‹ Caractéristiques des saints dans l'art populaire. Énumérées et expliquéesChapitre 662 sur 1339 · FIOLE OU BURETTE · texte numérisé non relu

FIOLE OU BURETTE

L'article Bouteille et flacon (dans le sens italien, c'està-dire avec la forme augmentative, fiascone) a déjà fait voir que nous réservons pour cette fois-ci ce qui se rapporte au véritable sens français du mot flacon (avec la finale diminutive, comme dans poêlon, violon, ourson, cotillon, etc.). Rappelons aussi que le mot Cruche pourra répondre à quelques autres questions.

Le prophète Samuel, dernier Juge des Israélites. Comme ce fut lui qui sacra les deux premiers rois du peuple de Dieu (I Reg. ix, x, xvi), on le voit souvent avec une fiole d'huile en sa main droite ; et parfois cette fiole est une corne, surtout quand il s'agit de David (Cf. ibid., xvi, 1, 13). Le texte de la Bible est tout à fait d'accord, à ce sujet, avec les documents archéologiques qui nous restent sur les meubles de divers peuples anciens.

Saint Rémi, évêque de Reims (Cf. Colombe, p. 241). Souvent la colombe ne paraît point, et l'évêque tient tout simplement la fiole !.

Saint Janvier évêque de Bénévent et martyr, patron de Naples; 19 septembre, 305. Deux fioles translucides où l'on conserve son sang, se voient ordinairement dans la main du saint, ou sous son buste. Il n'est personne qui n'ait entendu parler de la liquéfaction de ce sang lorsqu'on le rapproche de la tête du martyr. Ce prodige est raconté de plus d'un autre saint en divers pays, mais

celui de saint Janvier a trop de réputation pour que nous le racontions de nouveau3.

Une ou plusieurs fioles, comme indications pharmaceutiques (Cf. Bocal), figurent assez souvent près d'un malade pour montrer qu'il est entre les mains des médecins. A ce même titre, quelques artistes ont imaginé de désigner ainsi les médecins eux-mêmes (comme saint Pantaléon, par exemple); il doit suffire d'avoir signalé cette invention une fois, pour les divers cas où elle peut reparaître. Rappelons cependant ce qui a été dit de la fiole aux urines, p. 137.

Saint Macaire d'Alexandrie (Cf. Ermites, p. 380; Épaules). On le voit portant à la ceinture, ou au cou, un petit vase suspendu (une calebasse ou une fiole). C'est que, renommé pour son pouvoir contre les démons, il était le recours de ceux que maltraitait le malin esprit; et une onction de l'huile qu'il avait toujours sur lui à ce dessein, suffisait pour les délivrer.

Saint Jean ermite, en Thébaïde ; 27 mars, 394- Une fiole d'huile à la main; parce qu'il se servait d'huile bénite pour la guérison des*maladies,afin qu'on ne lui attribuât pas les miracles opérés par ce moyen *.

Saint Oyend (Eugendus), abbé dans le Jura; 1 janvier, v. 51/|. Les nombreuses guérisons qui l'avaient rendu célèbre lui attiraient mille sollicitations de malades qui auraient voulu lui faire quitter sa retraite. Le saint s'en débarrassait en envoyant un peu d'huile avec un mot de sa main, comme s'il eût possédé la recette de remèdes appropriés aux divers maux de ceux qui recouraient à lui5.

Sainte Walburge (Vaubourg), abbesse de Heidenheim; 25 février, 779. Une fiole à la main, ou près d'elle; ou un tombeau d'où découle du baume goutte à goutte. Elle était sœur des .saints Willibald et Wunibald (Cf. Familles saintes, p. 402, sv.); et d'Angleterre où elle avait pris le voile, elle vint en Allemagne près de saint Boniface qui demandait qu'on lui procurât des aides pour la fondation des

1. On voulait probablement rappeler ce trait de sa vie (ap. Rosweyde, VM. PP., p. 55, sq.; etc.) dans le Bréviaire de Passau (1521, fol. 137 v»), par cette antienne du Magnificat aux secondes vêpres :

■ Da patris Antonii meritis nbs, Christe, juvari ;

Quem chorus exultât noster babere ducem. Multipliées subverte dolos, Inqueosqur sinistros,

Quos draco versutus tendit ubique tuis. »

2. Pour ne pas négliger les monuments ou travaux français qui s'y rapportent, ajoutons quelques citations à celles qui ont été indiquées ci-dessus. Cf. L. Paris, Toiles peintes et tapisseries de Reims, p. 1073, svv. (t. II). — Édél. Du Méril, Poésies latines... antérieures au xii« siècle, p. 202, sv. (autre forme de la légende). — Cavalli, ap. Zaccaria, Raccolta...,t. XIV, p. 148, sgg.— Veitot, Mémoires... de l'Académie des Inscriptions, t. II (1736), p. 610-633; etc., etc.

Le cardinal Mai, dans sa PP. nova bibliolheca (t. I, P. II, p. 212), cite cette pièce d'Anselme d'Auxerre :

« Est civitas metropolis Qui dum pontifex eligitur (sic),

Remis dicta, pramobilis. Ac digne benedicitur -,

Dum deest liquor olei

Hujus u.rbi» prœcipuee Quo ungatur Pontiflcis

Et quondam magnas gloriœ, Sacrum caput a prsesule,

Preaul fuit egregius Columba volans in aère

Magnus olim Remigiu». Rostro refert citissimo.

Ampullam plenam oleo, Quo pontifex perungitur,

Ora portât mitissimo Etc. »

Dans le même volume (p. 209) une hymne (In régis coronatione) quelque peu obscure, mais qui semble faire allusion aux temps d'Ebbon ou d'Hincmar, renferme du moins ces deux vers : i Cumulum gratiœ propinet unctio Quod per miraculum datur Remigio. »

En tout cela il semble qu'on aperçoive la formation lente d'une légende qui flotte encore avant de prendre son aspect définitif.

Mais dans une prose publiée par M. Mone (Hymni... medii œvi, t. III, p. 490, sq.), on rappelle le sacre de Clovis, sans parler bien clairement de la colombe; quoique d'autres miracles du saint évêque y soient racontés, qui n'ont pas eu le même retentissement.

i Christus cbrisma paradisiacum Inimicos crucis exsuperans

Misit ei, cum Parisiacum Et sanguine Christi confœderans,

Rege m Deo sacravit una cum Genferatos morti regenerans

Régi» militia; Ad vitœ prsemia. »

3. Cf. Memorie... di Modena, H" série, t. XVII (1841), p. 5-15.— AA. SS. Septembr., t. VI, p. 826-866.

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