PERSONNIFICATIONS D'IDÉES ABSTRAITES OU DE PHÉNOMÈNES NATURELS
Sous le titre Allégories, Animaux emblématiques, Femme, Hérésie, etc., j'ai laissé voir que l'invention de personnages allégoriques ne me semblait pas devoir
être beaucoup encouragée dans la pointure des saints. La fin du moyen âge et la renaissance n'ont pas toujours été de cet avis. Il faut donc tenir compte de plusieurs
I. On peut voir au Louvre le tableau de Benozzo Gozzoli (n° 72). Hais saint Thomas n'y est qu'assimilé au Stagyrite et a Platon. Celui qu'il terrasse est Saint-Amour, l'ennemi des Réguliers.
A vrai dire, Aristote fut l'objet d'une grande tendresse pour plusieurs saints personnages du moyen âge, qui avaient pris l'habitude de l'entendre appeler (< Matlre. Toutes les écoles n'étaient pas néanmoins du même avis autant qu'on a bien voulu le répéter, mémo dans des ouvrages où l'on se piquait do s'y connaître. Quoi qu'il en soit, une vie du B" Boniface évêque de Lausanne CAA. SS. Februar.,
représentations puisées à celle source assez peu recommandable ; et si ce n'est pour les imiter (à quoi je ne pousse pas du tout), ce sera du moins pour tâcher de les entendre lorsqu'elles ne sont pas trop alambiquées ou trop insolites. Ce que j'en ai dit ailleurs me semble suffire pour atteindre ce but.
Mais il ne faut pas oublier que le haut moyen âge, à la suite des Grecs et de l'école classique, employait bien des fois la personnification des éléments1, des contrées ou peuples, des astres, etc., comme on peut le voir dans cette miniature tirée d'un évangéliaire de Bruxelles qui semble avoir appartenu à la cathédrale de Brème. Le soleil et la lune s'y voilent la face pour exprimer l'éclipsé qui accompagna la mort du Sauveur.
PESÉE DES AMES. Cf. Balances (saint Michel). PHÉNIX.
L'oiseau unique et immortel que l'antiquité préconisa sous le nom de phénix, n'a pas trouvé grand accueil dans l'art du moyen âge. Les littérateurs et les savants sont presque seuls à le rappeler alors; et quand la sculpture des premiers siècles chrétiens veut nous le remettre en mémoire, elle lui donne à peu près la tournure du paon. 11 peut être bon toutefois de faire observer que dans ce qu'on appelle l'art des calacombes, la représentation du phénix se rencontre çà et là comme accompagnement de saint Paul. On le voit dans ce sarcophage d'Arles (p. 685), où nous n'avons à faire observer pour le moment que le trône de Jésus-Christ accosté des deux princes des apôtres. Ces deux personnages accessoires (au centre) seront facilement reconnus d'après un autre bas-relief indiqué précédemment (Cf. Groupes, deux à deux; saint Pierre et saint Paul). Mais ici, nous retrouvons derrière saint Paul le palmier surmonté d'un oiseau (Cf. Agneau, p. 21). C'est que phénix et palmier avaient le même nom en grec ; et par suite de cette assimilation', le symbolisme chrétien réunissait volontiers l'un et l'autre emblème pour signifier perpétuité*. Puis donc que saint Paul, dans nos vieux monuments, rappelle d'ordinaire la substitution des Gentils à l'ancien peuple de Dieu (les Juifs), contrairement à saint Pierre qui représente surtout les premiers fidèles marqués de la circoncision, il résume la principale idée de l'Église. Celle-ci a des promesses que n'avait pas la Synagogue ; elle doit englober toutes les nations, et durer jusqu'à la fin des temps (Matth. xxvm, 20). H
t. III, p. 154) raconte que le saint prélat s'était pris d'amour rétrospectif pour le malheureux précepteur d'Alexandre le Grand ; et qu'il eût bien désiré l'arracher aux flammes de l'autre vie, s'il y avait moyen. Comme il s'y intéressait plus que de raison, une voix céleste interrompit sa prière, disant : « Ne t'en occ:ipe plus, ce n'est pas lui qui a enseigné ma loi. Etc. »