JARDIN
ans d'une vie austère, il fut affligé d'une plaie à la jambe qui ne le retenait pas seulement au lit, mais éloignait de lui tout le monde par l'odeur repoussante qu'elle exhalait. L'homme de Dieu supportait cette affliction avec une admirable patience; ayant depuis longtemps coutume de dire en toute épreuve ces paroles du bon larron (Luc. xxm, 41) : « Nous n'avons, nous autres, que ce que nous méritons1. » Mais durant la nuit qui précédait la venue du chirurgien décidé à couper la jambe malade, saint Pellegrino se trouva guéri en un moment.
Saint Antoine de Padoue, franciscain (Cf. Âne, p. 32 ; etc.) Guérissant un homme qui avait la jambe coupée.
Pendant qu'il entendait les confessions, un ouvrier (charpentier, dit-on) se présenta s' accusant, entre autres choses, d'avoir donné à sa mère un coup de pied dans le ventre. « Quoi! lui dit le saint, un coup de pied à ce ventre qui t'a porté! tu mériterais que ce pied fût coupé par la main du bourreau. » La leçon de l'homme de Dieu fut si bien prise par le pécheur repentant, que rentré au logis, il se hâta de s'infliger la pénitence indiquée, en se faisant sauter le pied d'un coup de hache*. Comme il était tombé, perdant son sang, on appela saint Antoine qui reconnut son pénitent, et lui remit ce pied qu'un repentir mal dirigé lui avait fait perdre.
JAItDIN ET OUTILS DE JARDINAGE.
(Cf. Bêche, etc.).
Saint Paulin, évêque de Nole (Cf. Chaînes, p. 190). Outre qu'il cultiva en Afrique le jardin du Vandale auquel il s'était livré pour racheter le fils d'une veuve', lui-même semble avoir pris goût à ce dur labeur4, lorsque dépouillé de ses grands biens durant la persécution, il se mit peu en peine de les revendiquer en des temps
meilleurs, et prit le parti d'affermer un petit champ pour gagner sa vie du travail de ses mains.
Saint Maurille évêque d'Angers (distinct de saint Maurille martyr en Beauce, et de saint Maurèle évêque d'Imola, ainsi que d'un autre Maurèle évêque et martyr, patron de Ferrare). Cf. Cadavre, p. 154; et Clef. On le peint souvent reconnu par ses diocésains qui le cherchaient, tandis que pour se dérober à l'épiscopat il s'était mis à exercer loin de là durant plusieurs années la profession de jardinier. Les Bollandistes5 semblent faire assez peu de cas de cette narration, et même de ce que l'on dit sur la résurrection de saint Kené au retour de saint Maurille dans son diocèse. Je n'ai pas dissimulé moi-même ailleurs, que cela reposait sur des fondements médiocrement solides. Il y a tout lieu de penser que l'art mal compris aura fourvoyé l'histoire; car quand on apporte une peinture ou une sculpture comme témoignage péremptoire, tout n'est pas précisément tranché par cette allégation. Encore est-il besoin de savoir ce que l'art voulait dire; faute de bien entendre son langage, on peut lui prêter des intentions qu'il n'avait pas. Les artistes ayant changé d'expressions avec les siècles, qui ne connaît pas (ou n'apprécie pas bien) l'âge du monument, risquera fort de lui attribuer toute autre pensée que celle de l'auteur.
Relativement au jardinage que l'on a mis sur le compte de saint Maurille, ne se pourrait-il pas que cette anecdote fût le résultat d'une interprétation fausse, donnée après coup à quelque monument où l'on aurait prétendu indiquer par des scènes de labourage, l'abondance qui régna dans le diocèse d'Angers durant tout le pontificat de ce saint'?
Saint Fiacre. Cf. Bêche, p. 129, sv.
Saint Sabas, abbé. Cf. Fruits, p. 437.
Le Bx Ange Porro, servite-, 24 octobre, 1506. 11 est souvent peint priant dans un jardin où la plupart des arbrisseaux sont dépouillés de leurs feuilles, sauf des rosiers en fleurs qui entourent le saint homme. L'unique délassement qu'il se permît était de passer un temps considérable au jardin , dans un berceau où il trouvait l'avantage d'être moins aperçu et moins dérangé, pour se livrer aux douceurs que Dieu lui prodiguait dans l'oraison. Mais comme le jardin était près d'un chemin public, et qu'il ne manquait pas d'esprits moroses dans la communauté, cette singularité fut signalée à l'attention du supérieur. Le général des Servîtes, qui visitait le couvent de .Cavacurta (à dix lieues environ de Milan), le fit observer par deux pères de la maison. C'était du-
1. « Et no» quidcm juste, nam digna fartis recipimus; liic vero nihil mali gessit. »
2. Surins, 13 jun., S Hl». L« vieux dessinateur populaire, dont j'ai voulu garder la composition , donne à l'ouvrier quelque chose comme un tranchet, qui ne devait pas faciliter pareille désarticulation a moins de connaissances anatomiques et d'habitudes chirurgirali-s. Ce miracle du thaumaturge de Padoue a été représenté par des
artistes plus célèbre*, mais j'ai mieux aimé reproduire la petite scène naïve où un seul cadre réunit la confession, l'expiation ot la guérison.
3. Gregor. M. Dialog.. libr. III, cap. i. — Souvenirs de l'Église d'Afrique, p. 102.