‹ Caractâeristiques des saints dans l'art populaireChapitre 249 sur 632 · OURS · texte numérisé non relu

OURS

Saint Waast d'Arras(CL Aveugles, p. 106; Loup,]). 528 ; etc.). Il y a près de Péronne une petite chapelle où l'on prétend qu'il se rendait accompagné de son ours; et durant l'office il attachait, dit-on, cet animal à une pierre que les gens du pays désignent encore ^ C'est là, si je ne me trompe, une variante populaire de la légende indiquée précédemment à l'article Loup. Je crois y voir la reconnaissance du pays conquis envers l'homme de Dieu qui avait fait entrer les envahisseurs dans la grande famille chrétienne, et rétabli le culte divin en divers lieux. Ce qu'il resta longtemps encore de barbarie dans les mœurs des princes francs, n'est pas mal apprécié dans ce symbole qui nous montre un animal farouche, mais surveillé par un gardien qui lui en impose. S'il n'est pas entièrement apprivoisé, il est du moins dompté passablement, et muselé^.

Saint Cerboney, évêque de Piombino (Cf. Oie, p. 581). Il avait logé des soldats romains sans asile, les cachant tandis que les Goths couraient le pays. Le roi Totila, considérant cet acte de charité comme une trahison contre son gouvernement, voulut que l'homme de Dieu

Unde cémentes meruere cordis Sumere lumen.

Lustra belvarum dédit angeloruni Esse concentum, Dominique templum; Ac decachordo reboare psalmum

Nocte dieque. » « Mortifer ursus timidus recessit Voce Vedasti prohibentis. Etc. «

9. La mention de l'ours ou du loup (que je soupçonne de symbolisme) se trouvait néanmoins dans les biographies antérieures au remaniement fait par Alcuin. Cf. AA. SS. Belgii., t. 11, p. 39-43; 54, sq. De là, sur des méreaux de saint Vàt dans la ville de Béthune, une crosse et un ours; caractéristique très-sufïisante pour uu pays où le saint était bien connu.

OIM'.S.

lût déchiré par des bêles farouches. Mais un ours lâché contre lui, ne fit que lui lécher les pieds'. Tous les spectateurs saluèrent ce prodige par des cris d'admiration; et le roi lui-même compi'enant qu'il y avait là quelque chose de plus qu'humain, congédia respectueusement l'évêque en se recommandant à ses prières.

Saint Corbinien, évêque de Frisingue; 8 septembre, 730. Dans un voyage qu'il faisait de France à Rome, comme il passait par la Bavière, un ours dévora la bête de somme qui portait le paquet du serviteur de Dieu. Mais celui-ci, dit-on, chargea le voleur de remplacer sa victime et de payer ainsi le larcin. Aussi quantité de gravures allemandes représentent saint Corbinien escorté de son ours bâté. Le même fait se raconte de plusieurs autres saints en divers pays; comme à Ourcamp pour SAINT Éloi. Mais quant à l'apôtre de la Bavière, nous pouvons y chercher autre chose que la conversion des païens. On voit dans sa vie qu'il convertit un criminel condamné à la potence, et dont il fit son disciple -. L'ours dompté ne représenterait-il pas ce malfaiteur devenu le compagnon d'un homme de Dieu, et se soumettant h sa direction? Cependant il faut dire que le récit de l'ours bâté est dû à l'un des contemporains du saint, et qui lui succéda sur le siège épiscopal. S'il ne s'agissait que d'Othon de Frisingue, on pourrait soupçonner que le symbolisme avait pu s'introduire dans la narration durant les siècles qui séparaient ces deux évêques.

Saint Maximin, évêque de Trêves; 29 mai, 349. On lui attribue la même histoire d'ours que nous venons de voir pour les précédents'. On pourrait absolument y chercher un emblème du bonheur avec lequel il réussit à préserver son peuple des ravages de l'arianisme; car il vécut au moment oi\ cette hérésie était patronnée par la puissance impériale, et ce fut lui qui accueillit saint Atlianase pendant l'exil de ce grand homme.

Saint Jacques, évêque de Tarentaise. Cf. Charrue, p. 204.

Saint Gall (Cf. Aumône, p. 93; Ermites). Je donne ici

le sceau de l'abbaye fondée par cet illustre moine irlandais, et qui a laissé son nom à l'un des cantons de la Suisse.

Je l'ai fait dessiner d'après une épreuve en cire qui m'avait été communiquée obligeamment par M. Peigné- Delacourt, revenant d'un voyage dans les Alpes. On y voit l'animal recevant sa nourriture des mains du saint abbé, après l'avoir servi. Ailleurs, l'ours porte du bois sur son épaule pour servir les moines ; et l'on raconte que le saint lui payait sa récompense en le nourrissant pour sa peine ^. L'érection d'un monastère et la prédication du christianisme parmi ces rudes montagnards semblent bien avoir été indiquées par les vieux artistes quand ils ont employé cet attribut. Assurément Dieu est le maître de glorifier ses saints par des miracles qui dérogent à l'ordre commun; et l'ours, comme on le sait très-bien (en Lithuanie, par exemple) est susceptible d'une certaine éducation , moyennant quoi on le charge même de plusieurs services domestiques. Cela devait d'autant

L P. de Natal., lib. 1\, cap. m.ih.— Cf. Greg. M. Oialug., lib. 111, cap. XI.

