LANCE
Comme la chevalerie du moyen âge avait pour armeordinaire la lance, avec ou sans banderole , les artistes
de ce temps ont volontiers caractérisé ainsi les saints qui passaient pour avoir occupé un grade supérieur dans la profession militaire. J'ai dit, sous les mots Armes, Armure et Cheval, que le titre de guerrier avait été donné assez largement à plus d'un martyr qui pouvait fort bien n'avoir pas figuré dans les cadres des légions. Nos pères aussi, qui prisaient très-haut la noblesse, se sont rarement fait faute de l'attribuer à des patrons. De là vient que beaucoup de soldats romains, sans compter ceux que l'on qualifiait gratuitement ainsi, ont été censés tribuns militaires. L'on peut s'attendre que bien des saints nommés aux articles en question, se trouveront devenus chevaliers sous la main des peintres ou des sculpteurs, et par conséquent porteront la lance. Ceci soit dit pour éviter des répétitions, ou suppléer môme à quelque omission involontaire.
Saint Michel, ainsi que je l'ai déjà fait remarquer au mot Ange (p. 2>h), fut très-longtemps peint avec la lance dans sa lutte contre le démon. La forme habituelle du diable dans ces représentations est celle d'un dragon plus ou moins hideux, et l'arme de l'archange lui perce ordinairement la mâchoire inférieure. L'épée ne lui fut donnée que plus tard, et le symbolisme ancien disparaît bientôt avec ce nouveau programme. Ce n'est pourtant pas Raphaël qui introduisit cette nouveauté. M. Forgeais a publié* bien des médailles ou enseignes populaires, qui montrent que l'usage s'en était déjà répandu plus d'un siècle avant le grand artiste. Cf. supra, p. 363, sv.
Saint Matthieu et saint Barnabe, ainsi qu'on l'a pu voir au mot Hache et sous le titre Apôtres, portent souvent une lance ou une hallebarde comme instruments de leur martyre.
Saint Thomas apôtre (21 décembre) est fréquemment représenté avec la lance dont il fut percé par les Indiens idolâtres. C'est peut-être l'occasion de rappeler les chicanes faites par plusieurs protestants sur la ville de Calamina où le Martyrologe veut qu'il soit mort. J'ai déjà fait voir ailleurs que le nom de cette ville pouvait très-bien appartenir à l'Inde proprement dite3. Depuis lors on peut dire que l'histoire de saint Thomas a fait un pas de plus, puisque les médailles indiennes rapportées en Europe et les recherches de M. Reinaud4, nous ont fait connaître le nom du prince indo-scythe que mentionnait la légende de saint Thomas. Ce nom de Gondaphorus avait été traité d'invention pure par bien des critiques ; et nous retrouvons dans les médailles un Gondopharès (ou Undaferr) , qui régnait précisément dans cette contrée à la même époque. Il faudrait être bien exigeant pour demander une copie plus conforme. Les historiens