‹ Caractéristiques des saints dans l'art populaireChapitre 402 sur 589 · RÉBUS · texte numérisé non relu

RÉBUS

A propos de Calembour et de Calendriers usuels, on aura compris sans doute qu'il fallait s'attendre à quelques espèces d'énigmes ou charades plus ou moins ingénieuses, dans la branche d'art populaire qui nous occupe. L'artiste ayant charge de parler aux yeux de ceux-là mêmes qui ne savent pas lire, peut se trouver conduit à croire

noinesses; mais à sa fondation, n'étaient-ce pas des bénédictines? 1. Cf. Henr. Cocus, Kalendar. perpetuum, 1590, in-folio.

RÉBLS.

que le ciseau ou le pinceau suflisent pour tout exprimer sans avoir besoin de l'alphabet. Cette prétention a laissé des traces plaisantes (ou même baroques) dans l'histoire des arts du dessin*, et l'hagiographie en a ressenti les atteintes. Les titres Oies, Ours, etc., nous ont montré qu'un peu d'interprétation demande place dans l'intelligence des attributs donnés aux saints. Rappelons aussi ce qui a. été dit (p. 1Z|0) sur le bœuf de sainte Frideswide, et (p. /i06) sur la faucille de sainte Sidwell. Je pourrais citer encore la main surnuméraire prêtée à saint Mein (p. 537), etc. Mais comme les rébus picards ne sont que trop connus, il importe d'insister sur l'usage qu'on en a fait en Angleterre (peut-être même ailleurs). L'auteur du Calendar of llie anglican Church- en donne un exemple assez curieux dans la peinture de saint Olate où ce roi porte quelque chose comme un gros gâteau ou pain orné (whole loaf); ce qui prétend équivaloir à une inscription, et signifier Olof (Holofius, Olaf).

Cela suilirait absolument, pour qu'on ne soit pas trop ahuri à la rencontre do faits analogues. Je prétendais surtout annoncer qu'on peut s'y attendre, et ne voulais pas rassembler à plaisir des curiosités que leur réunion même eût fait tourner au burlesque pour les esprits de nos jours.

Je ne sais trop si je puis y joindre la hallebarde de SAINT Hallwahd {Hulptcardus, Haluardus, etc.; 14 mai ou29juillet,1028). Cette arme peut être prise pour hache de guerre, et partant caractériserait absolument un prince guerrier. Aussi la voit-on parfois entre les mains de saint Olave. Cependant, hallebarde et guisarne ou pertuisane étaient usitées, au xv"^ siècle et au xvi% môme pour les commandants d'infanterie. Elles ne suggéraient donc guère l'idée de chercher un sens secret sous le premier aspect de la représentation.

Une consultation qui m'était adressée ces jours-ci, me conduit à soupçonner que le pédantisme de la Renaissance n'aura pas dédaigné cet enfantillage, sauf à l'af-

fubler du manteau classique pour n'être entendu que des raffinés ; car il ne s'agissait plus alors chez certains lettrés de se faire comprendre par les bonnes gens, mais bien plutôt d'imaginer un langage réservé aux doctes. Notre langue en a gardé l'empreinte profonde, malgré les railleries de Rabelais et autres.

Voici en particulier de quoi il est question pour le moment. Henri Estienne, entre autres espiègleries calvinistes contre les papaux, prétend que saint Yves (Yve) DE Tréguier (Cf. iyocat, p. 607; etc.) est d'ordinaire représenté avec un chat; parce que, dit-il, cet animal symbolise les gens de loi (en quoi une fable de La Fontaine pourrait passer absolument pour preuve quelconque) '. Naturellement la légende serait venue à l'appui des artistes , et tracerait un rôle intéressant au chat de notre saint (ce dont j'avoue n'avoir jamais rencontré les vestiges). Au cas oii quelque peintre, sculpteur ou graveur, par amour du pittoresque, aurait montré le chat domestique pelotonné aux pieds de son maître qui dépouille attentivement ses sacs de procès, et supposé même qu'un légendaire eût traduit la scène en une intervention quelconque de chat ; on ne voit guère quelle atteinte sérieuse pourrait rejaillir de là sur l'Église, qui n'a pas coutume de garantir les récits des légendes.

