TIARE ET PAPAUTE
dans l'art du christianisme. En voici un nouvel exemple d'après les vieux vases de verre à feuille d'or incisée1, où il s'agit de l'un des jeunes Hébreux exposés aux flammes dans la fournaise de Babylone. Cf. Four, etc.
Quant à l'insigne pontifical qui a conservé chez nous jusqu'aujourd'hui le nom de la tiare antique dans les usages modernes, il pourrait prêter à beaucoup de détails qui n'entrent pas nécessairement dans notre sujet. Vers quelle époque la tiare papale reçut-elle les trois couronnes qui la décorent aujourd'hui et l'ont fait nommer triregno? Cela est-il antérieur ou postérieur au pontificat de Boniface VIII ou de Clément V? Question qui n'importe point à mon ouvrage actuel, où j'ai bien d'autres difficultés à éclaircir; sans trop entrer dans les discussions de curiosité pure, ou sujettes à débat*. Il y a des travaux qui peuvent renseigner à ce sujet.
Ajoutons que la tiare est souvent employée par les artistes pour désigner le Père éternel ou même la personnification de l'Église, parce que c'est l'indice de la plus haute dignité qui soit au monde.
Les évêques de Bénévent, comme suffragants privilégiés du souverain pontife, ont eu la prétention de porter la tiare ; mais je ne saurais dire si aucun monument sérieux peut être cité à l'appui de ce droit qu'ils voulaient s'arroger.
Le moyen âge donne quelquefois la tiare au prince des prêtres juifs; mais la plupart du temps il se contente de la mitre, comme expression du mot latin pontifex. En conséquence, Aaron se rencontre plus d'une fois avec l'un ou l'autre insigne, mais beaucoup plus souvent avec la simple mitre épiscopale.
La croix à trois branches, que l'on appelle papale,
1. Cf. Garrucci Velri ornati di figure in oro, tav. III, n" 8, 9, H. Je me suis servi d'un calque exécuté sous la direction du P. Arth. Martin, avant la nouvelle édition romaine.
2. Cependant, pour ne pas omettre entièrement un fait qui a son importance, renvoyons à l'opuscule du cardinal Garampi qui a pour titre lllustrazione di un antico sigillo délia Garfagnana, p. 89-118. Cf. G. B. De Bossi, Bullettino, 1804, p. 3.
3. J'en ai dit quelque chose ailleurs (Mélanges d'Archéologie, etc., t. I, pi. xxxii et p. 229, sv.).
i. Une hymne [Os, lingua, tnens, sensus, rigor) en son honneur, dans un manuscrit de la bibliothèque d'Amiens (n° 132), dit de lui :
mais que le pape ne porte jamais, est une invention des artistes. De ce que les patriarches d'Orient tiennent souvent en main une croix à deux branches ou même à trois, laquelle est tout simplement un usage grec pour indiquer l'inscription (I. N. R. J.), les bras proprement dits et l'escabeau qui supportait les pieds de Notre-Seigneur', l'on a conclu qu'il fallait aux souverains pontifes quelque chose d'au moins aussi distingué. Cela était fort gratuit, mais prenons-le comme à peu près admis dans un grand nombre d'estampes.
La chape, et surtout la chasuble avec le pallium.sont des ornements beaucoup plus authentiques de la dignité papale, comme couronnement de la hiérarchie chrétienne. Mais encore une fois, nous n'avons pas en vue de discuter ici les questions précisément liturgiques ou de haute antiquité. Sous peine d'être interminable, notre livre doit supposer connu ce qui appartient à des sujets où l'hagiographie n'est pas immédiatement en cause.
Après ces préliminaires quelconques, il peut être utile d'introduire sous le titre actuel divers saints qui sont représentés devant un pape, ou qui ont un certain droit à quelque insigne de la papauté. Mais encore faut-il y mettre de la modération, sous peine d'avoir à rédiger une liste tellement considérable que l'utilité de cette caractéristique s'évanouirait dans la quantité même de ceux qu'elle serait censée faire reconnaître. Aussi avonsnous déjà préludé au présent article sous le titre Papauté, auquel le lecteur se référera, s'il veut.
Saint Pierre Célestin (Cf. Colombe, p. 2Z|0; Démon, etc.). A cause de sa renonciation à la papauté, on le voit souvent en costume de célestin, ayant à ses pieds la tiare, sur un bras la chape, et les clefs dans la main gauche4. Ailleurs, surtout dans les vieilles estampes, le saint tient la tiare par le sommet, comme s'il voulait la poser à terre (la déposer).
