OURS
Jura et dans les Alpes. Aussi les auteurs qui ont voulu y voir un fait purement historique ont-ils varié dans leurs explications. L'un raconte qu'il se retira dans une caverne d'oîi il chassa un ours malgré le droit du premier occupant', comme saint Sabas de Palestine l'avait fait pour un lion {supra, p. 512). Cf. Ermites.
Ses biographes- racontent de lui une autre histoire d'ours arrivée à Luxeuil. Le saint homme aurait trouvé dans la forêt un cerf tué par les loups; et déjà un ours qui avait probablement chassé les meurtriers, se mettait à lécher le sang avant de passer outre. L'abbé lui intima de ne point toucher à la peau, dont les religieux avaient besoin pour leurs chaussures. L'ours, qui ne savait probablement pas comment s'y prendre pour arriver à la viande sans gâter cette peau, s'en alla moins grognon que ne semblait le comporter sa déconvenue; et les religieux vinrent dépouiller sans encombre la bête morte. Il n'est pas dit si l'animal congédié eut droit de toucher ensuite à la chair; mais il semblerait que oui, car des oiseaux réunis pour se régaler du cerf n'osèrent pas approcher de ce festin qui paraissait leur être abandonné.
On pourrait se croire autorisé par ces variantes à chercher la véritable origine dans un symbole qui prétendrait rappeler les fruits de sainteté que l'homme de Dieu avait fait produire à des régions désertes et sauvages. Mais il faut pourtant accorder une valeur historique positive au témoignage authentique de contemporains.
Saint Gerold de Feldkircii (Cf. Ermites, p. 381). Nous avons dit qu'il fut trouvé dans son ermitage à l'occasion d'un ours que poursuivait un seigneur. Le saint reçut des champs pour bâtir un monastère, et garda l'ours à son service comme manœuvre'.
Saint Martin de Vertou abbé, après avoir été solitaire ; 2h octobre, v. 60Zi. Il a été gratifié de la même merveille que nous avons déjà vue pour saint Corbinien, saint Guilain, saint Humbert de Maroilles, saint Poppon (pour un loup), saint Romedius, etc., etc. Un ours ayant dévoré l'âne qui portait le bagage de saint Martin et de son compagnon pendant leur voyage, le saint obligea l'animal carnassier à remplacer la bête de somme*.
Saint Marin de Dalmatie, ou de Rimini (Cf. Ciseau, p. 223). Un ours ayant mangé l'âne du saint homme, fut mis par lui en réquisition pour continuer les services de la pauvre bête qu'il avait croquée*. Ne serait-ce pas une manière de dire qu'il fixa son séjour sur une montagne solitaire?
1. Longueval, Histoire de l'Eylise gallicane, livre VIII, A. 590.