DIMANCHE DE QUASIMODO
c'est ainsi , mes chers niuliteurs, que saint Jacques nous fait concevoir la paix d'une ame chrétienne, en nous disant qu'elle est le fruit de la sainteté : Fructus aidein justitiœ iîi pace semi^ nalui' (i). Et en efl'et , toute autre paix que cellelà n'est qu'une paix fausse et imaj^inaire. Pour être solide et véritable, il faut qu'elle vienne du principe de la sainteté et de la j^tûcc. Or telle est celle que Jésus-Christ nous communique quand il se communique lui-même à nous. Parlons donc aujourd'hui de cette paix spirituelle , de cette paix de Dieu, qui surpasse tout sentiment , de cette paix que saint Paul souhaitoit tant aux Philippiens : El pax Dei , quœ exuperat omnem sensum 5 ciistodiat corda vestra et inteUigentias vestras inCliristo Jcsu (2). Mes frères, leur disoit-il , le plus grand désir que Dieu m'inspire de former en votre faveur, est que la paix qu'il vous a donnée garde vos esprits et vos cœurs. Je fais aujourd'hui, chrétiens, pour vous le même souhait et la même prière. Puisque vous avez reçu cette paix , prenez soin de la conserver , et qu'elle vous conserve vous-mêmes dans les saintes dispositions où vous êtes devant Dieu : Pax Dei custodiat corda vestra et inteUigentias vestras in Christo Jesu. Mais d'où vient que le Fils de Dieu ne se contenta pas de donner une fois la paix à ses apôtres , et que , dans une même apparition, il leur dit deux fois , et dans les mêmes termes : Pax vobis? C'est une circonstance que
(i) Jac. 3. — (2) Philip. 4»
saint Chrysostôme a remarquée dans rEvangile , et cette circonstance n'est pas sans mystère : or c^e'st ce mystère que je vais vous développer , après que nous aurons rendu à Marie , comme à la reine de la paix 5 Thommage ordinaire. Ave^ Maria.
Je ne sais 5 chrétiens ^ si vous avez pris garde à ces deux paroles de saint Paul : Pax Dei eustodiat corda vestra et intelligentias vestras ; que la paix de Dieu conserve vos cœurs , corda vestra^ et qu'elle possède vos esprits , intelligentias vestras. Pourquoi l'Apôtre souhaitoit-il aux Philippiens ce double avantage 5 l'un par rapport à Pesprit, l'autre par rapport au cœur? Cest, répond saint Chrysostôme , que pour établir dans l'homme une paix parfaite , il faut la mettre également dans les deux puissances de son ame , c'est-à-dire dans son esprit et dans son cœur. La paix du cœur doit nécessairement être précédée de la paix de l'esprit , et la paix de l'esprit ne peut être constante sans la paix du cœur. Il faut donc pacifier l'esprit deThomme , en luiôtant toutes les inquiétudes qu'il peut avoir dans la recherche de la vérité; et il faut pacifier son cœur en le dégageant de tous les désirs qui le tourmentent dans la recherche de son repos. Voilà , mes chers auditeurs , tout le mystère de notre évangile. Le Sauveur du monde ne se contente pas de dire une fois à ses disciples, Pax vobis 5 la paix soit avec vous ; il le leur redit une seconde fois dans
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la mcmc apparition , parce qu'il veut leur donner celte double paix qui fait toute la perfection de rhomme , la paix de l'esprit et la paix du cœur. Mais par quelle voie riiomnie peut-il espérer d'avoir Tune et Tautre ? Ah ! chrétiens , c'est encore le secret et le secret admirable que notre évangile nous découvre. Car j'y trouve la paix de l'esprit solidement établie dans la soumission a la foi 5 Beati qui non viderunt , et crediderunt (i) ; et j'y trouve la paix du cœur parfaitement conservée dans l'assujettissement à la loi de Dieu , Dominus meus^ et Deiis meus (2). Comprenez , s'il vous plaît 5 les deux propositions que j'avance. Le Sauveur du monde dit à saint Thomas que bienheureux sont ceux qui croient sans avoir vu ; et saint Thomas répond au Sauveur du monde qu'il est son Sauveur et son Dieu. Croire ce que l'on ne voit pas , c'est soumettre la raison à la foi; et reconnoître Tempire et le domaine du Fils de Dieu^ c\^st vouloir obéir à sa loi. Or dans ces deux devoirs sont contenus les deux grands principes de la paix ; car en soumettant ma raison à la foi , je me procure la paix de l'esprit; et en m'assujettissant à la loi de Dieu 5 je me mets en possession de la paix du cœur. En deux mots , n'espérons pas que notre esprit soit jamais tranquille tandis que nous l'abandonnerons h la conduite de notre raison ; et n'espérons pas plus que notre cœur soit jamais content tandis qu'il s'abandonnera lui-même à ses passions. Il faut que la foi gouverne no-
(i) Joan. 20. — (-î) Ibid,
SUR LA PAIX CIÏRÉTIEINNE. 3Sg
tre esprits! nous voulons qu'il soit dans le calme; c'est la première partie ; il faut que la loi de Dieu règne dans notre cœur si nous voulons qu'il jouisse d'un bonheur solide ; c'est la seconde : deux vérités importantes qui feront le partage de ce dernier discours