Que serait-ce donc si quelque érudit plus ou moins jurisconsulte (comme Gentieu Hervet, par exemple) avait prétendu faire exécuter pour l'élite de la bazoche une estampe du patron des avocats? Le père de saint Ive s' appelant Hélory, un chat (âiXiupc; ; au nominatif pluriel xluri sous forme latine, si c'était une chatte avec ses petits) pouvait rappeler le nom patronymique du saint ; et aveuglé par l'envie de faire pièce aux catholiques, l'auteur du Tiiesaurus grxcœ lingux n'aura-t-il pas pris un rébus grec pour superstition papiste ! Bien des scandales pharisaïques n'ont pas meilleur fondement, mais comment plaindre la mésaventure d'un moqueur qui ne fait rire que de lui en voulant berner les autres!

I . Ce serait un graad abus du mot ypiçEiv, employé par les peintres grecs pour exprimer l'œuvre du pinceau ou du crayon , comme par les écrivains pour le tracé des lettres; et de fait les artistes de l'antiquité ont l'air d'avoir connu le rébus, s'il faut en croire certaines historiettes mal accueillies par M. J. P. Rossignol {Trois disserta' tiims..., l'aris, 1802, p. 171-182). 11 y en a du reste quelque autre exemple qui importe assez peu ici.

Mais j'ai eu l'occasion [Mélanges d'Archéologie.,., t. I, pi. Xlv;et p. 249-2.'>7 ) de faire voir que le moyen âge avait parfois beaucoup trop exagéré la sphère d'action permise & la peinture par les lois suprêmes du bon sens. Il s'en pourrait trouver un autre exemple plus abordable, dans le Psautier du comte Henri de Champagne, conservé àTroye» {C(. Portefeuille archéologique de (a C/iampoone, Miniatures, pi. it). C'est un produit du mf-nie préjugé, si ce n'est de la même école; et l'on y aperçoit égalcmi.'ut la prétention d'arriver à une «orte de ptnnture phonétique pour les giMis illettrés.

2. Oxford, \iit>\; p. 207, sv. Je cite volontiers ce livre, parce que son laborieux compilateur y uioutru cnnstanimenl un respect remarquable pour les souvenirs du temps passi', tout en ayant l'air de ne s'adresser qu'aux anglicans. Hais l'Kglisc anglicane, chez ses érri- Tkin» sérieux , donne sonrcnt cettu leçon à plus d'uo catholique;

étant, comme on l'a dit n la moins déformée, parce qu'elle est la moins réformée. » VValtcr Scott, par ses coups de patte fréquents contre rKglise, songeait probablement i se faire pardonner en Angleterre le srolisme jacobitc ou puritain qui servait de pivot à ses principaux ouvrages; et en Ecosse, son peu de rancune contre les Hanovriens. Hauçon un peu normande, payée aux partis dominants sur le dos des opprimés . Homme de loi (greffier en chef, et fils d'un writer to the signet), il savait que « les battus payent l'amende. » VcB viclis! Le mot est vieux. Qui vise à la popularité se trouve forcé de dire quebiuefols en jetant les yeux sur ses claqucuis : « Il faut bien <|ue je marche à leur suite, puisque je suis leur chef! » C'est une excuse assurément, mais non pas 'preuve de beau caractère; car je ne puis croire que la conviction y soit pour grand'chose. Des préjugés se comprennent ; mais, quand il s'agit de les exprimer |)ar écrit public, nu devrait d'abord bien les soupeser. 'i. hi:s Catalans disent :

fl Asi usta ol paguïi entre dus aiivocal^ Cornu el pagel utitru dus gaU. »

Mais j'ignore si la France a jamais eu loculiOB semblable. McItOQS pourtant que ce soit vrai, sur l'attestation pure et simple d'Henri Estieune qui aurait mieux agi en donnant ses preuves.

RELIGIEUX. — HENARU.

