‹ Careme (volume 2)Chapitre 10 sur 81 · GRACE · texte numérisé non relu

GRACE

Si mihi non vultîs credere , opeiibus crédite , ut cognoscatis et credalis quia Pater in me est et ego in Pâtre.

Si vous 116 voulez pas me croire , croyez à mes œuvres , afin que vous connoissiez et que vous croyiez que mon Père est en moi , et que je suis dans mon Père. Saint Jean, chap. lo.

Madame (i),

Quelque idée que nous ayons de la sainteté de Jésus-Christ, il falloit, pour être saint , que Dieu fût en lui et qu'il fût dans Dieu; et il n'a même été le Saint des saints que parce que Dieu étoit en lui et qu'il étoit en Dieu d'une façon plus parliculière et par une union

(i) La reiuç-.

8o MKUCIIKDI DE LA V« SKMALXK.

bciiucoijp plus iiiliinc. Si Dieu, par une supposition chimérique 5 eût cessé d'être avec lui, et dans lui , ou que lui-même il eût cessé d'être avec Dieu et dans Dieu, dès là il eût cessé d^être ce qu'il étoit ; et ce que nous appelons Jésus- Christ , ou plutôt ce qui seroit resté de Jésus- Christ , c'est-à-dire son humanité ainsi délaissée et abandonnée à elle-même , eût été dans une impuissance absolue d'agir pour Dieu et de rien faire d'agréable à Dieu, Mais parce que ce Sauveur des hommes et ce Fils unique de Dieu étoit dans son Père, et quUl agissoit toujours avec son Père et au nom de son Père , il pouvoit bien dire , comme il le dit aux Juifs dans notre é vangile , que toutes ses œuvres rendoient témoignage en sa faveur et qu'elles étoient devant Dieu d'un prix infini : Opéra quœ ego facio in nomine Patris niei , kœc testimonium perhibent de me (i). Appliquons-nous cette vérité , chrétiens ; car ce qui étoit vrai de Jésus-Christ notre chef et notre modèle l'est autant par proportion de nous-mêmes ; et si nous voulons bien connoître la valeur de nos actions et le fruit que nous en pouvons espérer, jugeons-en par le principe d'où elles partent , et voyons si c'est dans l'état du péché qu'elles sont faites ou dans l'état de la grâce. Etal du péché, état de la grâce , deux états l'un à l'autre directement opposés : deux états qui partagent le christianisme et presque toutes les sociétés du monde , avec cette triste inégalité que

(i) Joan. lo.

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le nombre des pécheurs ennemis de Dieu par le péché est infiniment au-dessus de celui des justes unis à Dieu par la grâce : deux états dont j'entreprends de vous faire voir aujourd'hui l'essentielle différence , non point en général , mais par rapport à notre intérêt propre. Heureux si je puis ainsi vous donner de l'un toute l'horreur qu'il mérite, et de l'autre toute l'estime qui lui est due. Je vais mieux encore vous expliquer mon dessein après que nous aurons salué Marie , en lui disant : A^e^ Maria.

De tous les intérêts de l'homme , le plus important c'est le salut : par conséquent de tous les soins de l'homme dans la vie , celui qui le doit occuper préférablement à tout autre et même uniquement, c'est le soin du salut; c'est, dis-je, le soin de s'enrichir pour cette demeure cél' ste où nous sommes tous appelés, et qui doit être le terme de notre course; de travailler pour cela, d'agir pour cela , de rapporter là toutes nos pensées , tous nos désirs , toutes nos œuvres ; enfin de grossir chaque jour ce trésor de gloire qui nous est promis , en grossissant chaque jour le trésor de nos mérites. Voilà , mes chers auditeurs , le souverain point de la sagesse chrétienne ; et si nous nous aimons solidement nous-mêmes , voilà le précieux avantage dont nous devons être jaloux , et le bien durable et permanent que nous devons rechercher. Riches pour le Ciel , il nous importe peu de rêtre pour la terre . puisque les

s 2 MERCREDI DE LA V^ SEMAINE.

richesses de la terre sont périssables ; et riches pour la terre , si vous ne Têtes pas pour le Ciel , au miUeu de cette opulence fastueuse que vous étalez avec tant de pompe aux yeux des hommes y vous êtes pauvres devant Dieu et dans une misère d'autant plus déplorable que vous en devez ressentir éternellement les eflfets. S'il y a donc \m état où rien ne nous profite pour l'éternité bienheureuse , et un état au contraire où rien ne soit perdu de tout le bien que nous pratiquons , c'est par là qu'il faut juger de l'un et de l'autre ; et c'est aussi la grande règle que je prends pour vous faire connoître le malheur d'une ame dans l'état du péché , et Tinestimable prérogative du juste dans l'état de la grâce sanctifiante. En effet, dans l'état du péché , l'homme n'est plus en Dieu ni avec Dieu, parce que le péché Ten sépare; et dans l'état de la grâce, le juste est avec Dieu et en Dieu, parce que le propre de la grâce sanctifiante est de l'y tenir étroitement uni. Or puisque le pécheur est séparé de Dieu, il n'agit plus avec Dieu , et par là même rien de tout ce qu'il fait ne peut plaire à Dieu. Puisque le juste est uni à Dieu, c'est avec Dieu qu'il agit, et, par une suite infaillible, tout ce qu'il fait est agréé de Dieu. De là je forme deux propositions qui vont partager ce discours. Etat du péché , état souverainement malheureux ; pourquoi ? parce qu'alors, quoi que fasse le pécheur, son péché en détruit devant Dieu tout le mérite : c'est la première partie. Elat de la grâce, état souverai-

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nemcnt heureux ; pourquoi ? parce qu'alors , pour peu que fasse le juste , la grâce qui le sanctifie en relève devant Dieu le mérite : c'est la seconde partie. Deux pensées que j'ai à développer^ et théologie sublime que je tâcherai de rendre éga kment sensible et instructive

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