AA. SS. ^uoujr, t. IV, p
CKAPAUD OU GRENOUILLE.
Saint Houarvé (Huvarus, Hervxus.) ou Hervé , ermite ; 17 juin, v. 570. Il était barde; et comme un jour, dans un grand repas, il faisait entendre sa musique , les grenouilles du voisinage se mirent à commencer la leur. Mais elles furent réduites tout d'un coup au silence, sauf une seule1, de même qu'on le raconte aussi de l'évêque de Senlis et de saint Jacques de la Marche dont il va être question. Peut-être, en certains cas, est-ce une façon poétique d'exprimer la cessation des chants païens, occasionnée par la prédication et l'exemple de ces hommes de Dieu î ; d'autant que pour saint Georges de Suelli, par exemple, on raconte aussi la mort d'un dragon, symbole assez fréquent de l'idolâtrie renversée et désarmée.
Saint Jacques de la Marche (Cf. Calice ou Coupe, p. 17G) a été gratifié d'un prodige tout semblable par dom Joseph Fern. de Bustamante, dans son drame intitulé : Azote de la Heregia... San Jacome de la Marca \ Supposons qu'il était bien informé, et ne poussons pas plus loin les recherches. Selon lui, le chant des grenouilles troublait notre saint dans la récitation du bréviaire.
Nous avons parlé (Cf. Armoiries, p. 81) des soi-disant crapauds de sainte Clotilde. Ronsard faisait profession d'en admettre l'authenticité quand il écrivait au sujet de Clovis :
u Son escusson déshonoré de trois Crapauts bouffis, pour sa vieille peinture, Prendra des lys à la blanche ceinture ; etc. »
Mais quelque science qui ait été dépensée à cette occasion, contentons-nous d'en avoir fait mention en passant, non sans renvoyer à plusieurs de ceux qui ont trouvé assez de loisir pour s'en occuper *.
Sainte Ségnorine, abbesse bénédictine en Portugal (Cf. Cruche, Livres, etc.), faisant taire les grenouilles dont le coassement importun troublait le chant des clercs de sa chapelle s.
Sainte Ulphe {Ulphia, Ulfe) vierge, et religieuse après avoir été solitaire ; 31 janvier, vme siècle. Priant, et une grenouille près d'elle ; on aperçoit souvent un prêtre qui passe à quelque distance.
Elle vivait d'abord dans les environs d'Amiens au delà de Saint-Acheul où était alors la cathédrale. Saint Domice (chanoine) dit-on, qui dirigeait la sainte, passait tous les jours près de la cellule qu'elle habitait ; et tous deux se rendaient ensemble à l'office, s' entretenant de Dieu pen-
dant le trajet. Un jour, le chanoine passa outre tout seul, parce qu'on n'avait pas répondu lorsqu'il frappait à la porte. Le soir, Ulphe l'attendait sur le seuil ; et comme il s'en revenait de l'église, elle lui reprocha de ne pas l'avoir avertie le matin. Apprenant que saint Domice avait
frappé sans recevoir de réponse, elle conclut que le coassement des grenouilles devait l'avoir empêchée d'entendre cet avis ; et là-dessus elle leur imposa silence désormais6. Dans l'endroit que l'on appelle encore prairie de Sainte- Ulphe, il est sans exemple, au dire des habitants, que les
t. Vies des saints de la Bretagne, Brest, 1835, p. 318. ■2. La Villemarqué, la Légende celtique, p. 274, 276, sv. D'après un symbolisme analogue, le moyen âge compara au babillage agaçant des grenouilles la dialectique bavarde des philosophes ou des novateurs qui attaquent la foi.