PERSONNAGES FOULÉS AUX PIEDS
Nul ne s'attend sans doute à me voir expliquer ici le cavalier qui figure sur les tympans de mainte église du xi^ siècle et du xii'' en Poitou , en Anjou et dans la Saintonge; car bien peu d'antiquaires ont prétendu y voir un saint, et quand on a mis cette idée en avant on ne l'a guère prouvée.
11 ne s'agit en ce moment que d'indiquer un fait assez fréquent jadis, surtout dans la statuaire : les persécuteurs représentés sous les pieds du saint dont ils avaient prétendu venir à bout'. Mais le tyran, pour être bien reconnu, aurait besoin de quelque caractéristique propre; ou bien il ne sera lui-même deviné qu'à l'aide des attributs du saint qui forme la partie principale du groupe. Car un empereur qui se poignarde lui-même peut absolument faire songer à Néron; dans mainte autre image ce ne serait le plus souvent que la légende du saint qui nous renseignerait bien et dûment sur ses adversaires. L'explication de certaines curiosités purement locales, si utiles qu'elles soient pour compléter l'iconographie hagiographique (au cas où l'on regretterait que j'eusse écarté ce mot précieux à' iconographie , entraînerait maints détails d'un usage fort restreint. Aussi ce prétendu moyen de repère ne pouvait-il se généraliser beaucoup, chaque ville ou province ayant ses saints de prédilection qui ne sont connus ailleurs qu'en gros. Dans la pratique la plus courante, il se borne presque à quelques martyrs ou docteurs illustres dont la vie était quasi connue partout. Telles sont sainte Catherine d'Alexandrie écrasant Maximin, ou sainte Barbe ayant à ses pieds son père terrassé parda foudre.
On trouve aussi sainte Amalberge de Temsche (CL Crible, p. 276) marchant sur les épaules d'un prince. Ce doit
incontestables, et dont les données n'ont pas toujours passé en loi dans l'art populaire des âges postérieurs.
De fait, lorsque la statuaire assemblait en groupes rapprochés divers ordres de saints bien rcconnaissables par leurs principaux personnages, l'analogie faisait aisément conclure le sens de certaines parties moins saillantes. Mais une figure isolée ne saurait s'expliquer habituellement toute seule sans d'autres attributs beaucoup plus déterminés, lesquels doivent naturellement prendre le dessus à la longue.
4. Je ne me l'étais pourtant pas interdit sans motifs passables (Cf. supra, p. 0). Mais quelqu'un a semblé craindre que la suppression de ce mot (pour une signification toute récente et très-vague) ne portât un coup fâcheux aux études sur l'art chrétien. Comme si un peu de netteté dans le langage avait jamais empêché les gens de s'entendre, en quelque ordre de connaissances que ce soit !
PERSOiNNAGES FOULÉS AUX PIEDS.
être Charles Martel dont elle repoussa les sollicitations, quoiqu'il y mît tant de rudesse que îa vierge consacrée à Dieu ne s'en tira pas sans un bras cassé ou démis*. La réputation des Carlovingiens était si bien établie en fait de galanterie un peu brusque, ou bien Charlemagne a tellement concentré en lui seul toutes les bonnes ou mauvaises qualités de sa race (aux yeux des écrivains postérieurs), que cette façon de faire la cour à sainte Amalberge a été mise sur le compte de ce grand homme. Avec la même historiette, se trouve aussi mêlée une chasse d'ours qui paraît bien être due à Charles Martel ^ et que l'on a également fait entrer dans la légende poétique de Charlemagne. Je ne saurais affirmer si cet ours n'est pas le même encore qui, poursuivi par Charlemagne, se réfugia sous la châsse de sainte Gudule (à Moorsel près de la Dendre), montrant toutes sortes de prévenances pour les religieuses de l'abbaye, afin qu'on ne le tirât pas de son asile ^ et qui demeura jusqu'à sa mort un des habitués du couvent. Ajoutons qu'il pourrait bien aussi être apparenté avec le célèbre lion de Pépin le Bref.
La Suède catholique aimait à peindre l'évêque martyr SAINT Henri d'Abo (ou d' Upsal) foulant aux pieds le paganisme finlandais sous la forme de l'idolâtre qui tua l'homme de Dieu à coups de hache. 11 peut être utile de savoir à ce sujet que la Finlande païenne avait une grande réputation de sorcellerie noire; en sorte que certaines lois suédoises interdisaient sévèrement toute traversée de la mer Baltique qui pouvait avoir pour but d'aller s'initier aux secrets magiques des Finnois ou des Lapons.
Au portail méridional de Chartres, ce semble être saini Anibroise qui a sous ses pieds un roi ; et ce prince est apparemment le grand Théodose. Mais l'empereur y est plutôt suppliant que précisément écrasé. On voit que c'est une humiliation dont il n'aura pas à se plaindre. De cette sorte, la vigueur du grand évèque et le repentir généreux du pénitent sont également exprimés par le sculpteur^
Pour qu'on ne demeure pas sans quelque indice palpable d'un attribut si cher aux anciens sculpteurs de
nos cathédrales, montrons au moins saint Augustin d'Hippone terrassant Aristote, d'après un tableau italien
du xv'= siècle qui appartient au musée Napoléon lU-'.
1 . Cf. AA. SS. Jid., t. III, p. 80, 89 93-95 ; 99, sq.; 73, sqq. — Ph. Mouskes, Chronique, v. 41'2'2, svv. (t. 1, p. 107, sv.)-
2. AA. SS. Jul., t. IIJ, p. 94. — Cf. Mouskes, ibiiL, v. iOS^, svv. (t. I, p. 105, svv.).