LA BARONNE, CARLINE
LA BARONNE
Très bien , Charlotte , très bien ! je suis enchantée de vous ; vous pouvez, maintenant, passer pour une demoiselle de bonne maison... En deux mois, faire autant de progrès!..
CARLINE
Madame la Baronne m’a donné de si bons professeurs!.. (a part.) Ils sont gentils!..
LA BARONNE
Pour des maîtres de province, ils ont fait merveilles... Aussi, grâce à leurs soins, je vais, aujourd'hui même , pouvoir me venger de M. de Quincy. CARLINE.
Ah ! c'est aujourd'hui !..
LA BARONNE
Oui ; comme vous le savez, le Vicomte ne devait rester chez moi que quelques heures, juste, le tem|« nécessaire pour régler des affaires d'intérêt. CARLINE.
Et voilà quinze jours qu’il est votre commensal!..
LV BARONNE
Ah! c’est qu'au moment où il allait partir, je lui ai fait adroitement parler de la jeune fille mystérieuse , qui habitait , depuis deux mois , le petit pavillon du parc, pavillon rigoureusement fermé à tout le monde. Le vicomte n'a pas manqué d’interroger mes gens, qui sont aussi intrigués que lui , de votre séjour à Montbreusc... Chacun d’eux lui aura débité son roman... désespéré de ne pouvoir s’approcher de vous, le Vicomte alors a cherché à savoir de moi-même... mais, quand il a abordé ce sujet, j’ai joué la contrainte. l'embarras; j’ai éludé ses questions... Bref, j’ai su mettre en jeu toutes ses idées romanesques... et, depuis, sa tête travaille... Il guette, il épie , il veut vous voir, vous entendre, vous parler... Enfin, le Vicomte, qui n’était venu que pour passer deux heures à Montbreusc, ne
veut plus eu sortir, et se met l'esprit à la torture pour justifier sa longue présence au château. (En ce moment, on entend frapper doucement à la persienne du fond. La Baronne et Carline échangent un regard d’intelligence; puis, une lettre passe au travers des feuilles de la persienne, et tombe sur le théâtre. La Baronne va la ramasser.) Un UOUVCnti billet du Vicomte... j'y répondrai comme à tous ceux qu'Adricn vous a adressés de la même manière. Vous ne ferez toujours que cojrter ma lettre.
CARLINE, à part.
Oui, en corrigeant le. style et les fautes d’orthographe.
LA BARONNE," après avoir lu le billet .
Bon Dieu! quelle chaleur! quel amour! il faut , dit-il , qu'il vous arrache, celte nuit même, à ma persécution... Si vous refusez son appui , Charlotte, il jure de se préripiierdaus la grande pièce d’eau.
CARLINE , souriant.
Heureusement quelle est à sec.
LA u ABONNE , ôtant successivement les verrou* qui fermaient les persiennes du fond et de côté.
.Sauvons un grand malheur, et laissons le Vicomte pénétrer ici , pour vous offrir sa protection... CARLINE.
Et vous pouvez penser, madame , que je lui plairai.*
LA BARONNE
Je vous l'ai déjà dit, il s'etillamme à la première vue... et son amour augmente eu raison des obstacles et des difficultés...
CARLINE, & part.
Serait-ce pour cela qu'il n’aime plus la Baronne?..
LA BARONNE , regardant par la persienne de côté.
Tenez, tenez... le voilà qui rôde aux alentours... Je vais aller à sa rencontre , lui demander ce qu'il fait si matin dans le parc... lui défendre d’approcher de ce pavillon, et lui annoncer que je vais rendre une visite ; il aura le champ libre... Je reviens à l’instant!
(Elle sort par le côté.)