2. Les principaux miracles do saint Corbinien sont énuniérés dans le Thésaurus... de D. Pez, t. III, 1'. in, p. 78. — AA. SS. Septembr., t. III, p. 285. La conversion du ci'iminel qu'il ressuscita, est rapportée par le P. Longueval dans VHisloire de l'Église gallicane, livre XI, A. 718; et ce fait est rapproché de l'histoire de l'ours dans une séquence du missel de Frisingue (1579, in-fol.), pour la translation de saint Corbinien :

K Feliï confesser cujus fuit sanctilatis index fera bestia; Qnte iltim jubetur, LTsum plaçât alque lenit mira par obseqiiia.

Quidam latro perimendus, Crucisque triduo patibulo suspeiisus Prece sancti libciatnr. »

Cf. Ibid., prose { Deus deorum } pour lu fèto du saint. Les deux prodiges y sont encore rapprochés.

Il peut être utile de citer aussi une hymne [Ave pasLur bonc) du bréviaire de Passau (15'2I). On y verra le souvenir de l'ours, avec d'autres faits que nous n'avons pas rappelés tous, saint Corbinien ayant cessé d'être bien connu en France ;

(I Sumens donum piscis, Te tuosque pascis Famé perurgente, Aquila ferente.

Solvitur a nece Crucis, tua pièce, Latro triduaiuis.

Virga fodis fontem

Uiida rigat montem, Rignum hodiernum Manat sempiternum.

Vitam pritcellenti ( Vice prœfocati ? ) Evecti(eiifd(.') jumenti, Cursu mansuetus Sagma defert ursus.

Etc. »

Dans ce que ces strophes ont d'embrouillé, il faut tenir compte d'une difficulté que s'imposait l'auteur: cherchant à maintenir toujours le premier mot de chaque quatrain comme pour VAve maris Stella.

.'i. Supplément, ad Legend. auream (Lovan., 1485), fol. Ixxviii.- Cf. Calles, Annales Ecclesiœ germanicœ, t. I, p. 105, sq.; etc.

4. Édél. Du Méril, Poésies populaires latines antérieures au sièrh,p.l6().—Ch. de Montalembert, Moinesd'Occident,t. II, p. 484.

Il y a eu en Suisse un Ordre de l'ours, établi au xiu"^ siècle pour illustrer le souvenir du fondateur de l'abbaye, et la rattacher à l'empire germanique. Ceci soit dit sans préjudice des Bernois, qui nourrissent pieusement plusieurs ours en mémoire du vocable de leur ville ( liœhren ).

pins réussir avec des Iiommes d'une humeur toujours égale et affectueux pour les œuvres du Créateur, comme sont les saints; mais l'ours ligure si fréquemment dans nos légendes, que la domestication de ces animaux ne semble pas avoir pu être un passe-lemps si habituel des saintes gens. J'y verrais pliit(")t, en bien des cas, un emblème de la civilisation opérée par les hommes de Dieu dans leur entourage. La poésie grecque avait déjà employé le même artilice au sujet d'Orphée, auquel on prêtait même la puissance d'entrahier les rochers et les bois par ses accents. Nous savons qu'ORPHÉE avec son mythe, était accepté dans les premiers siècles de l'Église comme symbole de Notre-Seigneur gagnant les âmes par sa divine condescendance à leurs faiblesses, surtout après avoir pris notre nature. Il n'y a donc pas de quoi être surpris quand nous voyons le haut moyen âge adopter une figure assez semblable pour exprimer l'œuvre des prédicateurs de l'Évangile.

Saint Arige, évéque de Gap (Cf. Pourceau). Outre une histoire de sanglier que l'on verra en son lieu, on lui attribue la pénitence imposée à un ours qui avait mangé la bête de somme employée par l'évêque à son retour d'Italie. L'animal farouche fut chargé d'escorter le saint homme jusqu'à sa ville épiscopale. Congédié après cette corvée trop juste, l'ours reparut aux obsèques d' Arige, et ne manquait pas chaque année de revenir pour l'anniversaire du prélat; ce qui eut lieu tant que la bête ne fut point cassée de vieillesse*.

Saint Canoel [Chagnoaldus, Chainoaldus, Chanoaldus, Agnoaldus, etc.), évêque de Laon après avoir été disciple de saint Columban; 6 septembre ou 23 août, v. 63Z|. Un ours près de lui. Ce peut être un souvenir du grand saint dont il avait embrassé la règle. Mais la légende dit qu'il rencontra des ours, en allant faire la récolte des pommes pour le monastère. Revenu près de son abbé, il lui expliqua son embarras; et le saint Irlandais lui dit de faire le partage en donnant les mauvaises pommes à ces pauvres bêtes, pour qu'elles ne fussent pas absolument frustrées^. Les animaux acceptèrent leur portion sans trop de résistance. C'était en Suisse; et lorsque saint Columban passa les Alpes, Canoël revint à Luxeuil, puis en Brie d'où était sa famille. Ce fut là qu'on l'élul . pour évêque de Laon.

Saint Guilain (Ghislain, Gislenus), abbé en Hainaut; 9 octobre, 681. On en a fait un évêque, et l'on veut qu'il

Page 1