CHIFFRE
J'ai dit, au mot Banderole (p. 111), que je tâcherais d'expliquer ici les sujets où l'on trouve, soit un mot isolé, soit une suite de lettres formant quelque chose comme une énigme pour qui ne serait pas au courant de la pensée qui a fait tracer cet espèce de secret. J'ai adopté le mot Chiffre par allusion à l'expression qui désigne souvent une écriture mystérieuse où l'on ne veut être compris que de ceux qui ont la clef du procédé. Je donne avant tout un-petit monument des catacombes, pour faire comprendre ce qu'était le chrisme qui surmonte cette barque et que l'on retrouve cent fois sur les tombeaux du ive siècle et de l'époque suivante1. Ce chiffre se compose des deux premières lettres du mot Cftrtsttw(xpi«re«), et le moyen âge (surtout dans les pays de langue romane) en avait conservé la coutume d'écrire ce nom à la manière grecque. Souvent ce chiffre est accosté des deux lettres A et n, qui'indiquent la divinité de Notre- Seigneur Jésus-Christ, en mémoire des paroles de l'Apocalypse (i, 8; xxi, 6) : « Je suis l'alpha et l'oméga, le principe et la fin. » En conséquence, la forme la plus simple, aussi bien que la plus complexe, peuvent l'une et l'autre convenir pour désigner les saints qui ont lutté contre l'arianisme en proclamant la divinité du Fils de Dieu ou donné leur sang pour la soutenir contre les ariens. Cf. Auréole (saint Herménégildé) , p. 95.
Pour qu'on ne me reproche pas trop de brièveté sur ce sujet qui fut longtemps cher à l'Église, lors même qu'il avait perdu son ancien à-propos , je reproduis encore un chrisme plus orné qui semble appartenir à peu près au siècle de Constantin. Entouré d'une couronne, comme sur le Labarum, il surmonte la croix qui le rend plus intelligible, et deux colombes semblent le bai-
ser ou se délecter à son ombre. Mais le P. Arthur Martin qui l'avait dessiné s'était un peu trop fié à sa mémoire pour que je puisse aujourd'hui en indiquer fort exactement la vraie provenance*. Cf.
Chrisme, p. 221, sv.
Ce grand symbole de la foi chrétienne fut conservé longtemps avec diverses modifications dans les monuments du haut moyen âge3. Plus tard le monogramme du nom de Jésus remplaça le chrisme ancien (Cf. Auréole, p. 96).
La forme communément usitée aujourd'hui est celle que l'on va voir sur une médaille à deux faces que nous expliquerons incessamment , et avec ces détails, nous ne risquerons pas d'être mal compris quand nous parlerons de l'un ou de l'autre en quelques mots.
Saint Benoît de Norcia (Cf. Banderole, p. 112) parait
quelquefois sur certaines médailles où l'inscription se compose de nombreux caractères détachés. Dans certains
t. M. le chevalier J. B. de Rossi, dont le» informations méritent toute confiance, n'a rencontré Jusqu'à présent qu'un seul chrisme qu'on puisse avec quelque probabilité tenir pour antérieur à Constantin. Cf. Inscriptt. christ. Urbis. t. I, p. 28, sq.
». Cf. L'Heureux, Bagioglypta, p. 160, 242. — Bosio, p. 79. M. Edm.LeBlant (Inscriptions chrétiennes de la Gaule..., 1. 1, p. 105) cite, d'après Allegranza, une inscription de Milan qui développe le symbolisme du chrisme constantinien, avec les deux lettres A et Q :
■ Circulas hic summi comprenait nomina régis
Quem sine principio et sine fine vides. Principium cura fine simul ttbi dénotât A ût
X et P Christi nomina sancta tenent. >
3. Sur lcs'époques précises où régnèrent diverses forme» du chrisme je n'ai pas mieux a dire que MM. J. B. de Rossi et E. Le Blant qui ont enfin classé chronologiquement les symboles de l'épigraphie chrétienne.
MO