Saint Pamphile, évêque de Corfinium (dans l'Abruzze); 28 avril, vne siècle. Mandé à Rome par le pape Sergius près duquel des calomniateurs l'avaient desservi, les miracles le justifièrent mieux que n'aurait pu faire une plaidoirie contradictoire, et il fut congédié respectueusement pour reprendre possession de son siège5.
Saint Richard, évêque d'Andria ; 9 juin, ve siècle. Venu d'Angleterre à Rome et déjà prêtre, il fut accueilli par le pape saint Gélase qui lui confia le siège d'Andria dans la Pouille.
f Ea propter monacliatus Capa vilis
Sibi stratus Facta pilis,
Fuit gratus Non subtilis
In quo diu vixerat, Purpurous habitus
Plusquam dignitas papatus ;
Quem paratus, Rudes cibi
Non arctatus, Certe sibi
Sponte resignaverut. Placuerunt penitus. •
u. Brautii Martyrolog. poelicum :
« Pamphilus a summo pastore citatus in Urbem, Virtutum signis justincatus adest. , Cf. Hagiotog. ilalir., t. I, p. 227.
TURE. — TOMIIKAU.
Le B1 Augustin de Gazothis dominicain, évoque do Zagrab (Cf. Oiseaux, p. 58f>: etc.)- Baisant la main du pape Benoît XI. Il était innndô à Rome pour y être sacré évoque; et lorsqu'il baisa la main du souverain pontife un se présentant devant lui, celui-ci se sentit à l'instant délivré d'une douleur qu'il y éprouvait depuis longtemps'.
Saint Alpert (ou Albert) de Tortone; 5 septembre, fin du xi* siècle. Prêtre et moine, on l'avait déféré au souverain pontife pour une faute qui lui était calomnieusement attribuée ; il recouvra sommairement les bonnes grâces du pape en changeant l'eau en vin dans un repas avec lui et divers cardinaux2.
Saint Philippe Bexizzi , servite (Cf. Couronne, p. 2f>8, sv.). Une tiare près de lui rappelle qu'il se cacha près des Bagni-di-San-Filippos pour éviter d'être choisi par les cardinaux après la mort de Clément IV.
Saint Hugues, abbé de Cluny; 29 avril, 1109. Parlant avec un air d'autorité à deux papes inclinés devant lui. De vieux artistes ont imaginé cette façon de faire voir qu'il avait eu parmi ses disciples deux souverains pontifes (saint Grégoire VII et Urbain II) pendant les soixante années de son autorité à Cluny, soit comme abbé, soit comme prieur.
Saint Éginon (ou Égon), abbé du monastère des SS. Ulric et Afre à Augsbourg; 15 juillet, 1122. On le peint reçu par le pape Calixte II; parce que, chassé de son abbaye par l'évêque d'Augsbourg partisan de l'empereur Henri IV, il se rendit près du souverain pontife pour obtenir justice contre les schismatiques. Accueilli affectueusement par le pape, il revenait en Allemagne lorsque la mort le surprit à Pise.
Saint Philippe d'Argiro, prêtre; 12 mai, ve siècle. Ne connaissant dos langues européennes que le grec, il s'était r^ndu en Sicile pour vivre loin des siens. Dans un voyage qu'il fit à Rome avec le moine Eusèbe, il se prit à parler latin dès que le pape lui eut donné sa bénédiction 4.
Sainte Claire, fondatrice des religieuses franciscaines (Cf. Monslrance, p. 564, sv.). On la représente en diverses circonstances devant tin pape : soit lorsqu'elle refuse la dispense de l'étroite pauvreté dont elle avait fait profession; soit lorsque bénissant la table au réfectoire par ordre du souverain pontife , il arriva que tous les pains se trouvèrent marqués d'une croix ; soit quand le pape voulut se charger de lui donner le viatique, et assister solennellement à ses obsèques avec les cardinaux.
Presque tons les fondateurs d'Ordres pourraient être points aux pieds d'un pape pour recevoir l'approbation de leurs règles. Mais ici encore, comme nous l'avons dil dans d'autres occasions, ce serait un signe assez peu dislinctif puisqu'il conviendrait également à bon nombre de personnages divers.
TISSERAND ET OUTILS DE CETTE PROFESSION. Cf. Navette.