HÉRÉSIE, HÉRÉTIQUES
Comme pour les persécuteurs ou les adversaires quelconques (philosophes païens, essais de séduction doctrinale ou autres) surmontés par les martyrs, l'on a bien des fois placé sous les pieds d'un saint personnage le chef de l'hérésie qu'il a combattue et domptée. Les Flamands surtout semblent avoir aimé cette représentation; ils placent volontiers sous le martyr ses persécuteurs ou ses bourreaux, voulant ainsi indiquer que la victoire a fini par appartenir à celui qui semblait être la victime. A vrai dire la statuaire des cathédrales gothiques avait employé souvent cet attribut, qui n'est pas toujours facile à comprendre; mais la Flandre l'a singulièrement multiplié par la gravure.
Ainsi l'on voit saint Norbert foulant aux pieds Tanchelin (ou ïanchelm), dont il renversa l'tKuvre à Anvers ; saint Augustin en fait autant pour les pélagiens, les manichéens et les donatistes; saint Bernard, pour Abailard et Gilbert de la Porée; saint Dominique, pour les Albigeois; saint Thomas d'Aouin pour Averroès; etc. Les costumes donnés à ces hétérodoxes sont quelquefois si hétéroclites qu'il n'est pas aisé d'y reconnaître les gens que l'artiste avait en vue; mais on a supléé quelquefois à cette cause d'erreur en leur donnant un livre dont le titre indique la doctrine propagée par ces mécréants, ou l'ouvrage qui la renfermait. Cf. Personnages foulés aux pieds.
Cette indication générale doit suffire pour qu'on puisse voir clair dans bien des cas où domine l'intention que je viens de signaler. Par exemple, l'hérésie aura été représentée avec quelqu'un des traits plus ou moins arbitraires qui caractérisent les personnifications d'une idée abstraite ; en quoi les peintres et les sculpteurs modernes ont souvent plus de bonne volonté que de bonheur. 11 peut cependant être utile d'indiquer quelqu'une des formes imaginées pour rappeler certains faits qui mettront sur la voie de l'interprétation historique. Ainsi sous les pieds de l'un des martyrs de Gorcum (9 juillet, 1572) : Nicolas Poppel, Léonard van Vechel, Adrien van Beek, ou autres, on voit un personnage terrassé qui est mordu par un chien. C'est le farouche Guillaume de Lamarck comte de Lumai (Lumnen, ou Lumey), qui fut l'auteur ou lo protecteur de l'abominable boucherie où périrent les dix-neuf serviteurs de Dieu. Retiré fort tran-
Sacro plénum pabulo extrahunt amentes. •
Hakonis prœsentiœ Magnus prajsentatur, Sitit agni sanguinem lupus fere satur; Protulit sententiam ut morti tradatur, Et lictort traditur ut hune {fianc?} exequatur.
Favus slillans frangitur, mellis dans dulcorem ; Mala quaeque fugiunt cujus per odorera : Surdi, muti precibus Magci reparantur; Claudis datur sanitas, leprûsi mundantur. Etc. »