‹ Carline opéracomique en trois actesChapitre 8 sur 50 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

M" GEIWA1S , CAHLINE.

CAREME, riant.

Ce pauvre Chariot, il est tout-à-fait amoureux !..

M"' (servais, avec respecc

Mon Dieu, mam’selle Carlinc, je vous demandons bien excuse de toutes les sottises de ce gros garçon... L’amour d’un paysan, ça doit vous offenser... vous qui êtes habituée à voir des princes à vos genoux !..

CAREME.

Vous voies trompez, mère Gênais, la tendresse que Chariot a pour moi est légitime à scs yeux : il me croit votre nièce, son égale enfin ; et, soyez persuadée que sa passion m’égaie et me sert en même temps.

H”' gervais, étonnée.

Comment cela?..

CARLINE

Comment cela?.. Parce que je trouve ici l'amour vrai, l’amour du village. Quelle différence avec l'air guindé de nos paysans de théâtre!.. Voilà pourquoi je m'amuse a faire apprendre quelques rôles à Chariot, à le voir répéter avec moi; je trouve ainsi ce Ion, celte nature que je dédiais tant étudier, pour la reproduire sur la scène, quand il me sera permis de retourner à Paris.

M“' GERVAIS

Vous ue savez donc pas combien de temps doit durer votre exil ?;.

CAREME.

Non. ma bonne mère nourrice!

m*' Gr.nvAts.

Et vous ne vous doutez pas pourquoi l’on vous a fait quitter la ville?..

CAREME.

C’est encore un mystère pour moi... Il y a quinze jours, après avoir obtenu un éclatant succès dans la Bergère des Alpes, encore étourdie des bravos et des applaudissemcns du public , je rentre chez moi , et l’on ine remet une. lettre du premier gentilhomme de la chambre. Il m’écrivait que, par des motifs qu’il ue pouvait me faire connaître, il était obligé de m'inviter à m'éloigner de Paris, et à partir le lendemain même... Je suis partie, mère Gervais, mais bien intriguée, je vous assure.

M** GERVAIS

El moi donc, l’ons-je été, le soir que vous êtes arrivée ici, habillée en paysanne, m'appelant votre tante, et me priant, afin d’éviter toutes les questions, de vous faire passer pour ma nièce Charlotte , qu’est pas revenue au pays depuis son enfance... Et ce rôle-là, on peut dire que vous l’avez joliment joué! .

CAHLINE, souriànt. •

Oui, je crois avoir ici bien trompé mon pu- ’ blic!

M** GEUVA1S.

A propos de public, et celui de Versailles 1 Sera-t-il coulent quand il vous reverra... tous ces grands seigneurs, surtout !..

CABEME.

Quant à ceux-là, ils sont enchantés de mon départ. Oui, mon exil les a un peu vengés de mes dédains; ils m'appelaient tous Carlinc la cruelle, Carline l'insensible... Et ces reproches, j’ai toujours voulu les mériter.

M" GERVAIS, souriant.

Allons, allons, la main sur la conscience, est-ce qu’il n’v en a pas un petit, là-bas, qui est préféré aux autres ?

CABEME.

SI, mère Gervais... Autant les hommages de tous ces hommes de cour me sont indifférons, autant ceux du vicomte Adrien de Quincy m'ont touchée.

M"' GF.RVAIS.

Là ! j’disions ben qu’il y en avait un petit !

CAREME.

Détrompez-vous, mcrc Gênais; j’ai toujours refusé de recevoir le Vicomte chez moi; il ne m’a vue qu’au théâtre, quand je jouais.

«*• GERVAIS

Alors, comment avez-vons appris qu’il avait de l’amour pour vous?

CAnEME.

Scs lettres me l’ont dit assez : avec quelle tendresse, avec quel feu il m’écrivait!

»i“' GERVAIS.

Aïe!., aïe!., aïe!., ça devenait scabreux] madai’selle Carline !

CAREME.

C’est lui-méme qui, sans le savoir, me sauva du danger que je courais. J’appris qu’à la suite d’uu (Huer, les officiers du régiment dont le Vicomte est colonel le plaisantèrent sur son amour.

sur 1c peu d'espérance qu’il devait avoir d'être jamais aimé de moi. Piqué au vif par les railleries de ses ofliciers , et plus encore par amourropre, il leur proposa de parier qu'il serait eureux; il poussa même l'extravagance jusqu’à fixer l’époque de sa victoire. Mon indignation fut grande; et je lui renvoyai toutes ses lettres ; j'avais même trouvé une petite vengeance, qui l’aurait corrigé de sa présomption, lorsqu’il me fallut quitter Paris.

