CHARRUE
Sans prétendre absolument informer la légende tourangelle, je demande la permission de faire observer que l'expression : « Il porte du feu dans son sein, » parait avoir été un idiotisme celtique. Chez nos ancêtres cela désignait un caractère ardent, décidé, énergique; un homme qui prend feu rapidement ', ou qui ne s'apaise pas vite quand sa bile s'est enflammée. N'aurait-on pas voulu d'abord exprimer ainsi le naturel brusque et un peu bourru de saint Brice ? Après quoi la légende serait venue pour rendre raison d'une peinture qui avait cessé d'être comprise.
Une épreuve presque semblable à celle de saint Brice est attribuée à saint Lambert de Liège (Cf. Lance, etc.), avant son épiscopat, tandis qu'il passait son enfance à Stavelo '.
Saint Tiburce, martyr; 11 août, 286. Portant des charbons ardents sur sa main, ou marchant pieds nus sur la braise allumée. Quoique les Actes de saint Sébastien semblent dire que Tiburce avait été ordonné diacre , on l'a représenté parfois en costume militaire, parce qu'il était fils du préfet de Rome. Le juge voulait le forcer à brûler de l'encens devant les idoles , et l'on a supposé (ce qui se raconte de quelque autre) qu'il avait tenu de la braise dans sa main, plutôt que de paraître rien faire en l'honneur des faux dieux. Ce qui est constaté par l'histoire, c'est qu'il marcha sur les charbons ardents sans éprouver aucune douleur, et qu'il défia le juge de plonger la main dans l'eau bouillante au nom de Jupiter.
Saint Tiburce fut décapité, et ne doit pas être confondu avec le martyr du même nom qui figure dans les Actes de sainte Cécile.
Saint Vincent diacre, martyr. (Cf. Carde, p. 178; Corbeau, etc.). Pans la représentation de son martyre, on voit souvent les bourreaux qui lui répandent des charbons ardents sur la tête et sur les membres. Mais cela ne peut être pris comme un attribut qui le caractérise habituellement dans l'art populaire.
Saint Sai.vator d'Orta, franciscain (Cf. Jardin), mettant les pieds sur des charbons. On lui apportait de la braise pendant l'hiver pour qu'il se réchauffât après avoir marché nu-pieds dans la boue et dans la neige; et l'homme de Dieu mit tout bonnement la plante de ses pieds sur les charbons ardents, sans que ses vêtements ni sa chair en souffrissent rien 3.
Sainte Agathe, vierge et martyre (Cf. Cisailles). Près d'elle un réchaud avec des fers, sans doute pour étancher le sang après qu'on lui eut tranché les mamelles, ou pour la brûler en divers endroits du corps.
Sainte Charitine, martyre; 5 octobre, sous Dioclétien. On lui rasa la tète pour couvrir de charbons ardents son crâne mis ainsi presque à nu. Comme elle avait été préservée des suites de ce supplice, le juge lui fit briser les dents et couper les doigts des pieds et des mains *.
Sainte Cyprille, martyre à Cyrène; 5 juillet, époque indéterminée. Forcée de tenir des charbons sur sa main avec de l'encens, pour faire croire qu'elle honorait les idoles, elle se contentait de désavouer la violence en s'écriant : « Ce n'est pas là une offrande qui m'appartienne, car pour moi, je n'adore que Jésus-Christ »
D'autres saints que l'on chercherait sous ce titre avec quelque droit , se trouveront mieux placés aux articles Autel païen, p. 100; Bûcher, p. 149, sv.; Four, Tablier.
CHARPENTIER (Outils de cette profession).
Saint Joseph, époux de la très-sainte Vierge, est communément représenté avec la scie, la hache et même le rabot, parce que les menuisiers aussi bien que les charpentiers l'ont souvent pris pour patron. Dans les petites villes, d'ailleurs, la division du travail n'est pas poussée au même point que dans les grands centres de population. Assurément à Nazareth, par exemple, un ouvrier en bois ne devait pas être circonscrit dans une spécialité très-étroite. Aussi, voyons-nous que les charrons même l'ont plus d'une fois réclamé pour leur protecteur; et certaines gravures populaires de Flandre, destinées, sans doute, aux riverains de l'Escaut ou de la Meuse, représentent saint Joseph comme constructeur de bateaux, ou comme calfat. Cf. Lis, etc.
Je ne parle pas de saint Grégoire VII qui, pendant son enfance, semble avoir pris quelque part aux travaux de son frère. On raconte qu'un jour, avec des copeaux ou de la sciure de bois, il traça sur la terre dans l'atelier ces mots : « Dominabitur a mari usque ad mare. » C'était comme une prophétie de sa grandeur future. Mais cela ne se voit guère représenté que comme épisode, dans des peintures où le saint se montre déjà souverain pontife.