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Vie des Saints di- la Brelagne Armoi ique, p

Un bréviaire de Quinipcr (in-lG, vers 1001)) raconte cela dans les répons et les antiennes du 12 décembre, à Matines: « G miium miraculuml Saliatur, De parte piscis tertia Et piscis natans integor

Rex cuiu tota familia D .moii.'.liMlur.

Cette iusloire sarait-elle un dédoublement d'un autre fait rapporté par la vie de saint Corentia qui, dit-on, trouva dans sa fontaine de belles anguilles venues très à point un jour qu'il avait des visiteurs? ou bi"n le tout serait-il le résultat d'une peinture inspirée par le symbolisuie ancien du poisson, ligure de Jésus-Christ? L'artiste primitif aura peut-être voulu montrer ainsi que l'homme de Dieu vivait dans son désert tout occupé de méditer les mystères évangéliques. Puis, lorsque cette figure cessa d'être familière à des populations d'un autre âge, on aura cherché quelque aventure rez terre qui eu donnât l'explication matérielle.

La légende de smnt Néot, moine dans le comtt' de Huntingdon (31 juillet, 877), renferme un récit quchjiM' peu acceptable en comj)araison de celui-là, mais qui prend sa revanche par d'autres endroits. Du reste, cela nous vient aussi des pays celtiques. Trois poissons se trouvèrent également dans une fontaine pour le serviciî du saint homme, mais il lui avait été enjoint de n'eu prendre jamais qu'un à la fois. Moyennant cette précaution, le nombre ])rimitif persistait sans cesse. Malheureusement la consigne n'était pas connue de tout le monde; et le saint étant malade, un de ses disciples imagina de lui servir deux de ces poissons accommotlés chacun d'une façon particulière, pour que son estomac pût s'arranger au moins de l'un d'eux. Le reste du récit mérite d'être lu dans son biographe cité par les lîollandisles (A^. SS. JhL, t. Vil, p. 323, sq.).

Saint Petroc, autre saint celtique (abbé dans le Cornwal ; h juin, vi* siècle), donnerait encore lieu de soupçonner (pie le poisson avait un syuibolisme fort répandu chez les Celtes chrétiens. Selon ses biographes-, notre saint serait demeuré sept ans en pénitence volontaire dans une île de l'océan Indien; et chaque jour, à la même heure, un poisson lui était apporté par un ange pour nourrir l'ennite qui s'était généreusement abandonné à la Providence.

Sous le titre Clef, à propos de saint Mauiulle et de saint liENNON, j'ai indiqué de saints évèques qui passent pour avoir retrouvé les clefs de leurs cathédrales dans le cor|)s d'un poisson. J'en puis citer d'autres, comme SAINT Kgwin, évêque de Worcester ; H janvier, 720''. Pour se punir de la vie uiondaine qu'il avait menée à la

Kex Clioreiitini meiitum Admiratur.

Kex stupet gr^itiani Et Dei clemeiitiam, Tantamque potentiam Qu;u totam familiam Satiat per tertlaiii Natantis minutiam. Etc.

Sanctiis pie compassivus Coiniaonelur Chorentiniis Quod al) aquis sit remotus

Eremita pede claiidus.

l'rece sancti Cliorentini Prodit rivus fontis vivi, I.'ontis quidem iraprovisi; l'.t diviiKP plaudit laudi iMens exliilarala claudi. Cf. Fonlaine.

Anguilla fontis incola Dam capitur, comeditur; A dastnone corr.pilur Malefactor. Etc. »

-2. AA. SS. Jun., 1. 1, p. 401. C(.Calendar of anghc. Church, p. 277. :!. Caleiiiar. benelict., 10 \a.iiu'j.r. — CaUndar of tlie, etc., p. 22S.

POISSON

cour dans sa jeunesse, il s'était mis les fers aux pieds avec un cadenas dont il avait jeté la clef à la nier; comme engagement à rester ainsi garrotté jusqu'à la mort. Mais lanilis ([u'il revenait en vaisseau, d'un pèlei-inage fait à

Home dans cet élat, des gens de l'équipage prirent un gros poisson dans le ventre duquel la clef fut retrouvée.

1. Espana sagrada, t. XIV, p. :î3'J, 3 !•'.). Cf. Braatii, Martyrol. poetic, 5 octoln-is.

2. Louandre, Reime des Deux Mondes, janvier 1854, p. 319. — Une autre forme de cette légende, beaucoup plus précisée, est indiquée par les Bollandistes (AA. SS. Januar., t. I, p. 820, 815); et se lit dans les Moines d'Occident, t. III, p. 327.

