‹ Caractères et récits du temps: La garde mobile. La comédienne CornéliaChapitre 18 sur 21 · LES SOIRÉES DU BORD). S · texte numérisé non relu

LES SOIRÉES DU BORD). S

l'exécution de Fabomînable loi dlsraël. Jésus fait cette immortelle réponse que vous savez, et continue, dit l'Évangile, à écrire sur le sable.

Croyez-vpùs qu'il n'y ait pas un sens caché dans cette rêverie divine qui ne s'interrompt même pas? Le christianisme, j'en suis convaincu, a de mystérieuses indulgences pour tout ce qui vient de la source où il puise le charme de ses plus douces et de ses plus conquérantes paroles. Quand je vois Madeleine prosternée aux genoux du Christ et essuyant de sa chevelure les pieds du divin maître, il me semble que je saisis un symbole. Celui qui a été ici-bas l'image adorable de l'amour céleste a permis qu'il y eût à ses pieds une place pour l'amour né de l'humanité. Seulement il a voulu ce terrestre amour non point comme l'adorait l'antiquité, radieux, triomphant, ivre de lui-même ; il l'a voulu humilié, repentant, versant des larmes. Docteur, je vais vous dire ma per^sée : si elle n'est pas celle d'un théologien, elle est celle d'un homme qui lit et qui aime les livres saints. Je crois qu'il y a un genre de faiblesse qui ne trouve pas grâce devant Dieu : c'est précisément le vice tel que le glorifient les philosophes, qui se dit maître des hommes de par la chair, et justifie par une fausse maxime tout acte dépravé ; mais la faute humble et douloureuse qui s'accuse au lieu de se justifier, qui se présente à Dieu comme la pauvre créature qu'amenaient devant lui les pharisiens, escortée de la confusion et du repentir, celle-là, j'ensuis

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sûr, est souvent absoute, et quand elle est d*rae«e»» taine nature, peut-être emporte-t-elle en se retira&t plus que la miséricorde du divin juge.

— Mon cher Plenho , repartit le docteur, vous auriez pu être confesseur de Louis XIV, car je trouve à vos homélies quelque chose qui ^nt terriblemeat tes maximes des jésuites.

— Je respecte infiniment ^ fit Plenho, la société de Jésus ; mais 4eues , docteur, pour en finir avee ce qm me regarde, puisque vous m*aecusez de vous parler ^ jésuite, je vsds vous parler en zouave. Je réfléchis m peu ; mais comme, après tout, une balle peut me casser la tête d'un moment à TautJ^, je trouve qu*il est inutile de me trop fatigua le cerveau. La plupart de mes soldats entendent très-vdontiers un bout de messe et même la messe tout entière; cela ne les empêche pas de se donner un coup de sabre et d'avoir sur les bras des cœurs enflammés. Je puis fort t»en avoir quelques traits de ressemblance avec eux. Vous me trouverez inconséquent; vous autres démocrates, vous ne devriez jamais parier d'inconséquence. PrstiqueE l'égalité, la fraternité, la tolérance, seulement eonynd nous pratiquons la religion. Je crois, du reste, qu'A peut être pardonné aux gens de guerre plus de dioses qu'aux gens de plume ou de parole, à tous ceux enfin qui veulent bien être l'intelligence de la patrie, mais ne veulent pas en être la peau. J'ai fait une fois six lieues en cacolet avec une balle entre les côtes. Une

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us SCHRÉBS DV BORDI. * 286

4e ces lîèvree que le troupier ^nporte toujours comme un souvenir de l'Algérie s'était jointe à ma blessure. Je vous jure , docteur, que , si j'ai péché , J'ai expié ce jour-là bien des fautes. Je crois volontiers à Tutilité des souffrances pour notre salut. Si mes idées sur 4e duel et l'adultère sont coupables , j'espère que quel- (|ues os cassés me les feront pardonner; nos douleurs «sont nos patenôtres. •— ËtPlenhe se leva eto entonnant -ceK8frainac»n&iii

Et allez donc, sonnez^ 4rompeU«si £t allez donc, ^nnez, clairons I

Bien des braves , à ce refrain-là , ont fait joj^usement leur dernière étape. "

ÏV.

TROISIÈME SOIIIÉE. — BtE l'ëSPAIT HfiMTMRE.

,tJne des thèses favorites du docteur était la dégradation de l'état militaire tel que Ta fait notre société. Il attendait avec impatience, disait-il souvent, le moment où il cesserait de vivre parmi les suppôts de tous les pouvoirs, car enfin, s'écriait-il le soir même ou il eut avec Plenho sa dernière conférence, voire système de soldats qui ne doivent point raisonner nous conduit à servir indifféremment le bien et le mal, le juste et l'injuste.

— L'armée, repartit Plenho, est comme l'Église; elle rend à César ce qui appartient à César. S'il en est ainsi , direz-vous , il n'y a pas de gouvernement monstrueux qu'elle ne puisse soutenir. Cela n'est pas, car il y a des moments où César, c'est-à-dire tout principe d'ordre et d'autorité, disparaît du monde. Dans ces moments, l'armée n'a plus de rôle politique; elle cherche son mot de ralliement autre part que dans la loi capricieuse, éphémère et avilie qui gouverne la société. Ainsi , pendant la révolution , ce fut la patrie seule que défendit l'armée. Les hommes à bonnets rouges et à piques qui s'en allaient dans les prisons « recruter des ombres, » comme dit André Chénier, n'aMJpnt rien de commun avec les braves qui enclouaient les canons ennemis. Notre uniforme a traversé sans tache cette période infâme; j'en remercie Dieu, car, depuis que le froc a disparu, l'uniforme est le seul habit, suivant moi, sous lequel puisse battre un cœur où vivent encore de saints enthousiasmes et de nobles mépris.

Mon cher docteur, je ne vous ferai pas la confession de René à Chactas , quoiqu'en vérité ce ciel transparent , cette vaste et tranquille nature , tout ce spectacle enfin qui nous entoure et dont nous faisons nousmêmes partie puisse porter à l'expansion une âme plus renfermée que la mienne ; mais depuis longtemps Forgueil du siècle m'a gâté les confessions, et si jamais maintenant je laisse échapper de ma bouche les secrets

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