‹ Caractéristiques des saints dans l'art populaire. Énumérées et expliquéesChapitre 1293 sur 1339 · YEUX · texte numérisé non relu

YEUX

A propos du mot Aveugle et des subdivisions introduites sous ce titre, il nous semble avoir suffisamment exposé tous les faits dont on pourrait s'informer ici. Je ne vois donc pas en quoi des répétitions avanceraient beaucoup le lecteur.

Mais il peut être utile de rappeler (ce qui aurait aisément passé inaperçu dans l'article Anges) qu'entre les esprits célestes, les Chérubins sont souvent caractérisés dans le haut moyen âge par des yeux semés sur leurs ailes. Je sais bien que plusieurs autres chœurs angéliques reçoivent à la même époque cet attribut; mais pour d'autres, il est modifié par une espèce de cravate nouée autour du cou, ou par une roue placée sous leurs pieds (Cf. floue). Les vitraux de la cathédrale de Chartres en offrent plus d'un exemple, cependant cela n'a pas duré beaucoup dans l'art occidental; et nous avons dit plus d'une fois que notre ouvrage ne visait pas précisément à l'archéologie proprement dite, mais à une pratique un peu plus terre à terre.

Profitons néanmoins d'un spécimen curieux (p. 795) que M. Fernand de Dartein a bien voulu nous communiquer, après l'avoir dessiné enFrioul pour son Élude star l'Architecture lombarde '. Cest la face antérieure d'un autel de Cividale, que les plus graves probabilités reportent jusqu'à la première moitié du vme siècle. Aussi ne faut-il pas s'étonner d'y apercevoir un faire tout semblable à ce que montrent certaines plaques de ceinturon qui passent pour être produites par l'art mérovingien.

Ici nous retrouvons à peu près le programme indiqué précédemment sous le titre Amande. Mais la main divine parait signifier l'accueil réservé à Jésus-Christ par son. Père (sedet ad dexteram Palris ; sede a dextris mets, etc.). Comme signe de triomphe, l'amande est laurce pour ainsi dire; et deux chérubins aux pennes ocellées y

semblent soutenir le siège de Notre-Seigneur {qui sedes super Clumbim, manifcslare...). La voûte céleste (ascendens super omncs cœlos) est probablement rappelée par les étoiles ou rosettes semées dans l'espace ; et deux des anges qui paraissent emporter l'auréole par delà le firmament ont leur nimbe surmonté d'une croix. Je ne pense pas que l'on ait prétendu caractériser de la sorte un chœur spécial de la hiérarchie angélique ; bien que ce puisse être le souvenir du chrisme qui, chez les Grecs, se donnait aux Dominations, aux Vertus et aux Puissances, mais aussi aux archanges'. Cependant, il est singulier de voir dès lors un signe qui s'efface ensuite durant plusieurs siècles pour ne guère reparaître chez nous que beaucoup plus tard. Sur la fin du moyen âge, les archanges et même les petits anges vêtus en enfants de chœur (conséquemment la hiérarchie inférieure des esprits célestes) , reprennent cette croix sans nimbe. Elle est alors tout simplement maintenue au sommet du front par un bandeau qui assujettit la chevelure sur les tempes, en façon de ferronnière (Cf. Anges, p. 33).

On a vu plus haut (p. 744) que Masaccio plaçait tout simplement un petit diadème au front de ses anges, dont la chevelure et la robe feraient penser à de jeunes filles. C'était encore un souvenir des temps anciens, mais déjà sensiblement altéré. La Renaissance en a fait bien d'autres un peu plus tard.

Ajoutons que la main droite de Notre-Seigneur se contourne d'une manière impossible pour montrer la paume en dehors (sauf qu'il faudrait compter six doigts), afin de figurer peut-être une bénédiction grecque (comme on dit). Mais il n'est pas bien établi que ce rite n'ait pas été jadis commun à l'Église latine et à celles d'Orient. Si recherché qu'il semble, il a pu être protégé lougtemps par un symbolisme qui perdit peu à peu sa raison d'être chez nous. Ce pouvait être d'abord une trace du chrisme' antique (Cf. Chiffre, Auréole), mais dont la signification primitive dut devenir à peu près inintelligible chez nous autres Occidentaux, lorsque le grec y passa généralement à l'état de langue savante dont l'alphabet même n'entrait plus dans les habitudes des peuples latins. On ne laissait pourtant pas de s'en servir dans la consécration des églises : les éléments des caractères de l'une et l'autre langue devant être alors tracés sur le sol couvert de

t. AA. SS. Jul, t. VI, p. 204, 811.

2. Le monument complet se volt sous toutesses faces dansle savant et bel ouvrage que je viens de citer. Cf. ibid., p. 13-16 ; et pi. vu, sv.

Je n'ai pas à interpréter le fragment d'inscription qui court sur la partie que M. F. de Dartein voulait bien me permettre de reproduire. Son livre dit ce qu'il faut à ce sujet

3. Cf. Didron, Guide de la petnturi; et notes ibid., p. 74, svv. Plus d'un monument fait voir que la pratique se conformait assez à une donnée trop impérieuse d'ailleurs chez celui qui rédigea les espèce» de lois édictées par le moine grec Denys d'Agrapha.

4. Il est bon de savoir que la bénédiction grecque prétend exprimer un seus mystérieux par la disposition qu'y affectent les doigts de la main droite. Cet artifice, assez pénible en pratique, et qui doit

souvent être peu appréciable aux yeux, consiste théoriquement en ceci : l'index un peu plié et le pouce croisé sur le doigt du milieu sont censés retracer les deux lettres xc; l'annulaire étendu, et l'auriculaire recourbé, passent pour faire une fonction semblable au sujet des lettres ic. D'où résulterait l'abrégé des deux noms de Notre-Seigneur Jksiis-Ciirist. Les vieux crovants russes (staroveres) sont intraitables sur cette curiosité liturgique d'autrefois, entre divers griefs qu'ils font valoir contre l'Église actuelle de leur pays (si Église il y a) ; et vraiment on pourrait lui chercher querelle sur un terrain plus ferme pour l'offensive.

Plusieurs de nos peintures du moyen âge (en Italie surtout) retracent encore au moins vaguement cette pragmatique. Mais il est souvent facile de voir qu'elles ont été copiées sur des originaux

•YELX.

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