Le saint voyant la un signe de la volonté divine qui anticipait le terme de sa pénitence , se dégagea des chaînes dont il s'était chargé volontairement. Nous pouvons donc répéter, comme attribuable à plusieurs par indivis, la graviu'e déjà donnée ailleurs pour un seul.

D'autres .sont remis de même en possession delà clef des fers qu'ils s'étaient imposés par pénitence. Ne seraitce pas au moins quelquefois une manière de faire entendre au spectateur que les regrets de ces saints furent bénis par le Ciel? D'autant que nous voyons bien des fois, dans le haut, moyen âge, de grands coupables délivrés de leurs chaînes au tombeau des saints qu'ils visitaient pour expier des crimes publics.

Saint Atilan {Atlilanas), évèque de Zamora; 5 octobiv, siècle. On lui attribue la renonciation à son évèché, et le jet de son anneau épiscopal dans le Douro, parce que les ravages des Maures dans son diocèse avaient rendu ses soins inutiles. Plus tard, un poisson du fleuve lit retrouver celle bague, et le saint honnne y vit un' averti.s.senient divin (|ui le rappelait à son bercail'.

L'antiquité classique nous avait cité des ^trouvailles curieuses ou menaçantes dues à la pêche de quelques poissons qui faisaient reparaître au jour des* anneaux perdus. Le moyen âge lui tient tête en cola, par exemple dans la légende de .saint Kentigern (ou Mungo), évêque en Ecosse (Cf. Cerf, p. 184). On raconte qu'une jeune épouse écossaise ayant laissé tomber sa bague de mariage dans la Clyde, son mari .s'imagina qu'elle l'avait livrée à quelque amant adultère. La malheureuse alla trouver le saint évêque, qui se mit en prières sur la rive du fleuve; et bientôt, dit-on, un saumon, tenant dans sa gueule l'anneau perdu, vint le déposer sur le sable*. Cela aurait passé dans les armoiries de la ville de Glasgow.

Saint Arnoui.u, évêque de Metz {Ci.Anurs, \). 72, sv.). Quelque chose de tout semblable aux récits précédents se trouve dans la vie de cet autre saint; il s'y agit au.ssi d'un anneau , mais de la Mo.selle, comme de juste. On dit que, laïque encore, il jeta sa bague dans la rivière, disant : « Je ne tiendrai pas mes fautes pour elîacées devant Dieu, s'il ne me fait recouvrer cet anneau. » Or, à quelques années de là, il le retrouva dans les entrailles d'un poisson (ju'oii lui servait^.

On attribue au.ssi un poisson ou la pêche à s.aint Zénon, évêque de Vérone (12 avril, 380). Mais ce monument est-il bien authentique? En tout cas cela se retrouve dans sa légende* ; et l'on peut y voir, si l'on veut, la pauvreté du saint homme obligé de pourvoir à sa subsistance en ppchant lui-même dans l'Adige. Toutefois,

3. Longueval, Hist. de l'ÉgJise gallicane, liv. IX, A. 625. — Vincent. Bellovac, Specul. liistor., xxni, 75 (p. 925, t. II). — Edm. I.eblant, Inscriptions chrétiennes de la Gaule, t. I, p. 020, sv.

l. Castus permanserat Zeno episcopus,

Scdens in lapide, piscans in Adise. "

Cf. S. Zenonis Sermnnes, odd. flV. Ballerini; p. cli, cxlviii, etc.

POISSON

comme à celle époque le symbolisme dt'S premiers siècles subsistait encore tel que nous le montre Tari des catacombes, je suis très-porté à croire que nous avons là une indication de la pêche apostolique comme dans plusieurs peintures ou sculptures primitives; ou du poisson qui représentait Notre-Seigneur, counne nous l'avons rappelé précédemment'. J'en reproduis deux exemples qui ont jiarn déjà dans l'édition de L'Heureux, en 1<sr)6.

L'un et l'autre, que l'on dilait avoir été connus par Raphaël ^ font allusion à la vocation des apôtres devenus pfcliPiirs d'hommes, ainsi que Jésus-Christ le leur avait annoncé (Matth. IV, 19) en appelant à lui saint Pierre et saint André, près de la mer de Tibériade.

