‹ Caractéristiques des saints dans l'art populaire. Énumérées et expliquéesChapitre 820 sur 1339 · LION HT HYÈNE · texte numérisé non relu

LION HT HYÈNE

Si peu d'analogie qu'il y ait entre les deux animaux réunis par notre titre, nous les avons rassemblés en un même groupe, parce que ce sont des bêtes du désert, et que l'hyène seule prêterait à peu de détails historiques pour le sujet qui nous occupe.

D'ailleurs certaines légendes semblent avoir confondu ces espèces de carnassiers, pour différentes qu'elles soient réellement.

Le noi Salomon, fils et successeur deDavid.

Son trône d'ivoire soutenu par deux lions d'or, et dont les six gradins se terminaient à. chaque extrémité par douze lionceaux (III Reg. x, 18-20), a parfois inspiré le moyen âge quand il voulait peindre la grandeur de Jésus -Christ, comme sur la façade de la cathédrale à Strasbourg.

Samson, juge d'Israël. Cf. Hayon de miel (à l'occasion du prophète David).

Le lion se voit fréquemment dans les représentations de solitaires, par allusion, je pense, à ce texte de l'Écriture au sujet de Notre-Seigneur dans le désert (Marc, i, 13) : « Il était dans le désert... avec les bêtes fauves. » Mais pour quelques-uns en particulier, la légende (historique ou poétique) en donne une raison spéciale tirée d'autre source que le symbolisme. Nous les retrouverons à leur tour.

Daniel.

Le prophète Daniel dans la fosse aux lions a déjà paru sous le titre Bonnets; et là j'en ai donné un patit basrelief trouvé en Algérie. L'artiste, plus voisin de l'antiquité, avait revêtu le prophète du costume assyrien. Cette fois, d'après un autre bas-relief de la France méridionale1 et d'une époque un peu moins habile, le voici nu entre les deux animaux qui semblaient devoir le dévorer, mais qui le respectent et presque le caressent. Le geste que fait le saint, indique soit l'action de grâces, soit plutôt la prière. Car si le moyen âge avait perdu beaucoup du savoir-faire antique qui se retrouve souvent dans les monuments chrétiens des premiers siècles, il en avait gardé certaines traditions. La liturgie

d'ailleurs suffisait pour faire comprendre le sens de ces bras étendus (à la manière des Orantes dans les catacombes), puisque dans la célébration de la messe le prêtre répète à peu près ce geste toutes les fois qu'il adresse à Dieu une prière au nom de toute l'assistance.

Daniel représente sûrement ici Notre- Seigneur libre entre les viorts (Ps. lxxxvii, 6). comme parle l'Écriture sainte; et partant l'espoir de résurrection que puise tout vrai fidèle dans le triomphe de Jésus-Christ sortant du tombeau2.

Le saint roi David. Cf. Rayon de miel. Le prophète Joël, d'après le général Radowitz, copiant en cela M. Helmsdœrfer, est peint entre deux lions qui le déchirent. Il m'est impossible de savoir ce que cela signifie. Peut-être aura-t-on rencontré quelque représentation des prophètes où, comme à la cathédrale d'Amiens, l'on a cherché à les caractériser par quelque chose qui rappelle leurs paroles. Or Joël annonçant aux Juifs la conquête qui doit dévaster leur pays, dit3 : « Une nation s'est jetée sur ma terre, elle est forte et innombrable; ses dents sont comme les dents du lion, et sa mâchoire comme celle du lionceau. »

1. Le P. Arthur Martin, qui l'a dessiné lui-même, se fiait beaucoup trop à ses souvenirs pour indiquer la provenance, et je ne retrouve plus d'indications qui m'éclairent à ce sujet. Je crois cependant pouvoir affirmer que cela provient du bassin de la Garonne; à moins

que peut-être ce ne soit quelque reste égaré des Aliscamps d'Arles ou plutôt un vieux monument de Saint-Maximin.

2. Cf. Le Blant, Inscriptions chrétiennes, t. II, p. 105, sv.

3. Joël i, 6. Les prophètes auront, plus bas, leur article à part.

LION ET HYÈNK.

L'évangéliste saint Marc a déjà trouvé sa place sous le titre Êcangèlisles, il n'est donc pas besoin d'y revenir.

Saint Ignace, évêque d'Antioche (Cf. Nom de Jésus, p. 97; Cœur, p. 233).

Sans être bien satisfait de la manière dont a été reproduit mon dessin du tableau de Ribera, j'en replace le souvenir quelconque sous les jeux du lecteur. Il rappelle une grande pensée , fondée sur cette déclaration historique du saint luimême : «Je me nomme Théophore (celui qui porte Dieu1); » et la fougue de l'artiste n'y gâte rien, quoiqu'il ne soit pas l'inventeur de cette formidable mise en scène. Un des Wierix a gravé à peu près la même composition avec unedouceurcharmante, sans nul affadissement.

Saint Jean le Silentiaire évêque en Arménie, puis solitaire en Palestine (Cf. Bouche, p. 142). 11 s'était mis au service des cénobites sans leur faire connaître sa dignité épiscopale, et mourut à l'àgedecent cinq ans, après avoir observé durant plus de vingt années un silence ab- saint Ignace

solu, sauf pour les affaires indispensables. On prétend que des barbares ( les Sarrasins sans doute) étant venus infester sa solitude, un lion se fit son gardien contre ces malfaiteurs. Mais son histoire explique mieux le lion que l'on peint marchant devant lui. Elle dit que des moines de son monastère étant envoyés au loin, furent rencontrés par un lion dont l'arrivée leur causa une extrême frayeur; et que le saint parut au milieu d'eux

faisant signe à l'animal de les laisser en paix. Sur quoi la bête farouche s'en retourna sans leur nuire*.

Saint Jérôme, docteur de l'Église (Cf. Chapeau de cardinal, p. 199). On a coutume de le peindre avec un lion près de lui; sur quoi il a été dit bien des choses que je

ne nie soucie point de passer au crible en ce moment. Le lion, comme nous l'avons dit, symbolise fréquemment le désert, la veille même; soit parce qu'il cherche sa proie durant la nuit, soit parce qu'il a passé jadis pour dormir les yeux ouverts *. Mais rappelons que saint Jérôme n'est pas seulement un solitaire , il est aussi l'un des quatre grands docteurs de l'Église latine (Cf. Docteursde l'Église, p. 313; Èvangèlistes, p. 339). Or nous avons vu que les quatre animaux d'Ézéchiel et de l'Apocalypse, que nous désignons habituellement sous le nom d'animaux évangeliques.

avaient été prêtés aux quatre anciens docteurs de l'Occident. Le lion peut, avoir été attribué à saintJérôme non-seulement à cause de la vie érémitique d'Antioche. ffu'il mena en Pales-

tine, mais aussi pour la fougue un peu rude de son caractère4. II n'était donc pas nécessaire, quoique le moyen âge l'ait fait, de lui attribuer la légende d'un autre saint dont nous allons parler immédiatement 5.

Réunissons d'abord les saints Marc et Jérôme de la chronique publiée en 1493, à Nuremberg, par Hartman Schedel (Cf. p. 509). Mais je ne puis dire si cette coïncidence des attributs est cause ou effet de l'assimilation

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