactement le temps perdu à aller entendre ‘les troupes françaises ”?
Il se souvenait de son examen final.
de lexultation débordante après, de son premier verre de champagne à cette occasion qui l'avait si traitreusement ballotté dans des sensations de chutes et de roulis, de son départ pour la pratique de sa profession, de ses alertes d'abord devant les cas les plus simples, de sa lancée vraie dans la vraie vie.
Il se souvenait de son premier et seul amour. Il en conservait des lettres qu'il retrouvait machinalement sous ses doigts en fouillant dans son secrétaire et qu’il relisait encore, en passant, avec l'éclair tout de suite remonté à ses yeux de toutes les flammes de ses souvenirs.
I1 se souvenait de ses enfants, de ce qu'il avait fait ou rêvé faire pour
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eux, des joies naïves et douces de son foyer, des jours de bonheur et de tendresses folles, maintenant si loin, à les dorloter, à les instruire, à jouer, à se rouler sur les tapis avec, à les amener partout avec orgueuil, les jours de soleil, dans ses courses rapides aux malades.
Il se souvenait de son petit Cabriel... Il s'en souvenait bien c'était un dimanche... quelle fièvre déjà... une fièvre brûlante..... ses pauvres petits yeux clos de torpeur somnolente... auprès, sa mère qui pleurait... puis encore... oh! il se souvenait de tout, tout... et de la petite pierre discrète du cimetière, avec “ Dors bien, Gabriel”, rien que ça gravé dessus... Il savait bien qu’il y avait encore dans tel tiroir de meuble un amas de reliques chèrement conservées, pieusement ensevelies comme des choses mortes et longtemps baisées en pleurant par sa femme et lui, sans jamais se le dire, en secret... Ah! son pauvre petit (abriel...
Il se souvenait de ses livres, de ses notes, des bonnes prescriptions que lui seul avait découvertes, de ses patients, de ses courses nombreuses et pendant si longtemps renouvelées, le jour, la nuit, sous le soleil éblouis-
sant d'été, dans l'horreur des nuits noires d'automne, dans le poudroiement en tempête des neiges froides d'hiver, partout à travers la campagne, dans les enfoncements reculés de son coin de pays... Il se souvenait de son âge d'homme... Il avait été six ans maire, trois ans marguillier, il avait été commissaire d’école aussi.
Puis ensuite il se souvenait d’être devenu vieux, vieux tout à coup presque, lui semblait-il... Il n’osait plus sortir la nuit; il pliait tout de travers, lentement de ses doigts engourdis, le papier de ses poudres; il ne voulait nlus voyager en charrette.
Les maris tout etfarés qui venaient encore le quérir lui disaient toujours, pendant qu’il endossait son éternel paletot vert, qu’il prenait ses forceps terni sa trousse À laquelle il manquait des fioles:; ‘“ Dépêchez-vous, docteur ”, et ceci l’agaçait sans le faire se hâter davantage.
Il ne se sentait plus le goût de l’6tude, ne lisait plus ses revues; il n’avait plus confiance aux médicaments nouveaux: c'était rien que du charlatanisme toutes ces simagrées singées de Paris ou d’ailleurs, ces instructions
stupides, ces recommandations impossibles à suivre, données maintenant aux malades. Puis il se souvenait alors qu’un matin il avait vu une belle plaque de cuivre, luisant à travres les branches des arbres, orgueilleusement posée au rebord d’une porte voisine. Dessus il y avait: Dr Rigault.
Ca lui avait donné un coup de fouet au pauvre vieux docteur, et pendant quelques semaines, il s'était raidi de tous ses muscles pour redevenir jeune, se lever en hâte la nuit, enjamber lestement dans les voitures.
Ah! il allait lui montrer, à ce gâtemétier, que les anciens valent encore quelque chose.
Mais malgré ses efforts, les gens commencaient à lui dire: vous êtes trop vieux pour pratiquer maintenant, docteur, et en invoquant ce prétexte c'est le gâte-métier que Jacques Lerouche avait mandé pour sa femme, Félix Garand, pour son petit garçon.
Pendant quelque temps ce fut avec un noir désenchantement, l'âme gonflée secrètement de douloureux et touchants reproches, qu’il voyait ses anciens patients prendre un à un le chemin de la porte de son rival.
...Il Jui en venait encore pour-
tant, à div s intervalles, quelques clients fidèles qui restaient attachés par héridité de famille au pauvre vieux... Comme alors il était fier!...
Avec quel retour de jeunesse il furetait dans les recoins de sa pharmacie, agitait les fioles, écrivait la prescription avec soin: des belles prescriptions blanches et bien collées au flane de Ja bouteille... Et les bons petits conseils paternels ensuite, donnés en tapotant amicalement l'épaule, Ja meilleure manière de p: ‘varer certaines tisanes, surtout ‘“ ac.ez-vous des courants d'air.”
Mais ces jouissances lui étaient accordées si rarement.
... Et maintenant il s'en allait clopin-clopant, les jours de soleil chaud, en longue redingote noire démodée, sa canne à la main. Il s’arrêtait aux coins des routes, promenait un instant son regard autour, puis reprenait, toujours clopin-clopant.
Des fois, il s’informait auprès des gens de la santé de quelque jeune mère dont on lui avait appris la maladie. Ah! il n’en avait jamais perdu, lui, de femmes en couches... non, jamais il n'en avait perdu... Il parlait aussi aux jeunes filles, aux jeunes garçons qu'il rencontrait, demandait leurs âges, leurs noms: il avait
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