MASSUE
Nous donnerons place sous ce titre à divers instruments contondants qui ont servi dans le martyre de plusieurs saints; et que l'art des peintres ou des sculpteurs a transformés, sans grand scrupule historique, en bâtons noueux, fléaux, etc. -
Saint Jacques le Mineur (fils d'Alphée), apôtre'; 1 mai, 61. Une massue, ou une perche de foulon, à la main; parce que précipité du haut du temple de Jérusalem, il fut achevé par un foulon qui lui brisa la tète. Des ar-
1. AA. SS. April., t.. III, p. 50'2-5(ià.— Ha3(o/o9. italic, t. I, p.
'2. Ou pourra en conséquence' recourir à rarticle Hdion comme supplément de celui-ci en plus d'un cas; par exemple pour saint Marc évangéliste, saint Tharsicc, etc.
3. Qu'il soit apôtre et fils d'Alphée, c'est ce qui se dit communé-
ment chez les Latins; mais où l'on peut trouver matière à discussion sérieuse. Les Bollandistes en ont traité avec une concision qui n'exclut pas la solidité si ordinaire au P. Heuschenius. Cf. AA. SS. Mail, t. I, p. U-'îl.
Il serait du reste singulier qu'un siège occupé par un apôtiv
MASSIJK.
listes flamands et, hollandais, interprélant sans doute les coutumes juives d'après ce qu'ils avaient sous les yeux, ont transformé souvent cette perche de foulon en un énorme arch'et sous-tendu par une forte lanière de cuir. J'imagine que cet instrument faisait à peu près la fonction des baguettes qui servent à nos matelassiers pout rendre l'élasticité aux flocons de laine quand elle a pris son pli sous une pression prolongée.
Saint Jude ou Thaddée, apôtre; 28 octobre (Cf. Image de Noire-Seigneur, p. ii82). La forme de son martyre n'étant pas bien connue, on lui donne tantôt une massue, tantôt une croix (parfois renversée). Mais, selon d'autres, il aurait été percé de flèches.
Saint Télesphore pape (Gf. Hostie, p. /t79). 11 passe pour avoir été assommé, c'est ce qui lui a fait mettre souvent à la main une massue ^
Saint Timothée évêque d*Éphèse, disciple de saint Paul. Gf. Bâton, p. 126; etc.
Saint Apollinaire, premier évêque de Ravenne; 23 juillet, vers 75. On prétend qu'il fut assommé à coups de massue par les païens, après avoir quelque temps échappé à leur colère '-.
Saint Privât (Privé) évêque du Gévaudan , martyr; 21 août, vers le iv' siècle. Assommé par les envahisseurs païeçs, tandis qu'il se tenait retiré dans une grotte'.
Saint Eugène, évêque de Tolède ; 15 novembre, sur la lin du i*""" siècle, dit-on. On rapporte que, disciple de saint Denis, il aurait quitté l'Espagne pour venir le visiter en France; et que près de Paris il fut assommé par les païens. Gette question si controversée, où le patriotisme du Parisis a mêlé un peu trop d'amertume , est traitée avec beaucoup de calme et de sagesse par le docte Florez*. Ce savant homme, tout en s'appuyant sur les documents espagnols, n'ignorait point ceux qu'on met en avant chez nous; et il fait très-bien observer que l'abbaye parisienne de Saint-Germain-des-Prés n'était pas entièrement d'accord sur ce sujet avec celle de Saint- Denis. Il nous convient donc à nous autres de concilier entre' eux nos propres ancêtres, avant de prendre parti sur un ton décisif; car le zèle, pour être de bon aloi,
doit se combiner a\cc la science, comme dit saint Paul (Rom., X, 2).
Saint Adalbert (ou Adelbert), nommé Woytiech par les Polonais (Cf. Lance, p. /jOO). On le peint fréquemment tenant à la main un faisceau formé d'une lance et de massues, de rames ou crocs de baleliers, qui auraient servi d'instruments à la fureur populaire des Prussiens idolâtres auxquels il venait prêcher l'Évangile. Son martyre eut lieu près de Fischhausen ^
Saint Agilllfe [Agilolfus, etc.) abbé de Stavelo, puis évêque de Cologne (9 juillet, vers 770 ); assommé et percé d'une flèche dans la vallée de l'Amblève, d'oii son corps fut transporté d'abord à Malmédy, puis à Cologne^. Plusieurs écrivains belges pensent que, comme saint Lambert, il aurait été sacrifié à la colère d'Alpaïde, concubine de Pépin d'Héristal (Cf. supra, p. 498). Car Plectrude, femme légitime de Pépin avait employé l'entremise de saint Agilulfe pour ramener son mari au devoir conjugal ^.
Un faucon que certains artistes lui mettent sur le poing pourrait absolument signifier que le saint appartenait à une noble famille (Cf. Faucon, p. k^ù). Mais que l'histoire ait été faite d'après la représentation, ou réciproquement, voici ce que les Allemands racontent. Un chevalier, dévoué peut-être à la favorite de Pépin, entendant parler de merveilles opérées par les reliques du saint qui venait de mourir, répondit : « Ce n'est pas plus un saint, que mon faucon n'est un oiseau chanteur. » Sur quoi le faucon qu'il portait se serait mis à gazouiller d'une façon tout à fait inattendue
Saint Arcade, martyr à Césarée de Mauritanie ; 12 janvier, iii^ siècle. Les plus anciens témoignages racontent qu'il eut les membres tranchés par le glaive ou la hache*. Lors donc que M. Helmsdœrfer, et d'autres après lui, disent qu'on représente ce saint avec une massue, ils le confondent peut-être avec un autre du même nom qui souffrit sous la persécution des Vandales (13 novembre, /i37). Mais encore y aurait-il lieu à quelque critique; car c'est seulement l'un des compagnons de ce dernier (saint Paulillus, enfant) qui fut frappé
comme évêque titulaire, eût attendu trois siècles pour devenir autre chose qu'évèclié sulTragant de Césarée. Qui ne trouverait pas cette objection satisfaisante, risquerait de s'en attirer d'autres dont il ne se serait pas douté peut-être. Car ce n'était pas ici le lieu de vider nue question évidemment accessoire pour mon travail.
1. A défaut d'indications précises sur le genre de son martyre, signalons du moins quelques renseignements pour divers points de sa légende. Cf. Baron. A. 154, n" 1. — Luhus, Fasti delta Chiesa, 5 di gennajo. — AA. SS. Jannar., t. I, p. 'i3G-'2'iO. — P. de Natal., libr. II, cap. xlvi. — fJagiolog. italic, t. I, p. 8, sq. — Novaes, Storia dei sommi pontefi.ci, n" 9.
'2. Hagiolog. italic, t. I, p. 40.