‹ Caractéristiques des saints dans l'art populaire. Énumérées et expliquéesChapitre 869 sur 1339 · MARTEAU · texte numérisé non relu

MARTEAU

Bien des saints qui pourraient se ranger sous cette rubrique, ont déjà trouvé leur place aux mots Construction, Ciseau, Enclume et Couronne (les quatre couronnés). Car le marteau (surtout si l'on y joint le maillet des sculpteurs, des menuisiers et des charpentiers) appartient à bien des professions. Aussi à Bruxelles, par exemple, les bottiers appartenaient à la grande classe des corporations qui portaient le titre des quatre métiers couronnés. Cela venait, si je ne me trompe, des quatre saints couronnés qui passaient pour avoir été statuaires (Cf. Ciseau); d'où était venu, surtout en Belgique, l'usage de placer une petite couronne sur le marteau des saints qui présidaient aux industries classées sous celte dénomination. Or le cuir même se bat au marteau, pour être serré (comme on dit.)

Saint Éloi est bien connu, principalement en France, comme patron des orfèvres, et même des maréchaux (Cf. Châsse, p. 20/»; Cheval, p. 209; etc.). Sa représentation la plus habituelle en costume épiscopal, mais avec un marteau à la main, avait donné lieu au dicton picard : « Froid comme le marteau de saint Éloi, » parce que l'on ne voit jamais ce marteau en mouvement. A titre d'orfèvre, on pourra le trouver peint quand il présente deux trônes au roi Clotaire1.

Le B* Geoffroy (Gaufridus) bE Loudon, évêque du Mans; 3 août, 1255. Dans son diocèse on prétend qu'il a sculpté lui-même le portail de l'église de Sillé-le-Guillaume. Il voulait pousser plus loin sa coopération même matérielle. Mais comme il prétendait y établir les Chartreux, ou peut-être fonder leur monastère près de là, diverses importunités lui lirent abandonner son premier projet. Aussi renonça-t-il à son rôle d'artiste, disant q^ue sa Chartreuse s'élèverait au lieu où tomberait son marteau. Cet instrument lancé par l'homme de Dieu, aurait été s'abattre dans les rochers de Saint-Denys-d'Orques, à six lieues de la collégiale *. Bien entendu que les Bollandistes n'ont pas connu ce récit, qui parait être une forme populaire et tout à fait locale du souvenir des

1. Cf. Surium, 1 decembr. — Le fauteuil de Dagobert a donné lieu à des recherches importantes de M. Cb. Lenormant, dans nos Mélanges d'Archéologie, etc., t. J, p. 157-190; et 239, svv. Mais le souvenir s'en conservait dans une prose du missel d'Amiens ( 1520 j :

t Régi furmans vas ex auro, Certum sumpsit ex thesauro Bt pondus et pretium.

Auri pondus duplicatur, In hœc duo rex miratur Pondus et ingenium. >

2. D. Piolin, Histoire de l'Eglise du Mans, t. IV, p. 375, sv. — Ola ressemble beaucoup à l'historiette des Allemands sur la harlie dr saint Wolfgang (supra, p. 115).

soins que prit le bienheureux pour la restauration spirituelle et temporelle du chapitre de Sillé.

Saint Gervais martyr (Cf. Arbre, p. 6i; etc.). On lui met quelquefois en main un marteau, comme instrument de son supplice; mais ce semble être une manière bizarre d'entendre la signification du mot plumbatx, dont le sens mal défini a donné lieu à diverses interprétations des artistes 3 (Cf. Fouet).

Saint Reinold (ou Rainald) bénédictin à Saint-Pantaléon de Cologne, et martyr; 7 janvier, 9G0. 11 dirigeait les constructions dans l'abbaye ; et les ouvriers trouvant qu'il les suivait de trop près, l'un d'eux lui cassa la tête d'un coup de marteau*. Au lieu de marteau, l'ouvrier tient quelquefois à la main une têtue ou une boucharde, pour indiquer un tailleur de pierre. Quant au saint religieux, il passe pour avoir appartenu à la famille des Carlovingiens.

Saint Fazio (Fatio, Facius), orfèvre à Crémone; 18 janvier, 1272. 11 n'est guère connu qu'en Lombardie, quoiqu'il ait fait plusieurs pèlerinages en Galice et à Rome5.

Saint Ampelius {Ampelles, etc.) honoré à Cènes, surtout par les forgerons, paraît être le même que saint Apelles d'Egypte (Cf. Enclume, p. 347). On veut qu'il soit venu mourir en Ligurie *. C'est lui qui jeta, dit-on, un fer rouge au visage d'une femme venue pour le tenter.

Page 1