M“* GERVAIS

Et depuis, vou e cœur a pardonné sans doute?..

CARLINE

Oh ! pas tout-a-fait ; je suis femme, et si jamais je trouve l'occasion de mystifier uu peu M. de Quiocy...

(On entend le roulement d’une voiture.)

GERVAIS

Mais, je ne me trompons pas, c’est le bruit d’une voilure !

CARLINE

Eu effet !

M** GF.RVAIS.

Je parions que Tou vient vous chercher, pour vous rameuer ou théâtre !

* CARLINE

11 se pourrait î

Dam! qu’est-cc qui viendrait comme ça?..

(Elle regarde au fond.) Une voilure jaune, des chevaux de poste , deux grands laquais qui n’eu finissent plus, celte dame... Ah! c’est la baroune de Montbreusc... la propriétaire de cette ferme!

u “ 4 GERVAIS, saluant.

Vol’ servante, madame la Baronne!.. Eh bien ! Charlotte, vous ne faites pas nue belle révérence à madame la baronne ? (Cariinc salue en paysanne.)

LA BARONNE

Me la grondez pas, mère (1er vais... c’est par timidité, sans doute, (a Cariinc.) Est-ce que je vous fais peur, ma petite ?

CARLIN K, jouant l'embarras.

Je ne crois pas que madame la Baronne soit habituée à produire cet effet-là.

LA BARONNE

Pas mal! pas mal, en vérité, pour une paysanne.

M"* GERVAIS

Ah ! dam ! c’est que ma nièce a de l’esprit , tout d’ meme.,. Ça ne parait pas tout d’abord; mais il ne faut pas s’y fier...

LA BARONNE

Ah ! c’est votre nièce.?..

Il"* GERVAIS.

Quej’ons fait venir, pour m’aider dans les travaux de b ferme.

LA BARONNE

Elle est vraiment charmante... Approchez, mon enfant !.. Mais elle a le teint bien frais et les mains bien blanches, pour une villageoise...

CARLINE

Ça n’est pas étonnant... J'ai été élevée à la ville.

GERVAIS

Oui... c’est ça!., elle a été élevée à la ville... Aussi . ça sait lire , écrire , ça parle comme un catéchisme, et ça chante un las de pctits'airsde comédie...

CARLINE

CARLINE

Que vient-elle faire ?

M“* GERVAIS

Quand elle arrive de Paris, elle attend toujours ici que ses propres chevaux viennent la conduire au château de Montbreusc, qui n’est qu’à six lieues de la ferme.

CARLINE, souriant.

Si elle allait me reconnaître ?..

M“* GERVAIS

N’ayez aucune craiute, mam’sclle Cariinc; la Baronne, à Paris, ne va jamais au spectacle.

Comment savez-vous?..

M“* GERVAIS

Par son intendant!.. Voyez-vous, la Baronne est un peu dévote...

CARLINE, souriant.

Je comprends; son confesseur lui aura défendu le spectacle... Elle ne se damne qu’à la cour, ou dans son boudoir... c’est plus moral!

M“* GERVAIS

Chut! chut! la voici.

LA BARONNE, à Cariinc.

Vous alliez au spectacle , à la ville ?

CARLINE , baissant les yeux.

Quelque fuis.

LA BARONNE, avec sévérité.

Vous avez eu tort, mon enfant; c’est un plaisir qui corrompt Pâme , et blesse la morale !

M"* GERVAIS, bas k Carline.

Qu’est-ce que je vous disais?

L A BARONNE , à Gênais.

Mais est-on déjà venu, du château, à ma rencontre?.,

J’ n’ons encore vu personne , madame la Baronne.

LA BARONNE

C’est d’une négligence !.. 'Envoyez quelqu'un sur la route , mère Gervais ; qu’on dise à mes gens de se hâter... que j’attends à la ferme.

M“* GERVAIS

Oui , madame la Baronne ! Venez, Charlotte !

(Elle sort avec Tartine, par le fond.)

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