AA. SS. Jm., t. I, p
7,46 GANTS
un gant blanc qu'elle-même avait reçu de la sainte Vierge Selon d'autres, ce serait le saint lui-même qui aurait été directement l'objet de cette faveur céleste.
Saint David abbé de l'ordre de Cluny en Suède, considéré comme l'apôtre du Westmannland; 15 juillet, V. lOGO. On raconte qu'ayant la vue affaiblie par l'âge, il prit un rayon du soleil pour une sorte de fiche dans la muraille, où il crut pouvoir suspendre ses gants; et le rayon tint bon à cet ofTice inaccoutumé qu'on lui demandait par mégarde. Cela était si bien passé en tradition reçue parmi les Suédois catholiques, que le jour du saint était souvent marqué par un gant dans leurs calendriers'.
On a pu voir quelques légendes semblables sous le titre Auréole (p. 99).
GÉANT
Nous avons dit quelque chose déjà de saint Christophe, à plusieurs reprises (Cf. Arbre, p. 65; Enfant Jcsus, etc.). Le siècle dernier a été fatal aux statues gigantesques que nos pères avaient élevées en l'honneur de ce saint ; mais je ne crois pas que ces colosses fussent antérieurs aux derniers temps du moyen âge. L'intention des sculpteurs qui dressaient des figures si énormes à ce martyr célèbre, n'était pas seulement de rappeler la stature presque monstrueuse de saint Christophe, mais aussi de le rendre plus visible de loin à tous les regards. 11 paraît avoir été reçu vers le xv* siècle, que voir saint Christophe était une garantie contre tout accident fâcheux durant la journée; mais surtout un préservatif assuré contre le danger de mort subite' ou de rage. Ces colosses eurent leurs mauvais jours après deux ou trois siècles de vogue ou de tolérance. Le chapitre d'Âuxerre fit détruire, en 1768 la statue de sa cathédrale, qui avait vingt-neuf pieds de haut, et seize pieds de large d'une épaule à l'autre. Elle datait de 1539. Le saint Christophe de Notre- Dame à Paris avait été élevé comme ex-voto, en l/il3: et fut abattu également par ordre ou avec consentement du chapitre en 1784. Ce n'était vraiment pas la peine que les chanoines s'en mêlassent : avec quelques années de patience, on eût obtenu le môme résultat sans que des mains ecclésiastiques y prissent part ; et l'on n'a pas vu que cet empressement des gens d'église sauvât les choses plus importantes quand l'orage révolutionnaire éclata. Quoi qu'il en soit, plusieurs de ces statues sont demeurées debout ailleurs jusqu'à nos jours; notamment à la cathé-
1. Cf. Heiiriquez, Menol. Cistert., 7 januar. (p. 9). '2. Reruin Svecicarum script., t. II, p. 400. ;t. On disait, comme chose convenue :
« Christopliorum videas, postea tutiis eas; »
Ou bien :
« Clirislopliore sancte, virtutes sunt tibi tantie; Qui te niane videt, nocturno tempore ridet; Nec Hatanas ca^dat, nec mors subitanea lardât. >' l'.i môiUR plus brièvement :
« Qui te rnane vident, nocturno tempore rident. »
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drale d'Amiens, si mes souvenirs d'enfance sont exacts.
DESCAKTES
Or là, il se trouva que les gens du peuple défendireni leurs statues contre le fanatisme révolutionnaire.
La vieille estampe de saint Cliristoplie qi<i a passé longtcmiis pour èire le plus ancien monument xylogi apliique, portait cette inscriptiou dont le mètre n'est pas scrupuleux:
« Christophori faciem die quacumque videris, nia nempe die morte mala non morieris. » Cf. Ad. Daniel, Thesaur. hymnologic, t. H, p. 200. L'i'ditcur lutiiLrii n de cet important recueil convient du reste, avec sa droiture liabitiielle, que les livres ecclésiastiques ne mentionnent guère ces prétendues garanties qui avaient cours parmi le peuple.