HELlGIEtJX, MOINES, etc.

A propos des Costumes ecclcsiasliqucs, on a trouvé plusieurs détails qui dirigeront au besoin sur la forme (sinon sur la couleur) des vêtements par où se distinguent les divers ordres religieux. Mais au moyen des gravures disséminées dans notre volume, on pourra se renseigner un peu mieux. On trouvera, par exemple, les BÉNÉDICTINS à l'article Corbeau\ Banderole, Barque, etc.; les Bénédictines, au mot Fiole, Rat, etc.; les Chartreux,

Saint Filiï de Valois.

à Branche d'arbre, Lampe, etc. ; les Cisterciens, sous le titre Croix à la main. Bannière, etc. ; les Dominicains, aux

1. En cet endroit, le s.-)int fondateur porte un ('norme capurlion qui n'était guère en usage que dans les pays du nord. Do munie, Il lui tombe des (épaules par devant une sorte de draperie qui por- »*it, je crois, le nom de patience dans les provinces d'.illemagne.

mots Ailes, Auréole (soleil), Feu. Li% etc.; les Dominicaines, au mot ^nc»-e. Lance, Ville; les Franciscains (sauf distinctions indiquées ailleurs), sous le titre Apparitions de l'enfant Jésus, Auréole, Plaies, etc.; les Tiunitaires auront ici leur fondateur, saint Félix de Valois, que nous avons réservé pour cet endroit lorsque nous parlions de son cerf. Pour leS Caiimes, voir p. 606.

Les Pîcres de la Merci sont figurés à l'article Bouche et Cloche ; les Minimes, au mot Scapulaire ; les Capucins, sous le titre Besace et Tcle; les Jésuites, aux mots Chijfre, Mure, Eucharistie et Poitrine; les Hospitaliers de Saint- Jean-de-Dieu, aux articles Corde, Fruits; les Servîtes, sous le titre Couronne (p. 269). J'en oublie peut-être quelques-uns, mais cela fait déjà un certain nombre d'indications qui ne laissent pas d'avoir leur valeur.

Les CLERCS RÉGULIERS sont encore vêtus, à peu de chose près, comme l'était habituellement le clergé dans presque toute la chrétienté latine du xvi= siècle. Les différences ne portent guère que sur le collet de la soutane qui laisse plus ou moins voir le linge autour du cou. De là vint le rabat qui n'a que faire ici , attendu que les honneurs de la canonisation ne semblent pas encore avoir atteint un seul des personnages qui l'ont porté.

Les Passionistes ont sur la poitrine un cœur avec les mots : Passio Dhi Jesu Chrisli.

Les clercs réguliers de saint Camille de Lellis ne se distinguent guère des Théatins et des Ligoriens, que par une croix sur le manteau et la soutane, du côté droit de la poitrine.

Sous le litre Possédés (p. 704), à propos de saint ïhéotonius, j'ai donné une indication quelconque du costume des chanoines réguliers. Cf. infra, p. 731-

RELIQUAIRE. Cf. Chaise^ RENARD.

Saint Genou [Genulfas) évêque, retiré en Berry; 17 janvier, ni" siècle. Un renard qui était venu s'approvisionner parmi les poules du saint homme, fut obligé de rapporter sa proie; puis mourut en passant devant l'église. Depuis lors, jamais renard ne se hasarda de recommencer en ce lieu *.

Saint Magnus, abbé de Fuessen. Cf. Ours, etc.

Saint Hervé, aveugle. Ce que nous avons dit de lui au sujet d'un loup, a été mis quelquefois sur le compte d'un renard. Mais ce peut bien être l'effet de deux récits différents qui ne se rapporteraient pas au même prodige'. Le fait est que, selon ses biographes, il aurait obtenu en priant Dieu , qu'une poule lui fût rapportée vivante par le renard qui s'en était emparé.

Cela iie semble pas avoir é:é en usage chez les Bénédictins français.

'i. AA. SS. Januar., t. Il, p. 88.

3. Vie des Saints de ta Bretagne annoriqite, p. 316, 321; et cidessus, p. 030.

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