Nous en pourrions donner bien d'autres exemples, mais ceux-ci suiîisent à notre sujet où il ne s'agit point

de répéter ce que de savants antiquaiies ont exposé maintes fois, et développent encore avec plus d'habileté f|U(' nous ne saurions le faire en quelques lignes. On ^

pourra du moins reconnaître ce qu'il était resté de cette vénérable tradition dans les premiers siècles du moyen âge, et comment le poisson (à titre de symbole de Jésus- Christ) aura joué un si grand rôle dans plusieurs anciennes légendes. Des clefs, des clochettes, des anneaux l'amenés au jour par cet animal, ne seraient-ils pas le souvenir d'une manifestation céleste quelconque, qui rappela vers son jieuple plus d'un évêque dégoûté de son ministère après des travaux longtemps infructueux'*?

Saint Malo., évêque en Armorique (Cî. Aveugles, p.lOC); etc.), disant la messe sur le dos d'une baleine. Voir p. 696.

Ce saint, dès son enfance, suivant les bretons, avait annoncé des dispositions très-marquées pour des navigations miraculeuses. On raconte par exemple, que s'étant endormi sur un banc de goémon, il fut emporté par le rellux; mais ramené à teire par les prières de saint 15)'andan son maître, ou les mérites du bienheureux petit garçon, (.'est un autre fait qui a donné lieu à la représentation (pie je produis au verso. Les Bretons veulent que dans une navigation prolongée, le saint se soil Iroiivi' en mer le jour de Pâques. Alors désirant pouvoir célébrer la messe, il se .serait fait débarquer sur une île qui se trouva n'être qu'une baleine'^. Il put cependant olfi ir le saint sacrifice sur ce pied-à-lerre singulier, sans trop d'accidents, si l'on en croit la légende''; et l'animal ne plongea qu'après la messe finie. Cela sendjle appartenir à la vieille histoire des voyages de saint Brandan (ou Brendaine) qui sont bien un peu suspects, mais dont on n'a pas absolument établi la fausseté*'. Les moines irlandais du haut moyen âge étaient coiniuspour des voyageurs infatigables par terre et par mer. L'Islande paraît en savoir quelque cliose; mais il est un peu hardi d'allirmer que les îles Canaries aient reçu leur \ isiie. Toutofois, d'après les narrations que je cite, saint Malo y aurait pénétré dès le V siècle; il y aurait même ressuscité un ancien habitant de cet archipel qui avoua le malheur des gens morts sans connaître l'Lvangile. De (pioi le missionnaire se serait servi pour convertir les survivants" ; et si peu certaine (pie fût cette

L J. L'Heureux, Ilagioglijpta, p. IXi, lliii; 11(1, sq. '2. Je n'ai besoin que de citer sa Pêche viiraculeuse et sa Vierge nu poisson.

'■i. On ne voit guère que ces légendes de poisson aient pi-is racine après le xi= siècle, et peut-être niènie celles qui descend(uit si bas (dans le temps) sont-elles un écho de récits antérieurs, ("est que l'ixOù; perdit de bonne heure son sens primitif chez les poi)uIati()us du moyen âge qui n'avaient plus besoin d(^ mystère pour exprimer- Uw croyance. Mais, soit souvenir encore persistant, soit ell'et d'un certain pi-dantisme pieux, nous en trouvons la trace dans l'invention qui fait découvrir à Charlemagne les yeux du pape Léon III dans le corps d'un poisson; à raison de ([uoi la guérison du souverain pontife devient surtout l'œuvre du saint empereur.

l'eut-ètre pourtant que cliez les moines celtiques une certaine affectation d'archaïsme mystique et l'habitude de la pêche (surtout au saumon, dans l'Écosse auprès des côtesj aura multiplié les narrations de ce genre. On en pourrait citer bon nombre que j'ai omises, mais qui ne forment pas des caractéristiques saillantes, du moins

IKiur nos temps modernes. D'ailleurs la légende, une fois rfçue pour quelques-uns, a bien pu passer à d'autres par une sorte d'emprunt qui n'est pas très-rare; les panégyristes prétendant mainte fois que leur héros ne soit inférieur à nul autre.

i. J'ai donné dans les Mélanges d'Archéologie (t. 111, p. '251-257) l'analyse des récits du moyen àje sur la baleine. On peut voir à ce sujet d'autres renseignements dans la Revue britannique, attribués ;iu Kraken ( 1835, juin, p. 2U9-272 ), niais évidemment nés delà même origine. *

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