‹ Caractéristiques des saints dans l'art populaire. Énumérées et expliquéesChapitre 137 sur 1339 · AUXILIAIRES · texte numérisé non relu

AUXILIAIRES

évéque d'ÛDERZo, qui a été introduit par les Italiens comme un quinzième saint auxiliaire, a toute l'apparence de n'être laque comme substitué à un autre saint Magnus abbé de Fussen *. Il y a lieu de croire que cette dévotion à quatorze grands saints spécialement honorés comme sccourables, aura pris son point de départ dans quelque célèbre abbaye qui possédait leurs reliques. Cette origine parait bien plus probable que ne serait la pensée de voir là quelque chose comme les grands martyrs de la chrétienté occidentale , à l'imitation des grands martyrs grecs. Car on n'y voit pas figurer, par exemple, saint Sébastien dont le culte était pourtant fort célèbre dans toute l'Église latine, et qu'on invoquait jadis généralement contre la peste. Quoi qu'il en soit, tous les quatorze auxiliateurs (sauf seulement saint Gilles) sont des martyrs; à ce titre l'adjonction d'un saint Magnus (soit Allemand, soit Vénitien) forme une disparate dans la série, puisque l'un et l'autre ne sont que confesseurs.

Le laborieux Paciaudi ', qui avait rencontré la messe de "ces quatorze saints dans un missel local (Venise, 1565), ignorait à quelle Église appartenait leur Office. Ce pouvait bien n'être qu'une dévotion entièrement libre, et il est probable qu'elle aura été portée hors d'Allemagne par quelqu'un des ordres religieux qui l'y avaient vue au moyen âge. Les Dominicains auront exercé peutêtre, ou subi cette influence ; et Toulouse pourrait l'avoir reçue d'eux. On rencontre en effet l'oraison des Auxiliatores dans des missels anciens de l'ordre de Saint-Dominique ; et c'est un dominicain (le P. J.-B. dei Franchi) qui publiait en Sicile, au xvii' siècle (Pa-

ïenne, 4657, in-12) la Deoolione delli quindici santi Aussiliatori. Le même auteur témoigne que la réunion de ces saints en un seul tableau se voit dans plusieurs églises de Sicile, de Calabre, de Lombardie et de Raguse. D'après la façon dont il en parle, il semble qu'en tous ces endroits saint Magnus (soit d'Oderzo, soit de Fùssen) figurait dans le groupe; et l'oraison qu'il transcrit place ce dernier à la suite des martyrs, mais avant les saintes. Dans le Missel d'Utrecht, saint Magnus passe avant saint Gilles. Une population germanique devait préférer des saints de sa propre race; et cependant le nom de saint Gilles, sous la forme Jïgidius, est encore très-bien porté en Flandre.

A l'imitation de cette série, ou peut-être antérieurement à la pratique qui la fixa, on trouve des tâtonnements assez semblables : comme par exemple De quinque sanctis (marlyribus et virginibus) privilegiatis. le trouve dans un livre d'heures manuscrit de l'Arsenal (Tlieol. lat., in-4°, n° 221) les mêmes oraisons à peu de chose près que dans le Missel d'Utrecht*, pour ces deux groupes de cinq; mais elles sont précédées d'une petite prose (en manière de répons) où chacun d'eux est désigné par l'attribut populaire qui le distinguait spécialement *. Ceci nous conduit à indiquer sommairement les caractéristiques de chacun des personnages qui figurent dans le groupe des quatorze saints secourables, comme nous avons fait pour les apôtres; sauf à en rendre compte plus tard historiquement lorsqu'ils se présenteront sous leur rubrique respective.

Saint Blaise, évêque , porte communément un cierge

vilegiis prie cunctis aliis sanctis decorasti ; concède propitius ut omnes qui in necessitatibus suis eorum implorant auxilium, secundum tuœ promissionis gratiam, suae petitionis salutarem consequantur effectuai. ■

L'oraison des quatorze saints se retrouve dans un missel de Toulouse (1540), mais je doute que cette dévotion ait jamais eu grand cours en France.

Le Missel d'Esztergom {Strigonia) leur consacrait une prose (fol. 266):

c Inter sanctos Deo gratos, Adjutores vos beatos Prasdicat Ecclesia.

Omnes mundum nam sprevistis, Et pro Christo reliquistis

Vana ejus gaudia.

Hostis propter hoc antiquus Sœvit in vos ut iniquus, 0 boni Christi milites;

Ad versatur et grassatur, Adulatur et minatur Suos per satellites. Etc. »

1. Stengel (Monasteriologia) dit que saint Magnus de Fussen est compté parmi les Auxiliatores : « Inter eos divos quos, ob spéciales quasdam prssrogativas, auxiliatores vocamus, praesentissimus patronus liabetur. »

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