‹ Carmen, Arsène Guillot, l'abbé Aubain, la Dame de PiqueChapitre 15 sur 25 · I. Racine bulbeuse dont on fait une boisson assez agréable · texte numérisé non relu

I. Racine bulbeuse dont on fait une boisson assez agréable

CARMEN 6g

mais qu'il fallait quitter Séville le plus tôt possible; car, si l'on m'attrapait, j'y serais fusillé sans rémission.

— Mon garçon, me dit Carmen, il faut que tu fasses quelque chose; maintenant que le roi ne te donne plus ni riz ni merluche^, il faut que tu songes à gagner ta vie. Tu es trop bête pour voler à pastesas ^i mais tu es leste et fort : si tu as du cœur, va-t'en à la côte, et fais-toi contrebandier. Ne t'ai-je pas promis de te faire pendre? Cela vaut mieux que d'être fusillé. D'ailleurs, si tu sais t'y prendre, tu vivras comme un prince, ausi longtemps que les mirions ^ et les gardes-côtes ne te mettront pas la main au collet.

Ce fut de cette façon engageante que cette diable de fille me montra la nouvelle carrière qu'elle me destinait, la seule, à vrai dire, qui me restât, maintenant que j'avais encouru la peine de mort. Vous le dirai-je, monsieur? elle me détermina sans beaucoup de peine. Il me semblait que je m'unissais à elle plus intimement par cette vie de hasards et de rébellion. Désormais je crus m'assurer son amour. J'avais entendu souvent parler de quelques contrebandiers qui parcouraient l'Andalousie, montés sur un bon cheval, l'espingole au poing, leur maî-

Page 1