GÉANT
Ce qu'il y a souvent de disproportionné, ou même de laid dans ces colosses ne doit pas toujours être attribué à maladresse d'artistes. La légende ne fait pas de saint ■""Y-^f^^ Christophe une sorte d'Adonis; ainsi qu'on peut en ju- '^-"-^ *^cSit, ger par le vitrail qui lui est consacré à la cathédrale de '•' ' Strasbourg (p. ^46), et par les types populaires qu'a publiés M. Arth. Forgeais dans ses Plombs historiés (t. IV, Imagerie religieuse; 1865, p. 157-161).
La taille gigantesque qui lui est attribuée généralement peut bien être une exagération pour exprimer la constitution athlétique dont il lit un emploi charitable au service de Dieu'; mais plusieurs ont pensé que cela même était du symbolisme pour expiimer la merveilleuse générosité dont il fit preuve durant sa vie et dans sa mort. Pour moi, je ne verrais pas grand malheur à ce que le saint eût été réellement doué d'une grande force |)hysique,sans avoir reçu les dons de l'intelligence avec la même libéralité. L'important est d'employer à l'honneur du maître souverain les qualités que l'on possède ; et, prise tout bonnement, la légende a bien plus d'unité dans ses diverses parties. Cependant, puisqu'on a guerroyé beaucoup sur ce terrain, pourquoi n'essajerions-nous pas d'y jeter les bases d'une pacification? Convenons d'abord d'un fait qui ne peut être nié. La légende actuelle du saint est incontestablement récente. Il ne s'en trouve presque aucune trace ni dans le Ménologe de l'empereur Basile, ni dans les Ménées, ni dans la liturgie hispanogothique, ni même dans une vieille séquence {Garnie, I Christi sponsa) d'un missel de Prague imprimé en 1Z|78-; et néanmoins l'Allemagne voisine des Tchèques n'a pas toujours épargné les surcharges merveilleuses à l'histoire de saint Christophe. De tout ceci l'on peut conclure que les monuments écrits antérieurs ne sont pas la vraie source du récit rédigé par Jacques de Varazze et autres. D'où ces derniers avaient-ils pris tant de hardiesse, et
faut-il ne voir en eux que des faussaires audacieux? Rien ne justifierait une conséquence si outrée. Sans avoir voulu nous tromper, ils ont pu se tromper eux-mêmes; en quoi ils deviennent des guides suspects, je le veux bien, mais non pas de malhonnêtes gens. Qu'est-ce donc qui les aura dévoyés? Très-probablement quelque représentation plus ou moins habile, mais surtout mal comprise par les spectateurs. Nous avons encore dans plusieurs de nos vieilles églises de quoi nous renseigner sur cette cause d'erreur. Excusons les artistes en même temps que leurs interprètes, mais faisons voir aussi où se trouve le péril de certaines informations qui ne parlent qu'aux yeux. On nous montre un géant portant presque toujours sur son épaule l'enfant Jésus, et tenant en main un bâton qui se termine par des feuilles ou des fleurs. D'ordinaire ses pieds baignent dans un torrent. Nulle difTiculté pour qui connaît les documents primitifs : Christophe fut un barbare de haute taille, enrôlé de force dans les armées romaines. On s'accorde à dire que la langue de sa nouvelle patrie lui coûta peu de peine à parler; on veut même qu'il y ait été initié, ainsi qu'à la religion de Jésus-Christ, d'une façon miraculeuse. Craignant de s'exposer témérairement au martyre, il pria Dieu de faire fleurir son bâton en garantie d'une persévérance qu'il n'osait présumer'. Après quoi il triompha généreusement des tortures et mourut par le glaive.
Là-dessus, les artistes se mirent à l'œuvre ; et, sans même se donner trop carrière, prêtèrent facilement à des interprétations abusives dont on ne peut les rendre responsables. Le nom du martyr et sa haute stature fournirent tout d'abord la donnée principale : un géant portant l'enfant Jésus. Le Xpiorupopo; des Grecs, devenu au moyen âge Christoferus (comme qui dirait Christvm ferens), se trouvait par là traduit aux yeux, pour l'Occident comme pour l'Orient. C'est ainsi que saint Ignace