Mélangti d'Archéologie, t. II, p
î. La moyen âge idosne souvent la sa:nte Vierge au crucifix.
MAIUE (N.-D.).
tableaux et vieux livres d'heures en fourniront de nombreux exemples à qui voudrait rassembler tous ces titres
avec les indications imaginées par les artistes à diverses époques pour en présenter l'expression au regard.
Les Grecs peuvent avoir eu en vue quelque chose comme la source des eaux vives, quand ils ont peint
et honoré la Mère de Dieu sous le titre de Fontaine; telle est la pierre gravée que l'on va voir, p. 5hh.
MARIE (N.-D.)
Pour le moment, cette origine importe assez peu, parce qu'elle nous entraînerait à des digressions que n'épuiseraient pas plusieurs volumes, sur les types spéciaux adoptés pour Notre- Dame dans les images célèbres qui caractérisent certains pèlerinages. Il pouvait être bon d'en donner un exemple en passant, et de protester qu'on ne prétend pas ici à pareille tâche. Ainsi cela fait, reprenons la question véritable que nous risquions d'interrompre.
Vers la même époque dont je parlais il n'y a qu'un instant, on ne tarda pas à comprendre que la grandeur inouïe du privilège révéré dans l'Immaculée Conception de la très-sainte Vierge a pour raison d'être, la grandeur inouïe de la maternité divine. Qu'une créature ait été destinée à devenir la mère de Dieu, c'est ce qui la place dans un ordre de providence tellement à part, que tout don devient au moins probable pour elle, s'il n'est absolument impossible. L'Éternel à son sujet doit pousser la libéralité jusqu'aux dernières limites; comme s'exprimait l'école franciscaine dès le xiv* siècle : « Potuit, ergo debuit.» Écoutons Bossuet, qui ne dit pas autre chose avec son grand langage : « Cet amour si juste et si saint que la nature imprime en nos cœurs pour ceux qui nous donnent la vie..., cet amour de fils que le Sauveur a eu pour Marie, je le regarde dans l'Incarnation et devant l'Incarnation du Verbe .divin... Il doit lui servir d'avoir un fils qui soit devant elle... Celui qui doit s'abaisser jusqu'à prendre notre nature,... ne croyez pas, chrétiens, qu'il ait attendu sa venue pour avoir un amour de fils pour la sainte Vierge1... Marie était mère de Dieu dès le premier instant auquel elle fut animée...; elle l'était selon les desseins de Dieu , selon les règles de sa providence, selon les lois de cette éternité immuable à laquelle rien n'est nouveau, qui renferme dans son unité toutes les différences des temps... Marie était donc sa mère selon l'ordre des choses divines; le Fils de Dieu, dès sa conception, la considérait comme telle. Elle l'était en effet à son égard'... Elle est choisie de toute éternité pour être celle qui donne Jésus aux hommes... Pour la dispenser de la loi..., pour prévenir la colère, j'emploie l'amour éternel de Dieu qui l'a fait un ouvrage
de miséricorde avant qu'elle puisse être un objet de haine3... Bénit Enfant, ne souffrez pas,... que votre mère soit violée... Vous êtes devant tous les temps. Quand votre mère fut conçue, vous la regardiez du plus haut des deux ; mais vous-même, vous formiez ses membres... Ah ! prenez garde, ô Sagesse éternelle , que dans ce même moment elle va être... en la possession de Satan. Détournez ce malheur par' votre bonté, commencez à honorer votre mère , faites qu'il lui profite d'avoir un fils qui est devant elle; car, à bien prendre les choses, elle est déjà votre mère, et déjà vous êtes son fils. Fidèles,... le Fils de Dieu est déjà son fils. Il l'est, non selon la révolution des choses humaines, mais selon l'ordre de Dieu, selon sa prédestination éternelle*. »
Si l'on a compris comme il faut ces hautes et simples paroles, on doit voir qu'en paraissant faire abstraction du décret qui, de tout temps , prédestine Marie à devenir mère de Dieu, nous ne motivons pas bien la prérogative singulière en vertu de quoi elle est immensément séparée du reste des hommes. Je le redis, parce qu'il me semble ne pas pouvoir le trop dire, une représentation où ne serait pas exprimée la maternité divine de la sainte Vierge, ne la placera vraiment pas au rang qui lui est dû ; on n'y exprimera pas assez (selon moi) que l'exemption de Marie est une exemption de grâce et non pas de nature, un privilège de faveur exceptionnelle, mais non pas un droit ''. Donnons donc à entendre la vraie cause.
Que si la tradition a sa valeur, même dans l'art (et ce n'est pas moi qui le nie), disons que le dogme de l'Immaculée Conception, même avant la proclamation définitive de cette vérité le 8 décembre 1854, n'a pas attendu jusqu'aujourd'hui pour prendre la forme que je préconise. Paul V a fait élever devant la basilique de Sainte-Marie-Majeure une statue qui répond fort bien aux pensées exprimées par Bossuet, après Duns Scot. L'enfant Jésus porté dans les bras de sa mère, y tient une croix à longue hampe dont la partie inférieure lui sert comme de pique pour transpercer la mâchoire du serpent infernal • qui semble vouloir mordre le pied de la sainte Vierge. Plus tard Grégoire XIII et Alexandre Vil ont encouragé la reproduction de ce type, qui se répandit au loin sous le patronage de l'ordre de Saint-François et de la Compagnie de Jésus. Les chicanes que l'on pourrait opposera cette représentation, ne peuvent nous occuper en ce moment où il ne s'agit pas de polémique. Puisque l'incarnation du Verbe est l'origine et le vrai motif des privilèges destinés avant les temps (et conférés dans le
1. Bossuet, Deuxième Sermon sur la Conception de la sainte Vierge.