PAON. — PAPAUTÉ
oiseau, il est utile de savoir quel symbolisme on lui avait jadis prêté. Un dire de l'antiquité, accepté par les temps chrétiens, accordait à la chair du paon le privilège de ne pas se corrompre; et donna lieu de le choisir pour emblème de .l'heureuse immortalité. Kn conséquence, le paganisme l'avait adopté comme symbole de l'apothéose '.
Je n'ai pas dissimulé ailleurs le pou de sympathie que j'éprouve pour les allégories modernes. Je ne veux donc pasm'occuper ici du paon que les graveurs, flamands surtout, ont employé comme symbole de vanité mondaine auprès d'une femme parée à la mode de Marie de Médicis.
Saint LreoinE , évêque du Mans (Cf. Caillou, p. 156). Un représente quelquefois près de lui un paon. C'est que, dit-on, lorsque l'on transportait ses reliques du Mans à Paderborn (en 836), un paon vola devant ceux qui portaient son corps, comme pour leur indiquer le chemin. On prétend que de là était venu l'usage de porter une queue de paon à la procession de Paderborn le jour de Saint-Liboire. Mais ne serait-ce pas une légende imaginée pour expliquer l'antique usage de l'éventail (flabellum) liturgique, usité encore à Rome pour les cérémonies papales, et dont on ne connaissait peut-être plus la fonction- en Allemagne, quand la légende fut rédigée dans son dernier état ?
Saint Guntfier. Cf. Mets, p. 556 ; Ermite, etc.
Sainte Barbe, vierge et martyre (Cf. Artillerie, p. 86). Le xv" siècle allemand lui met souvent à la main une plume de paon en manière de palme. Je ne saurais dire si c'est une fantaisie locale, ou si l'on aura voulu exprimer par là que cette sainte était invoquée pour éviter la mort, du moins la mort subite (Cf. Calice); le paon ayant été jadis un symbole de vie longue, ou même d'immortalité ^ Mais j'en reparlerai sous le titre Plume.
Ajoutons que les artistes du même pays, vers cette époque (par exemple Van Mechenem), sèment des yeux sur les grandes plumes des ailes de l'ange Gabriel en représentant l'Annonciation. L'on pourrait croire qu'il
s'agit de lui donner des plumes de paon ; mais j'y soupçonne l'intention moitié naïve, moitié pédantesque, de rappeler l'ancien usage byzantin qui caractérisait les Chérubins par un semis d'yeux sur leurs ailes {itau;piu.aTa XifcuÊifA). Cf. Yeux, etc.
PAPAUÏK (Insignes de).
Tout ce que nous pourrions dire à cet endroit reviendra aussi bien sous le mot Tiare; renvoyons donc à ce titre où nous ferons intervenir également les faits historiques qui réclament la présence d'un pape dans la vie de quelques saints. Mais voici saint Mellon (Melon, Mellonus, Mallonus, Mello, Melanius?) premier évêque DE Rouen (22 octobre, v. 2H), qui aurait dû être mentionné ailleurs; et dont les caractéristiques trouveront absolument leur place convenable ici.
Sa vie prête à bien, des didicultés, et ne laisse pas que de contredire quelque peu ceux qui veulent faire de saint Nicaise ( ou Mgaise ) le fondateur de l'évêché rouennais (CL Dragon, p. 316). Mais les zélateurs de ce dernier auront à éclaircir leur théorie avec les Bollandistes anciens et modernes*. Quant à saint Mellon (ou Melon), sa légende le donne comme natif de la Grande- Bretagne; et l'on veut que païen encore, il se soit rendu à Rome du temps de saint Etienne pape. Là il aurait été converti par un sermon du souverain pontife , et ordonné prêtre. Un jour qu'il disait la messe, le pape vit un ange qui apportait un bâton pastoral ; et sur cet indice, il le sacra évêque avec mission de convertir les peuples de la II" Lyonnaise (Normandie actuelle). Melon se mit en chemin, portant cet insigne de sa mission; et guérit sur sa route, avec cette crosse quelconque, un malheureux qui s'était fendu le pied d'un coup de hache". D'autres merveilles sont racontées de lui, mais qui sont communes à plusieurs saints. Contentons-nous d'avoir remis en lumière un des apôtres de la France qui est aujourd'hui beaucoup trop ignoré, sauf peut-être à Pontoise, où l'on vénéra longtemps ses reliques; et où son
1. Cf. Boldetti, Cimiteri , p. 3(il. — I.'llciii'cus. llayiorjhjpUi. p. 1-27, 20r>, iVi. — Etc.
2. Le P. Aitluir Martin se proposait de pul)licr im vieux (labelliim de Toiinius, qui nous aurait donné l'occasion d'expliquer l'emploi de cet instrument presque oublié de nos jours dans les cérémonies ecclésiastiques. Je ne sais si la vie et la santé me permettront de donner suite à co projet de mon ancien collaborateur.